Publicité | Annonce | Partenariat
|
8h14. Réveil insurgé. C’est la lutte finale ! Je vais changer le monde en occupant le 1031… (et pas le 1129 comme le voulaient les fayots). Ni Dieu, ni César, ni FAE !
10h00. Sac plein à craquer de matériel certifié ex-URSS bio : bonnet péruvien, guitare et marijuana de tonton-qui-a-fait-68, cocktails Molotov. Salle du peuple. Vide. C’est vrai que c’est tôt pour la révolution. En attendant, j’accorde ma guitare pour jouer l’Internationale version punk-alternatif.
12h30. AG convoquée. Salle à moitié pleine (il faut être optimiste). Les étudiants n’ont pas répondu en masse. Tous des tièdes ! Un d’jeune prend la parole et clame haut et fort la mort de Bologne. Applaudissements nourris.
13h00. Consensus énergiques votés par une majorité à faible pondération : l’auditoire sera une zone autogérée, hors espace économique et temporel. Je n’écoute plus le dernier point de pré-discussion du débat portant sur la discussion du débat du problème de l’adoption de l’ordre du jour, je dois remettre à l’ordre un cravaté, sans doute une taupe infiltrée.
13h30. L’espion est à l’infirmerie. Contusion à l’oreille gauche et gueule de bois pour me soigner. Quelqu’un dans la salle lance l’idée d’une pétition. Ah, parce qu’on avait des revendications ? M****, on va être obligés de réduire nos volontés dissidentes sur une page maximum pour que l’étudiant lambda prenne le temps de la parcourir.
13h50. Préparation des tracts. Marchandisation, ça prend un « s » ou deux ?
14h15. Flyers distribués sur le campus. Discussion avec des collègues sur les bourses qui ont scandaleusement augmenté et les taxes qui vont outrageusement baisser. Ou peut-être le contraire, je ne sais plus. Et de toute façon, on s’en fout, faut juste penser plus global.
15h00. Pause syndicale à Zélig, sandwich fait maison, sauce de soja bio. Pas de jus de papaye double-filtrée du commerce équitable guatemalais, stock épuisé.
16h15. Rien n’a bougé. Sauf l’idée de la pétition, qui a été votée et acceptée. Et voilà que quelqu’un voudrait discuter du fond plutôt que de la forme... Encore un frileux qui n’a rien compris à la nécessité intrinsèque d’une mobilisation symbolique non-violente.
17h03. Trois points ont enfin été acceptés sur la pétition : liberté de construire des minarets sur le campus, interdiction du financement externe (exception faite du POP), création d’un module Zélig à 31 crédits (validé par un oral au comptoire).
18h15. Graves dissensions au sein de l’assemblée : faut-il voter chaque point systématiquement ou passer à un vote global, histoire d’avancer ? Je rejoins quelques potes en rouge et noir pour gueuler notre mécontentement. La révolution prend du temps ! Le Kremlin ne s’est pas fait en un jour…
18h30. Discussions sur les raisons du mouvement avec une collègue. Je lui résume Le Capital de Marx. Une fois partie, je réalise que j’ai totalement omis de parler de Bologne.
18h59. Un groupe fait irruption dans la salle. Echanges intellectuels et respectueux : « Bande de vendus égoïstes ! – Anar’ de mes deux ! – On a droit à notre salle ! – J’y suis, j’y reste ! » Plates excuses au recteur : « Navrée, c’est pas vous que je visais ».
19h00. Risque d’exmatriculation pour coups et blessures à l’endroit des agents de sécu du campus. M’en fout, je ferai recours. Les institutions ont parfois du bon.
19h10. Retour dans la salle. Je propose un 5e point : expulsion des HEC hors du campus.
21h00. Autour d’une bière artisanale, un camarade signale que le rectorat cherche un interlocuteur. Flairant le piège, nous promulguons l’interdiction de tout référent.
21h45. Après un débat sur la prochaine manif anti-taxes, je m’allonge sur mon matelas aux plumes de canard mexicain bio importé tout droit du grenier du Zélig. Les cours ? Un monde meilleur mérite bien quelques sacrifices !
02h00. Réveil brusque. « Bonsoir, bonsoir, il s’agit tout bonnement de la police ». Non ce cocktail Molotov n’est pas à moi… ni cette herbe d’ailleurs…Je crie au complot !
18 décembre au soir. Je plie bagage, vacances au chalet oblige, mais je serai aux barricades dès la reprise des cours en février. Camarades, la lutte n’est pas finie !
une suite de clichés parfois (un peu) marrants et vrais mais souvent totalement décalés par rapport à ce que fut l’occupation... La moitié des gens qui ont occupés n’étaient pas altermondialiste et je défie d’en trouver un seul qui puisse être nostalgique de l’URSS.
Les étudiants qui ont occupé l’auditoire ont montrés, l’histoire de quelques jours, que le combat pour l’émancipation n’est pas mort, que la logique du profit totalitaire trouve encore une (faible) résistance, qui doit grandir. Ils sont en accord avec la lutte des peuples indigènes du sud pour ne pas voir leur terre volés par les multinationales, avec les grévistes de Swissport, avec les résistants iraniens et les palestiniens, et avec tout ceux qui n’acceptent pas ce monde déshumanisé et criminel qui se dessine sous nos yeux.
Ceux, nombreux, qui se sont opposés à l’occupation pour pouvoir suivre leurs cours, ou pire sont restés indifférents, sont dans leur droits, si le but de leurs études est de leur permettre de se former d’une façon conforme aux intérêts de nos dirigeants et chefs d’entreprises, ils sont même logiques.
Seul ceux qui rêvent et vivent au quotidien pour un monde débarassé des injustices et de l’exploitation, pour être acteur de leur vie et non des machines lobotomisées formatées pour la logique du capitalisme (toujours plus d’argent pour toujours plus de misère, le monde n’a jamais aussi riche et 1/3 de l’humanité meurt de faim aujourd’hui en 2010) peuvent comprendre le sens d’une occupation.
Et ceux qui pensent que je suis un gauchiste réveur ont raisons !!! Mais je préfère ça voyez vous....
Merci pour votre commentaire. Notre rubrique "Le chien méchant" consiste à clôre notre journal sur une touche humoristique et décalée et n’affirme pas du tout dépeindre la réalité des choses. Pour un réel compte rendu de la mobilisation estudiantine, je vous renvoie aux divers articles intérieurs qui traitent le sujet sous un angle plus "sérieux".
Bien à vous,
La rédaction