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Exit les volumes poussiéreux, journaux ou romans de quai de gare ! La modernité passe désormais par les nouveaux supports numériques. On peut lire Le Monde sur son Iphone ou encore faire l’acquisition pour Noël d’un reader numérique pour ebook. Dans le monde des hautes écoles, même son de cloche. L’EPFL a également misé sur la transmission électronique des données scientifiques avec son futur Learning Center. « La mise en réseau des fonds publics est absolument nécessaire », confirme Pascal Vandenberge, directeur de Payot. C’est ainsi que des programmes de numérisation ont vu le jour, notamment Gallica et Europeana, mais dotés de moyens largement insuffisants pour l’ampleur de la tâche.
Google et son projet Google Books sont donc tombés à point, en apportant les finances pour la numérisation des fonds des bibliothèques intéressées. Une opportunité sur laquelle de nombreuses bibliothèques universitaires américaines et européennes ont déjà sauté. Les travaux publics de numérisation comme Gallica, déjà effectués par les projets européens, ont également négocié un partenariat avec le géant californien. Seul bémol, Google ne semble pas motivé par un simple souci de générosité gratuite.
Exclusivité et droits d’auteur
Si Google consent aux dépenses énormes qu’entraîne la numérisation de millions d’ouvrages, c’est que le retour sur investissement est non négligeable. Lui seul empochera les bénéfices de l’exploitation des données mises en ligne. On parle également de certains contrats, comme celui conclu avec la Bibliothèque municipale de Lyon, contenant des clauses d’exclusivité, à savoir le monopole d’utilisation commerciale par Google durant 25 ans sur les fichiers numériques. Aucun concurrent ne pourra scanner les livres déjà numérisés, ni les publier en ligne durant un quart de siècle. « Un manque de vision à long terme » pour le directeur de Payot. « Google aurait alors une exclusivité d’utilisation des données provenant de fonds publics. » Si le service Google Books reste gratuit pour la consultation, il n’y a pas de problèmes, mais imaginons un instant qu’il puisse devenir payant…
En ce qui concerne les droits d’auteur, la mise en ligne de livres provenant du domaine public ne lèse finalement personne. En Europe, un livre tombe dans le domaine public 70 ans après la disparition des intéressés, aucun propriétaire légitime des œuvres d’Alexandre Dumas ou de Dante ne pourra porter plainte pour violation de ses droits par exemple. La donne est différente pour les ouvrages encore sous droits, dont 40% sont dits « orphelins », sans ayants droit connu. Selon les normes du copyright américain, qui est régi par d’autres règles, Google serait en droit de publier en ligne ces ouvrages, qui sont encore sous droit d’auteur selon les lois européennes. Ce sujet est au cœur de la discorde juridique qui oppose les associations de défense du livre européennes et les tribunaux américains.
Quid de Dorigny ?
« Nous avons saisi l’occasion en numérisant 5% de notre fonds public, soit 100’000 ouvrages », précise Jeannette Frey, directrice de la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne, cinquième bibliothèque euro-péenne à conclure un accord avec Google. « Nous ne numériserons cependant pas d’ouvrages sous droits avec Google », ce qui évite les conflits d’intérêts comme ce fut le cas à Lyon et à Paris par exemple. « Des projets touchant des ouvrages sous droits d’auteur, comme la numérisatsion de La Gazette de Lausanne, par exemple, se fera en accord avec les ayants droit. » Les fichiers numériques de Google sont d’ailleurs en deux exemplaires, dont l’un est à disposition de la bibliothèque cantonale.
La numérisation des fonds publics, et de manière plus large des données universitaires, reste une nécessité selon les spécialistes. « Les avantages sont nombreux, spécialement pour les périodiques, qu’on expédie maintenant à la vitesse de la lumière et non plus par colis onéreux », conclut la directrice.
Il semble cependant que la technologie ne soit pas encore pleinement prête pour les données scientifiques, comme les monographies de grands formats ou les données qui supportent mal le noir et blanc numérique. Les Kindle et ebook qui envahissent déjà les rayons spécialisés à l’approche des fêtes restent plus adaptés à la lecture de plaisir qu’à l’étude de livres dépassant le format A4. Les étudiants continueront donc encore un certain temps à porter de lourdes monographies scientifiques, encore sous droits.