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On l’aura assez entendu avec l’élection à la présidence de l’EPAD en France ; népotisme (du latin nepos, neveu, et de l’italien nepotismo) renvoie historiquement à la fâcheuse habitude qu’avaient certains papes de placer leurs neveux dans l’administration de l’Eglise. Par extension, il s’agit de l’usage de son influence pour procurer des avantages, des emplois à sa famille ou ses proches.
Un premier constat s’impose, les critiques contre les tendances monarchisantes de nos chers voisins républicains ne manquent pas. Peut-être que ça nous fait rire en Suisse de voir l’opposition parlementaire proclamer la fin de la Ve République au moindre soupçon. Il faut avouer que les exemples sont nombreux. Citons au hasard Jean-Christophe Mitterrand, fils du président et promu aux Affaires africaines, Marie Le Pen, succédant à son père à la tête du parti d’extrême droite, ou encore Dominique Strauss-Kahn et sa subordonnée…
Quid en Helvétie ?
Parmi les affaires connues, on citera Eveline Widmer-Schlumpf, fille d’un ancien conseiller fédéral, ou encore Nicolas Bideau, un Monsieur Cinéma dont le nom rappelle celui de son acteur de père. Citons également la socialiste Valérie Garbani. A-t-elle retrouvé sans peine une place dans la Gérance immobilière de Genève, avec ou sans l’aide de ses amis juristes au sein de la boîte ? Récemment, on a parlé d’Anne-Laure Couchepin, fille de l’ex-conseiller fédéral du même nom, élue radicale en 2008 à la municipalité de Martigny. Une nouvelle dynastie ? « Il s’agit d’une démarche personnelle. Ce qui me caractérise est de vouloir faire ma propre trace, même si ce n’est pas la plus facile », déclarait-elle sur les ondes de la RSR.
Une cage dorée ? Une situation pas si enviable ? « On étouffe, on essaie de s’affirmer et de se faire un nom en dehors de ce cadre », disait Nicolas Bideau sur la TSR. De même, le fils de Samuel Schmid, ancien conseiller fédéral, affirme ne pas être aidé par son nom et éprouver avec son groupe de rock, les mêmes difficultés que les autres. On est en effet loin de la promotion directe d’un fils à un poste lucratif. Il est même possible de parler de discrimination : certaines entreprises ne laissent entrer les « fils de » qu’à condition de faire rapidement leurs preuves et d’être qualifiés ; ils sont attendus au contour. La TSR refuse, elle, de laisser travailler des membres de la même famille au sein d’un rapport hiérarchique.
Question privée
La question est plus sensible dans le monde de l’économie, où les cas de promotions litigieuses sont aussi fréquents. Jean-Noël Rey, ancien directeur des PTT, s’était vu reprocher d’avoir engagé son amie et ses deux fils dans l’entreprise, entre autres à temps partiel au sein du conseil d’administration. Question difficile pour un pays où les entreprises ont toujours développé une forte tradition familiale, « où il est important que l’entreprise reste aux mains de la même famille », comme nous renseigne Transparency International, organisation privée de lutte contre la corruption. « Certains cas comme en France sont très visibles mais peuvent passer par des élections tout à fait légales. »
Pas si simple
Et si la différence principale avec le phénomène français tenait dans l’ampleur médiatique ? S’il semble évident que les habitudes des politiciens et des financiers suisses diffèrent relativement peu de ce qui se fait en France, l’absence d’une véritable dénonciation médiatique et publique est flagrante. Les nombreuses personnalités contactées s’expriment en effet très difficilement sur le sujet, et chaque entreprise ou haute école renvoie à son règlement interne. Les promotions qui peuvent s’apparenter à du népotisme sont peut-être trop ancrées dans les mœurs pour mériter la vindicte populaire à la moindre occasion. Une bonne chose ? « Les médias constituent certes un garde-fou mais peuvent également exagérer la situation et faire monter la pression », nous rappelle Jean-Paul Méan, vice-président d’IT Suisse. « Il est même difficile de parler catégoriquement de cas de népotisme sans délit financier. Le cas échéant, il y a des dispositions dans le droit public, administratif et pénal. »
Neuilly – Dorigny, même combat !
Alors, le népotisme, habitude helvétique, française, occidentale ? Ce qui est certain, c’est que cette forme de corruption passe plus facilement sous silence dans nos contrées, où les médias préfèrent la politique officielle, dont les secrets « nocturnes et aux longs couteaux » restent traités avec un regard bon enfant. Un récent classement international épinglait cependant la Suisse, qui peinait à monter dans le classement des pays les moins corrompus. On y critiquait la facilité, dans de petites régions où les gens se connaissaient facilement, de tomber « dans des formes de corruptions mineures, comme le népotisme ».