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Dans un peu plus d’un an, toute personne suisse devant acquérir ou renouveler son passeport se verra attribuer un passeport contenant sa photo et ses empreintes digitales numérisées. Ces nouveautés testées sur les passeports suisses depuis 2006 (qui proposaient alors seulement une photo numérisée) ont été acceptées le 12 mars dernier, par le Conseil national (102 voix contre 50). Elles veulent répondre aux exigences fixées par l’Europe et les Etats-Unis. Mais d’abord, qu’est-ce que la biométrie ?
Ce qu’on appelle « biométrie », c’est la science qui permet de décrire, grâce à des outils mathématiques et statistiques, des caractéristiques biologiques et comportementales d’individus afin de les identifier. Ainsi la biométrie s’intéresse aux particularités physiques uniques à chacun. On peut les diviser en trois groupes : morphologiques (empreintes digitales, morphologie du visage, iris, dessin du réseau veineux de la main), biologiques (ADN, sang, salive) et comportementales (démarche, signature).
Une base de données centralisée
Aujourd’hui, la biométrie est associée à l’informatique dans des programmes reprenant ses methodes d’analyse. Fini le temps où l’on comparait les empreintes digitales à la main ! Ainsi chaque Helvète souhaitant acquérir un passeport sera contraint d’aller faire enregistrer sa photo et ses empreintes. Une fois ces données numérisées, elles seront stockées dans une base de données centralisée. Ceci bien que l’Europe l’ait déconseillé et que de nombreux députés suisses s’y soient opposés. En outre, cette base sera accessible à tout l’Espace Schengen.
Réactions alarmées
« Nous allons vers un fichage généralisé », affirme Josef Zisyadis, député popiste au Parlement suisse. « Comme les OGM ou les téléphones portables, ces évolutions technologiques sont adoptées comme étant des évolutions normales, avant même qu’il ne soit démontré qu’elles ne sont gravissimes ni pour la santé ni pour les libertés », explique-t-il, lorsqu’on l’interroge sur ses inquiétudes face au nouveau passeport. Mais, au fait, à quoi servent les passeports biométriques ?
Ceux-ci ont été avant tout conçus pour répondre à un besoin de sécurité et de rendement. Pour ce dernier, le bilan semble positif : de fait, la sécurité renforcée permettrait d’accélérer les processus d’embarquement. De plus, il sera peut-être bientôt possible de s’enregistrer dans une seconde banque de données, permettant l’accès à ce qu’on pourrait considérer comme une « borne d’embarquement V.I.P. ».
Faussaires empêchés ?
C’est le cas dans les aéroports français depuis août 2007, où les personnes qui le souhaitent peuvent s’enregistrer dans une base de données supplémentaire de la police des frontières. Cela, leur offre l’accès à un sas spécial, vérifiant le passeport et son détenteur, grâce à un lecteur de données biométriques.
En outre, l’identité du voyageur est simultanément comparée au fichier des personnes recherchées, ainsi qu’au fichier européen Schengen. Un « fichage préférentiel » de la sorte n’est pas à exclure pour la Suisse, puisqu’un projet pilote similaire (sensiblement plus petit) à été mené à l’aéroport de Zurich-Kloten.
D’un point de vue sécuritaire, ils semblent a priori efficaces. En effet, Le fameux passeport serait difficile, voire impossible à contrefaire. Les faussaires armés d’une paire de ciseaux et d’un tube de colle feront, eux aussi, bientôt partie du passé. Le passeport biométrique, un passeport infaillible ? C’est ce que l’opinion générale croyait.
En effet, déjà en 2006 un expert allemand en sécurité informatique du nom de Lukas Grunwald réussissait pour la première fois à copier le contenu d’un passeport biométrique (le sien) sur une puce vierge. Depuis, il aurait réussi à modifier l’image d’un de ces fameux passeports, provoquant ensuite le crash du lecteur de puces. Ceci démontre la relative faiblesse, mais surtout selon lui la possibilité de pirater le système. Un tel piratage pourrait entre autres permettre une reprogrammation pour valider des passeports expirés ou piratés.
Ainsi la technologie s’immisce de plus en plus profondément dans l’intimité des individus. L’emprise de ces derniers sur la technique semble déjà se transformer en lointain souvenir. « Nous sommes en train de faire un pas qualitatif, qui fait que la technologie ne sera plus du tout maîtrisée par les citoyens et donc par les députés et ministres », ajoute Josef Zisyadis. Avec l’avènement du passeport biométrique, une étape est en effet franchie. Aussi, à l’heure où les chercheurs pensent déjà à l‘application de la biométrie dans la vie de tous les jours (banques, entreprises, cartes de crédit), on est en droit de se demander jusqu’où celui-ci nous mènera.