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C’est sans doute dans le domaine de la médecine que les hommes se voient le plus confrontés à la machine, puisqu’elle s’applique directement à lui. Les instruments de plus en plus perfectionnés utilisés par les chirurgiens sont toujours plus autonomes et sensibles, si bien que l’on peut commencer à parler de robot-chirurgien. Ou quand la machine vient compléter les compétences humaines.
Le Laboratoire de système robotique (LSRO) à l’EPFL s’attelle à une tâche particulière : restituer au chirurgien des sensations de toucher, à travers des capteurs de robot. Spécialisée dans la robotique médicale, l’équipe du professeur Hannes Bleuler travaille depuis des années à l’élaboration d’un assistant chirurgien robotisé. Le premier projet, déjà réalisé, fut de mettre au point un simulateur grâce auquel les apprentis chirurgiens ont la possibilité de s’entraîner à des opérations chirurgicales simples.
L’instrument permet une approche visuelle mais aussi tactile, nommée « interface haptique », qui fonctionne grâce à un système de retour de force. Utilisé depuis plus de huit ans par les jeunes chirurgiens, ce simulateur doit encore être développé pour offrir un plus grand panel d’opérations simulées. Mais il a aussi donné naissance à un autre projet : un robot qui ne se contenterait plus de simuler les opérations mais les réaliserait pour de bon.
C’est « Da Vinci » qui vous opère
Le robot qui opère existe déjà. Il se nomme « Da Vinci » et est utilisé dans plusieurs hôpitaux suisses, notamment à Genève. Le chirurgien prend place, en position ergonomique, à une console éloignée de quelques mètres de la table d’opération. Il télécommande depuis celle-ci les quatre bras du robot, qui reproduisent tous ses mouvements de doigts et de poignets ; le médecin peut ainsi effectuer les mêmes mouvements que pour la chirurgie ouverte.
Autre avantage, seules trois incisions sont réalisées dans le corps de l’opéré, pour permettre aux instruments et à la caméra de s’y introduire. Cette technique, la chirurgie peu invasive, permet au patient de se rétablir plus vite, presque sans cicatrices et de réduire les complications post-opératoires. Mais si ce robot est à la pointe de la technologie pour la précision et le visuel, il lui manque justement une interface haptique, qui restituerait les sensations de toucher.
Le robot comme instrument
Hannes Bleuler est catégorique : même si l’on atteint un perfectionnement extrême, la machine ne se passera jamais d’un humain superviseur et même directeur. Les recherches visent plutôt à compléter les compétences humaines, à donner à l’homme des instruments hautement perfectionnés, afin de lui offrir des conditions de travail plus confortables, plus précises et efficaces.
Pour cela, le plus important est de réussir à reconstituer les sensations que le chirurgien a en travaillant avec ses mains. « Le rêve serait de pouvoir lui offrir toutes les sensations du toucher », s’enthousiasme le professeur. « Des microcapteurs transmettraient la température, la texture, peut-être même avec plus de précision que ce qu’un humain peut percevoir. »
Des rêves, les chercheurs en ont donc aussi. Mais, loin de chercher à remplacer l’humain, leur but est de l’améliorer, de combler ses failles, en neutralisant par exemple ses tremblements lors de travaux très minutieux. En bref, de le rendre plus performant.
Le principal obstacle reste bien sûr le coût extrêmement élevé de fabrication et d’entretien de ces machines. Mais il ne devrait pas s’écouler tant d’années – des chercheurs y travaillent déjà – avant que l’on puisse se faire opérer sans aucune ouverture par un petit robot qui aurait pénétré par un de nos orifices naturels...