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Après avoir traversé une carrière cinématographique absolument hors du commun (à la fois comme acteur, réalisateur, compositeur, producteur et auteur), il a visiblement décidé de mettre les bouchées doubles pour conclure dans un feu d’artifice. Ces dernières années, il a presque signé deux films par an. Hier, c’était Flag of our fathers, Letters From Iwo Jima, The Changeling ou Gran Torino, aujourd’hui Invictus et demain, Hereafter.
De quoi parle Invictus (invincible, en latin) ? De l’arrivée au pouvoir de Nelson Mandela en Afrique du Sud. De ses premières années un peu chaotiques durant lesquelles il a tout faire pour réconcilier ce pays divisé. Si l’idée est finalement aussi classique que nécessaire, c’est la manière d’agir qui a séduit d’abord John Carlin (l’auteur du livre Déjouer l’ennemi dont est tiré le film) puis Clint Eastwood. En effet, Nelson Mandela a profité de l’imminence de la coupe du monde de rugby (ayant lieu, justement, en Afrique du Sud), pour rassembler Noirs comme Blancs autour d’un même objectif, gagner la coupe. L’histoire a déjà été écrite : contre toute attente les Sud-africains, faisant pourtant figures de véritables outsiders, vont réussir un formidable exploit sportif. Cet événement fera avancer la lutte contre les restes de l’Apartheid
Après avoir définitivement enterré sa vie d’acteur à la fin de Gran Torino, Clint Eastwood s’attaque ici à un gros morceau. Réaliser un film sur un personnage historique encore vivant n’est pas donné à tout le monde. De plus, alors qu’il aurait été facile de tourner le film dans de confortables studios américains, Clint Eastwood a préféré se rendre directement en Afrique du Sud afin de pouvoir tourner le plus grand nombre de scènes possible sur les lieux des événements. Teinté de politique - lorsque l’on dit de Mandela « Il peut gagner une élection, mais peut-il conduire un pays ? » on croit s’adresser directement à Barack Obama – autant que d’actualité – l’Afrique du Sud organise cette année sa première coupe du monde de football – et rappelant parfois furieusement certains autres films – les scènes ralenties de chocs violents entre ces masses humaines renvoient par exemple aux coups de poing sur les rings de Millions Dollars Baby (Eastwood 2004) – Invictus est sans aucun doute un film que l’on peut décrypter de toutes les manières possibles.
Si certains des derniers plans n’étaient pas aussi appuyés (de longues embrassades entre Noirs et Blancs soulignées lourdement par une musique presque dispensable), l’œuvre toucherait à la perfection. Mais que l’on ne s’y trompe pas : même lorsqu’un film de Clint Eastwood comporte d’éventuels petits défauts, il reste d’une qualité bien supérieure à la moyenne des productions américaines…
Quand s’arrêtera-t-il ? Clint Eastwood serait-il, lui aussi, invincible ? On l’espère…