Débat autour de la burqa

1470170_770852656264771_1893302977_n

C’est de burqa que l’on a débattu jeudi 21 novembre au Bourg à Lausanne. Un sujet brûlant, d’actualité, mais aussi d’émotion, qui a été choisi par l’association d’étudiants COSPOL (Comité Science Politique Lausanne) pour son premier café-politique organisé conjointement avec ASSOPOL (association des anciens étudiants en SSP).Les cinq invités de la soirée ont défendu leur position avec conviction face à un public participatif, non seulement par ses questions, mais par de réelles interventions au sein du débat.

La burqa (ou plutôt le niqab, la burqa existant surtout en Afghanistan, avec une grille sur les yeux, alors que le niqab, plus répandu, les laisse visible à travers une fente) est un sujet qui a beaucoup fait parler de lui ces dernières années en Europe. Et encore plus particulièrement ces dernières semaines, avec le OUI des Tessinois à une initiative proposant de l’interdire (la loi reste cependant à être validée par le Parlement). Et l’on risque d’en entendre encore beaucoup parler, une votation étant en préparation à ce sujet au niveau fédéral.

Islamolucidité ou discrimination?

Cinq intervenants ont donc pris part à la discussion, tous engagés dans des causes différentes, voire parfois opposées. Après une brève mise en situation, c’est  Mireille Valette, féministe de gauche incarnant une ligne dure de la critique de l’Islam, qui s’est vue attribuée la parole. Elle s’est également exprimée dernièrement sur le plateau d’Infrarouge, et a proposé une redéfinition de « l’islamophobie comme de l’islamolucidité ». La justification donnée au voile par « les musulmans » serait, pour elle, qu’il sert à ne pas éveiller les pulsions sexuelles des hommes. En ce sens, cette vision est inacceptable, car c’est la femme qui se voit infliger des contraintes, et présente l’homme comme un prédateur.

Cet avis n’est cependant pas partagé par Joseph Daher, assistant diplômé à l’Insitut d’histoire économique et sociale de l’Université de Lausanne, pour qui l’islamophobie est bien réelle en Suisse. Il explique que l’enjeu de l’initiative tessinoise n’est pas centré seulement sur un habit, mais que celle-ci sert également à discriminer les étrangers et la communauté musulmane. Joseph Daher prend pour exemple le fait qu’un « Mohammed » athée subit par son seul prénom une discrimination (ce problème a été présenté dans l’émission du 10 octobre de Temps Présent).

L’avis d’une musulmane

Parmi les invités se trouvait également une musulmane convertie, Lucia Dahlab, vêtue d’un voile coloré. Elle a dit espérer un réel dialogue lors de ce débat, et rappellera une loi de l’altérité qu’elle juge essentielle: aller vers l’autre en restant soi-même. Elle apprécie la liberté religieuse dont on bénéficie dans notre pays et ne voudrait pas qu’elle se détériore. Enseignante depuis 25 ans, Lucia Dahlab explique vivre ce respect lorsqu’elle ne force pas un enfant témoin de Jéhovah à faire le bricolage de Noël.

Islam et détournement politique553914_770852782931425_1820793384_n

L’UDC était également présente ce soir-là, du fait de la présence de Fabienne Despot, députée au Grand Conseil vaudois. Cette dernière a entamé par une remarque pour le moins étonnante et peu crédible: son parti ne s’engagerait que très peu en tant que tel dans les questions religieuses ou morales. Si tel est le cas, il faudrait revoir quelque peu la communication du parti, l’information ayant apparemment plutôt mal passé… C’est donc en tant que personne indépendante qu’elle dit se positionner contre les minarets et la burqa. Elle admet qu’actuellement la communauté musulmane pose très peu de problèmes. Mais ces mesures [ndlr : telle que l’initiative tessinoise] permettent selon elle d’agir de façon préventive, avant que des ennuis arrivent, et de faire comprendre aux musulmans la laïcité de la Suisse.

Le dernier invité était Karl Grünberg, cofondateur de l’organisation SOS-Racisme. Très engagé dans la défense des droits humains universels, il dénonce l’utilisation faite de l’islamophobie par de nombreux partis européens. Ceux-ci se serviraient en effet de la peur et la haine de l’autre pour rassembler leur électorat.

Y a-t-il un seul Islam?

Une question importante a également été soulevée : la question des catégories. Peut-on dire « les musulmans », parler de « communauté musulmane » ? Selon Lucia Dahlab, il y a à la fois un et plusieurs Islams. La proposition est bien nuancée. Elle veut dire qu’on ne peut pas parler de l’Islam et des musulmans comme un groupe homogène. Si on veut penser l’Islam comme une seule communauté ou religion, il faut prendre en compte toutes les différences que l’on y trouve, tout ce qu’elle a de fragmenté.

En tous les cas, on peut dire que pour un premier café-politique, COSPOL et ASSOPOL peuvent se réjouir de ce succès. Beaucoup d’étudiants de sciences politiques, mais aussi d’autres horizons académiques, sont venus remplir la petite salle du Bourg. La discussion a dû être interrompue abruptement, timing oblige, et le débat s’est arrêté. Ce qui n’a pas empêché de longues discussions au sein du public et avec les invités.

Et concernant la question de ce débat, que conclure ? Y a-t-il un réel problème avec le niqab pour les femmes et l’espace public ? Qui sont « les musulmans », qu’est-ce que « l’Islam » ? Le sujet est difficile, chacun défendant avec passion un avis basé sur un engagement différent. Pour aller au delà d’une représentation biaisée, une idée serait peut-être de suivre un conseil donné par la féministe Valette dans son introduction: aller soi-même à la rencontre des musulmans qui vivent avec nous.

One Response to Débat autour de la burqa

  1. Heureux d’avoir pu lire après avoir assisté au débat. Les positions des intervenants sont bien explicitées, et l’article permet également de saisir les directions qu’a prises le débat. En effet, cela a vite tourné à des discours plus englobant parlant « des musulmans » et de « l’Islam ». Dommage peut-être, mais cela montre bien le réel sujet du conflit en arrière-fond de la question de la burqa.
    Chapeau!