Musée de l’Elysée : Genesis et STATE, deux regards sur le monde

L’exposition à l’Elysée en ce moment? Ah oui, Sebastiao Salgado, sublime! A ne pas manquer!

paolo-woods-state_4En effet, tout le monde ne parle que de l’exposition Genesis du photographe Sebastiao Salgado. Et pour cause, il est connu et reconnu du public pour ses photographies qui vous tiennent en haleine. Et on le reconnaît, elles fascinent, elles nous emportent loin, dans des contrées où la nature domine, à l’état brut. Des tirages en noir et blanc grandioses nous font voyager jusqu’au bout du monde, de la Patagonie à la Sibérie, de l’Indonésie jusqu’au cercle arctique, à la rencontre des dernières femmes à plateaux d’Ethiopie, des Dinkas du Soudan ou encore des Inuit. Les photos sont impressionnantes, le traitement du contraste rend les paysages majestueux. On verrait bien un de ces tirages dans notre salon. Et puis, on nous sensibilise à la cause écologique, à la profanation de cette nature encore intacte, au fantasme d’un retour à la « genèse » de notre planète, tout cela rendu par un travail remarquable et une technique photographique maîtrisée.

Pourtant, au dernier étage du Musée de l’Elysée, sous les combles, se cache une autre exposition: celle de Paolo Woods, intitulée STATE. Il s’agit également d’un photojournaliste, faisant le tour du monde comme Salgado, pourtant, ces deux photographes diffèrent en tous points.

Paolo Woods, d’origine canado-hollandaise, a tout d’abord grandi en Italie, puis s’est installé à Paris, et depuis 2010, vit en Haïti. A partir des années 2000, il se consacre exclusivement à la photographie documentaire et va collaborer avec des journalistes sur certains projets de longue durée, s’intéressant à des thèmes à portée mondiale, soulevant des questions ou laissant simplement s’exprimer un état. Il publie un de ses premiers livres avec le journaliste Serge Michel en 2003, intitulé «A Crude World», sur le thème de l’industrie pétrolière, dans une douzaine de pays. Suivront des ouvrages tels que «American Chaos», sur les conflits avec l’Irak et l’Afghanistan, «Chinafrica» – également cosigné avec Serge Michel – concernant l’ascension de la Chine en territoire africain ou encore «Walk on my eyes» en 2010, portrait de la société iranienne.

C’est ainsi que Paolo Woods, en collaboration avec le journaliste suisse Arnaud Robert sur le projet STATE, s’est intéressé à la situation de crise en Haïti, suite au séisme de 2010. Un pays en faillite, un gouvernement inefficace, un chantier gigantesque, où tout ce qui se construit, s’écroule peu après.

state-aef4fc8823Après les photographies en noir-blanc spectaculaires de Salgado, on découvre celles de Woods, en couleur et de même format, les parcourant thème après thème: Substituts, Léta, Dieux, Présidents et Propriétaires. Ses photographies pour leur part, refusent tout spectaculaire, respirent la simplicité, et offrent un regard frontal et honnête aux visiteurs sur la situation sociale en Haïti.

Ici, la population haïtienne est au centre de l’image, prenant la pose. Malgré l’aspect statique, ces photos ne sont en rien une mise en scène, mais gardent toujours une part de mystère.

Il y a chez Woods une volonté qui diffère du regard général que l’on porte sur Haïti, la plupart des reporters se précipitant sur les bidonvilles, afin de «voir» la misère. Cette recherche de la misère, bien qu’elle soit effectivement présente, ne fait que renforcer le cliché que l’on a sur le pays. L’exposition aborde des thèmes, tels que la fierté nationale, l’identité haïtienne, l’évangélisation américaine, la présidence devenue figure mythique, elle dit «l’ordre plutôt que le chaos, la comédie plutôt que la tragédie» (d’après l’elysee.ch).

Mais SATE, ne se limite pas aux frontières de l’île, allant bien au-delà de la question haïtienne. D’enjeux nationaux, elle soulève des processus mondiaux. En Haïti, le président a une grande importance dans l’imaginaire populaire, il incarne l’état, et cette exposition nous fait ainsi prendre conscience du caractère omniprésent d’un état qui finalement… reste absent.

Les deux expositions sont à découvrir dès maintenant et jusqu’au 5 janvier 2014 au musée de l’Elysée, à Lausanne.

Still quiet here.sas