L’auditoire, journal des étudiants de Lausanne (UNIL - EPFL)
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194//Décembre 2009

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    Politique Société

    A qui appartient Noël ?

    Notre société, qui se donne à voir par moments comme laïcisée, est pourtant plongée dans une ferveur religieuse puissante en fin d’année. Contradiction ?

    Disons-le sans détour, Noël est la fête la plus importante dans de nombreux pays. Importante, notamment parce qu’elle est fêtée par quasi tout le monde, qu’on soit croyant ou non. Elle ne passe pas inaperçue dans notre pays, les décorations dans les rues, les listes de cadeaux, la préparation des fêtes de fin d’année… Chacun se prépare à fêter ce grand événement. Toutefois, dans les esprits, Noël a-t-il encore un lien avec la naissance de Jésus ? Beaucoup vont à l’Eglise la veille de Noël alors qu’ils n’y ont pas mis les pieds durant l’année.

    La plupart d’entre nous décorent leur maison avec le sempiternel sapin sans se souvenir qu’il représentait à l’origine « l’arbre du Christ » et que les pommes qui le décoraient étaient symboles du fruit défendu. Nous ne pensons pas non plus que l’étoile, souvent accrochée à sa cime, a pour but de symboliser l’étoile de Bethléem qui guida les Rois mages jusqu’à l’enfant Jésus. Et la crèche, qui trône dans beaucoup de salons, n’est bien souvent rien qu’une décoration de plus. Pourtant, bien que nos pratiques soient imprégnées de cette connotation religieuse, nous n’en sommes pas pour autant croyants. Lorsqu’on creuse un peu plus les raisons qui nous poussent à accomplir ces rituels, la religion n’y est que peu présente.

    Céline, 21 ans, nous parle de sa mère, non croyante, qui perpétue malgré tout ces traditions religieuses comme la décoration particulière à Noël : « Elle suit la tradition de son enfance, ça lui [en] rappelle les souvenirs. C’est symbolique plutôt que religieux. » En effet, pour beaucoup d’entre nous, les symboles typiquement religieux comme la crèche, le sapin et la veillée à l’Eglise sont devenus des automatismes qui ne représentent plus des actes de foi.

    Un peu d’histoire...

    A l’origine, le solstice d’hiver, fixé au 25 décembre par les Romains était l’occasion de fêter le soleil. Avec le temps, l’Eglise incita à remplacer cette fête païenne par une fête chrétienne qui prendra le nom de « naissance » en latin. Mais cette connotation religieuse accordée pendant des siècles à Noël n’est-elle pas en train de s’effriter ? Ne revenons-nous pas à une fête païenne comme au temps des Romains ?

    La connotation religieuse du 25 décembre se fait de plus en plus discrète et est étouffée par l’essor grandissant de la nouvelle fête de Noël. Dans notre société, elle est devenue avant tout une fête commerciale. A moins d’être enfermé dans une grotte, il est difficile de ne pas être imprégné de l’atmosphère festive de cette période. Les préparatifs et les réunions familiales sont là pour nous rappeler qu’un événement important se prépare fin décembre. Ainsi, même en tant que non-croyants, nous sommes conditionnés à donner de l’importance émotionnelle à cette fête. Nous fêtons avec ardeur ce qui est à la base la naissance de Jésus pour les chrétiens.

    Ainsi, bien que nous avancions à grands pas vers une laïcité générale, durant la période de Noël, des traditions religieuses ancestrales ressurgissent. C’est pourquoi nous pouvons nous demander si Noël ne reste pas en partie religieux dans les traditions.

    Mille anges divins…

    Bien entendu, le lien entre Noël et la fête religieuse dépend des milieux sociaux. Pour beaucoup, cette fête ne représente pas la naissance de Jésus mais plutôt une tradition que nous perpétuons sans nous interroger sur les raisons. « Ces représentations sont devenues quotidiennes. De nos jours, Noël est devenue une fête comme les autres sans connotation religieuse particulière », nous fait part Pietr, étudiant de 3e année en Sciences sociales. Corinne, 45 ans, ajoute : « Bien que le religieux reste dans les esprits, je pense que le côté festif de l’événement s’est aussi inscrit dans les traditions. » Ainsi il semble que, pour certains, le contenu religieux soit remplacé par la volonté de faire la fête.

    S’interroger sur Noël permet de comprendre l’essor que cette fête a connu depuis le Moyen-Age. De fête païenne à fête chrétienne, qu’est-elle devenue aujourd’hui ? La plus grande contradiction que nous pouvons soulever est l’importance donnée à Noël par des personnes non croyantes. Serait-ce le signe d’une réadaptation des symboles dans notre société moderne ? Ou au contraire, d’une résurgence générale de « croyance religieuse » au moment de Noël ? Dans tous les cas, comme le suggère Céline, on peut penser que, « ce qui importe le plus, c’est l’ambiance de Noël que chacun d’entre nous souhaite retrouver d’une année à l’autre, et non le rappel de Jésus. »

    mardi 26 janvier 2010

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