Publicité | Annonce | Partenariat
|
L’European Students’ Union représente 48 unions de 38 pays européens. Elle est composée d’un comité exécutif, de divers comités thématiques et d’une assemblée des déléguées. Cette dernière, appelée Board Meeting (BM), se réunit deux fois par année et constitue l’organe législatif. Le dernier BM a eu lieu dans le courant du mois de novembre à Cracovie (Pologne). Sonia Page et Samuel Beroud, coprésidentes de votre FAE et engagées au sein de l’Union des étudiantes de Suisse (UNES), ont fait le déplacement avec le reste de la délégation suisse. Et alors ?
Contenu : circulez, il n’y a rien à voir !
Aucun papier politique ou d’information, aucune prise de position n’a été proposé par le comité exécutif ou l’un des groupes de travail. Bien qu’il y ait eu la volonté de traiter une prise de position sur le lifelong learning, projet de l’UE pour favoriser l’apprentissage à tout moment de la vie, l’ébauche présentée a été violemment rejetée par les déléguées, mécontentes du travail fourni.
L’ordre du jour était donc composé principalement de réformes statutaires, adoptions de rapports, de plans de travail et autres budgets, ainsi que de candidatures pour devenir membre de l’ESU. Difficile de faire pire, et terriblement frustrant à l’heure où de nombreuses universités étaient bouleversées par d’importants mouvements étudiants. L’ordre du jour présageait donc déjà beaucoup de frustrations !
C’est quoi la démocratie ?
A défaut de contenu, nous avons donc discuté de la forme et tenté de réformer quelques structures, mais nous avons dû nous confronter à un sérieux choc culturel. « La démocratie, c’est la majorité qui décide. » Voilà le leitmotiv d’un nombre important de pays, principalement est-européens. Au nom de cela, les orateurs/-trices peuvent être empêchées de présenter leurs arguments si la majorité des déléguées décide d’interrompre la liste de parole. Pire encore, les questions adressées avant le vote pour couper le débat se retrouvent sans réponse… Eh oui, à l’ESU, quand on décide de couper la discussion, on la coupe et c’est tout. Sympathique, surtout en sachant que les pays est-européens votent comme un seul homme, entraînés par quelques leaders conservateurs. En outre, certaines délégations ne semblent pas prendre véritablement connaissance des dossiers avant l’assemblée, et suivent donc certaines unions aveuglément dans leur vote. Inutile donc d’écouter les arguments contraires, les votes sont déjà réglés en coulisses.
Les discussions quant aux candidatures de nouvelles unions n’ont pas été écartées de ce couac démocratique, lobby oblige ! Représentativité démocratique, légitimité et division des pouvoirs que nous avons proposés ont été refusés et dénoncés comme une tentative colonialiste !
Protestation démocratique…
Le dernier jour, épuisés d’être systématiquement minorisés et censurés par la majorité des autres pays, la Suisse, l’Autriche, l’Irlande, la Belgique francophone et une des deux unions de France ont décidé de quitter la salle en signe de protestation contre le non-respect des règles démocratiques auquel nous avons assisté. Devant le départ de ces membres, parmi les plus gros contribuables, le Comité exécutif, inquiet, a promis de changer de politique et de modifier les règles du débat. La position de la Suisse semble donc avoir été comprise et prise au sérieux, plus au regard de son poids financier que de ses arguments... Bien que le débat durant le BM ait été écarté, la discussion quant au fonctionnement et à la structure de l’ESU est désormais ouverte.
Et ensuite ?
Après notre sortie, nous nous sommes réunis afin de discuter sur les revendications à émettre au plus vite pour améliorer la situation. Plusieurs unions nous ont fortement reproché de ne pas respecter les décisions de la majorité, les règles du jeu et le bon déroulement du BM. Nous avons alors décidé d’entrer en dialogue avec toutes les représentantes des unions, expliquant clairement les raisons de notre protestation et soulevant dans le même temps les dérives du jeu politique auxquelles l’ESU était soumise.
Les pays protestataires, ainsi que la plupart des pays nordiques qui nous soutiennent, ont décidé d’engager un travail de réflexion aboutissant à des propositions concrètes pour revoir le fonctionnement de l’ESU et essayer d’y insuffler un nouveau climat « démocratique ». Nous essaierons de proposer cela d’ici au prochain BM, qui se tiendra à Madrid, en avril 2010. Certains pays ont déjà annoncé leur volonté de sortir de l’ESU si aucun effort n’est constaté. La pression sur le Comité exécutif est donc maximale pour les six prochains mois. Affaire à suivre…