L’auditoire, journal des étudiants de Lausanne (UNIL - EPFL)
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194//Décembre 2009

  • Le Cabanon au fond de l’Unil
  • La science au service de la culture… et vice versa !
  • Quand les universités élèvent leurs voix
  • Pourquoi se mobiliser pour la formation ?
  • Gratuité de l’UNIL : est-ce si utopique ?
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    Hautes écoles/ formation

    Quand les universités élèvent leurs voix

    C’est à un niveau européen que l’écho des contestations a résonné. Entre mouvement solidaire et volonté de politiser certains enjeux liés de près ou de loin aux réformes frappant les universités, des étudiants se sont mis en marche pour créer ce que nombre d’entre eux souhaitaient être « une ouverture au dialogue ».

    Le mouvement étudiant est né en Autriche, voici plus d’un mois. Mesures d’austérité financière et augmentation des taxes d’études ont mis le feu aux poudres. S’en est suivi un mouvement qui s’est porté dans la rue, après des jours d’occupation d’un auditoire. Un mouvement qui a migré d’un établissement à l’autre, de Vienne à Graz, en passant par Linz. L’Allemagne a ensuite emboîté le pas ; occupation des auditoires et contestations ont donné naissance à des manifestations nourries dans les rues de Berlin.

    Le paysage contestataire qui se dessine au niveau européen fédère des éléments multiples, philosophiques et pragmatiques, tant sur le fonctionnement que sur la définition de l’université. A quoi sert l’université ? A qui est-elle effectivement accessible ? Ne persiste-t-il pas une sélection sociale, qui freine le mouvement de démocratisation à l’accès des études embrayé il y a quelques années ? De quelle source de financement l’université devrait-elle jouir ? Qu’en est-il des hautes écoles dans un contexte généralisé de concurrence entre pôles de recherche, et quel impact sur son personnel et ses étudiants ?

    La vision d’une université où les humanités ont leur place – et des financements au même titre que toute autre branche – se heurte aux injonctions du marché du travail et à son corollaire au niveau de la formation, la sacro-sainte « employabilité ». Des problèmes liés aux réformes frappant l’université depuis quelques années ont également été soulevés. Des questions qui ont tout autant touché les universités suisses. A ce niveau, la scolarisation des études, à savoir les listes de présence dans certaines faculté ou les contrôles continus, ne font de loin pas l’unanimité. D’autre part, à l’ère Bologne, la promesse d’une mobilité accrue ne semble pas tenue ; le manque de bourses pour effectuer sa formation dans un autre cadre et les problèmes récurrents de reconnaissance de crédits mettent les bâtons dans les roues à plus d’un étudiant.

    Au-delà d’une réforme précise, le système de bourses a été un point à l’ordre du jour dans plusieurs universités suisses. En Suisse, la pertinence d’une taxe universitaire – goutte d’eau dans le budget de l’université mais véritable douche froide semestrielle pour le porte-monnaie d’une forte partie de la population estudiantine – a également soulevé de nombreux débats.

    Et la cloche sonne, sonne...

    A Bâle, Berne et Zurich, d’abord, des mouvements étudiants se sont créés, ralliés au mot d’ordre « Education is not for sale ! ». A Genève et à Lausanne ensuite. Côté Zurich, les éléments de grogne sont bien concrets : le 16 novembre, une motion portée par le PLR, le PDC et l’UDC en vue d’effectuer une coupe drastique de 22 millions dans le budget des hautes écoles a été déposée au Grand Conseil. Occupation d’un auditoire et articulation de revendications ont suivi, avant que la grogne ne débouche dans la rue le 12 décembre. Quelque 800 étudiants – mille selon le Tages Anzeiger – ont rejoint la manifestation.

    Et à Lausanne ?

    Lausanne a aussi organisé sa fronde. Par un vote unanime pour occuper l’auditoire 1031 en premier lieu. Signe fort s’il en est, mais qui au fil du temps a refroidi les relations entre étudiants. Le « mouvement étudiant » a maintes fois reçu une volée de bois vert de la part de ceux qui ne partageaient pas la forme des contestations. « Vous croyez-vous représentatifs en étant une centaine à prendre la parole pour un millier d’étudiants ? », a lancé une étudiante lors d’une assemblée générale. En résulte un débat où les questions de formes et d’organisations du mouvement ont parfoispris le dessus sur le fond.

    Pierre angulaire d’un mouvement réussi, la politisation et la communication des revendications furent des tâches ardues. Quel bilan en tirer ? Comment en mesurer l’impact ? « Le simple fait que la mobilisation ait existé est un signe positif », estime Isabelle, qui a pris part au mouvement. « Au départ, les revendications étaient très idéologiques, contrairement à la mobilisation de 1997 fondée sur des restrictions budgétaires, mais un nombre considérable de personnes sont venues à la première assemblée. C’est la preuve que beaucoup perçoivent que quelque chose ne va pas. Une pétition est née de ce mouvement, ce qui est aussi un signe positif. Même s’il n’y a eu que peu de temps pour la faire, de nombreux étudiants l’on signée. De nombreux professeurs et des assistants soutiennent le mouvement. Chacun a pu identifier des problèmes à différents échelons. »

    « Pour l’instant, le mouvement étudiant reste minoritaire et ne fédère que ceux qui étaient déjà convaincus », juge quant à lui Hadrien. « Il est important de diffuser les problématiques plus largement. » Pour ce faire, le mouvement s’est réorganisé en petits groupes de travail. Une occasion pour chacun d’analyser l’impact des réformes de façon plus réfléchie. « La mobilisation a pris tout de suite un tour très radical », continue Isabelle. « On a occupé un auditoire en emboîtant le pas à l’Allemagne et l’Autriche, sans rassembler de véritables revendications en amont. Beaucoup d’étudiants n’ont pas suivi. »

    Surfer sur la vague au niveau facultaire

    Dans les différentes facultés, les associations d’étudiantEs sont partagées. Certaines observent, d’autres tentent de participer activement. D’autres, enfin, profitent de l’ambiance séditieuse pour prendre la température de leur faculté. C’est le cas du comité de l’AEDL, qui fait passer un questionnaire en vue d’établir un état général de la Faculté de droit.

    Modalité d’évaluation, taux d’encadrement, cursus, clauses des travaux personnels, et Bologne de façon plus générale sont ainsi passés au crible. « Nous avons fait une séance d’information avec les étudiants dans l’optique de relever des points posant problème et qui sont repris dans le questionnaire, explique Géraldine Bouchez, du comité de l’AEDL. Nous ferons ensuite une séance d’information avec le doyen et avec – je l’espère – des professeurs pour voir ce que l’on peut modifier. Si la forme qu’a pris la mobilisation n’a pas plu à l’AEDL, certaines de leurs revendications nous touchent, comme la suppression des taxes d’études. D’autres, comme la suppression de listes de présences, ne nous concernent pas. »

    mardi 26 janvier 2010

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