L’auditoire, journal des étudiants de Lausanne (UNIL - EPFL)
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194//Décembre 2009

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    Dossier

    La bande dessinée est un art

    S’il est politiquement correct de lire pour le plaisir, la bande dessinée, elle, a mauvaise réputation. Néanmoins, c’est un art tripolaire qui est aussi un des secteurs de l’édition des plus dynamiques. Retour sur le monde économique et culturel qu’elle façonne.

    La bande dessinée n’est pas pour les gamins. Ou ne l’est plus. C’est un art tout aussi profond que la peinture ou la littérature – deux mondes qu’elle joint parfois au gré de son trait ou de son scénario. Développée à la fin du XIXe siècle, la bande dessinée s’est progressivement popularisée à travers trois traditions culturelles : aux Etats-Unis avec les comics books ; en Europe avec l’album franco-belge, et au Japon avec le manga, qui réalise une percée en francophonie depuis une décennie. Et en chiffre d’affaires, malgré qu’elle ne représente que 6,5% des ventes, la BD est un des meilleurs secteurs de l’édition !

    De par chez nous

    « En Suisse romande, la culture de la BD est franco-belge », nous signale Lorenzo Pioletti, responsable de la librairie Raspoutine à Lausanne, « dont une des particularités est d’être la seule au monde à être cartonnée ». Néanmoins, l’album se partage la tête du classement des ventes avec les mangas : environ 40-45% chacun.

    Globalement, bien que « le chiffre d’affaires de l’édition de la BD augmente, l’album franco-belge observe une certaine constance voire régression dans son chiffre d’affaires », nous informe Gilles Devaux, responsable de la communication et du marketing chez Dargaud Suisse, « alors que le manga japonais s’envole » ! Cependant, malgré ces bons résultats, si le manga perce, c’est uniquement grâce à quelques titres très porteurs (Naruto, One Piece ou Death Note), mais avec un écart grandissant avec le reste de la flotte, dont la tendance n’est pas aussi admirable.

    Le grand voyage

    Du dessinateur jusque dans nos mains, on compte trois types d’agents économiques différents. Il y a d’abord l’éditeur, puis le diffuseur et finalement la librairie – de la même manière que pour les livres. De plus, si certaines entreprises ne font que de la diffusion, comme Diffulivre, ou de l’édition, Delcourt, par exemple, d’autres, tel Dargaud, s’investissent dans les deux.

    Les relations entre éditeurs et grossistes sont ambivalentes. Comme nous le précise Gilles Devaux : « Ils peuvent être clients, partenaires ou concurrents », cela dépend des rapports avec le revendeur. Des frères ennemis entre rivalité et complémentarité : c’est le cas lorsqu’un diffuseur a un contrat de « rack-jobbing » (lorsque la gestion du rayon est laissée à une entreprise indépendante), tel OLF vis-à-vis de la Coop. Ce premier est alors bien obligé de collaborer avec notamment Dargaud Suisse pour fournir au second un achalandage correct.

    Des clans hermétiques

    Mais outre ces considérations économiques, c’est surtout sur le style et le lectorat que le manga et l’album franco-belge se départagent. Le manga est « industriel » alors que l’album est « artistique ». On compte environ un album par auteur et par an, parfois avec bien plus de battement, contre environ cinq mangas sur la même période !

    Cela s’explique par le procédé de fabrication : le manga est le plus souvent en noir et blanc, et le mangaka est entouré de plusieurs assistants. Au contraire, l’album, surtout chez certains comme Juan Gimenez, Enki Bilal ou Grzegorz Rosinski, est une véritable oeuvre d’art, qui nécessite plusieurs couches successives : dessin, encrage et coloriage au moins – et sans assistant !

    Ces différences s’observent aussi dans le lectorat, divisé en clans hermétiques. Cela se déduit notamment des chiffres des meilleures ventes. Du côté francophone, on retrouve en tête Black et Mortimer, ou Lucky Luke, alors que les leaders japonais sont Naruto et Death Note. Des séries européennes qui semblent plutôt vieilles face à des japonaises très récentes. Tout comme l’âge de leurs principaux lectorats respectifs. Et ils ne passent pas facilement d’un style à l’autre, « cela se voit sur les transferts (ndlr : un album réédité en style manga) qui ne sont pas les plus grosses ventes », nous précise Gilles Devaux.

    La mort d’un dieu ?

    Néanmoins, il ne faut pas crier à la mort de l’album cartonné. « Il faut laisser les jeunes auteurs faire leur chemin », apostrophe Lorenzo Pioletti. « A ses débuts, Rosinski était tout autant inconnu, et ce n’est qu’après quatre ou six Thorgal qu’il a été révélé ! » Et la relève existe, avec en tête Zep, Lewis Trondheim, Marini ou Hélène Bruller.

    Et cette nouvelle génération s’accompagne d’un nouveau support, qui a mis au jour plusieurs d’entre eux : internet. En effet, le phénomène de bd-blog, dont par exemple Boulet (voir le numéro 191 de L’auditoire), Kek ou la Genevoise Valp. Néanmoins d’autres lieux permettent d’aller à la rencontre de la bande dessinée : salons, festivals ou expositions, tel Zizi Sexuel, qui se tient à la librairie Raspoutine jusqu’à fin janvier. Bref, la BD a encore de beaux jours devant elle ! 

    mardi 26 janvier 2010

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