Une légende du jazz sous le Chapiteau

Pour la soirée {All that jazz}, le Chapiteau a hébergé le géant Archie Shepp en quartet et un jeune talent nommé Lionel Loueke que l’Europe est en train de découvrir.

Début de soirée directement dans le vif du sujet avec le Béninois Lionel Loueke, qui, après avoir joué avec des artistes comme Herbie Hancock, venait présenter à Cully son projet personnel, un trio multiculturel composé d’un batteur tchèque, d’un bassiste italo-suédois et de lui-même à la guitare. Oscillant entre différentes sonorités, brésiliennes, africaines et des distorsions de sa guitare, Lionel Loueke expérimente les possibilités offertes à lui. Ainsi, «Seven Teens», un morceau entraînant et intriguant se révèle être à 17 temps sur 4, à cela s’ajoute les effets qu’il applique à sa guitare, donnant des sons en contraste avec le timbre «naturel» que conserve la contrebasse. Celle-ci s’est animée en un solo poignant au milieu d’une ballade magnifique, qui, après avoir commencé en douceur, s’est amplifié en intensité et en volume pour finir en une éruption d’énergie de la part des trois musiciens, avant de redescendre vers des atmosphères plus contemplatives.

Le rappel a été l’occasion de communiquer au public la complicité qui unissait les trois musiciens, en lui faisant reprendre les cliquetis et autres onomatopées que Lionel Loueke parsemait dans sa chanson. Chanson qui s’est au fil du temps transformée en un air traditionnel africain dont le public reprenait les choeurs masculins et féminins, avant d’éclater de rire, devant le résultat peu probant de sa participation.

Mais la soirée ne faisait que commencer, car ensuite est venu la star de la soirée, le saxophoniste Archie Shepp et son quartet, dont la prestation a été, selon certains, l’apothéose de cette vingt-sixième édition du Cully Jazz Festival. Toujours en forme dans sa septante-et-unième année, l’ancien compagnon de route de John Coltrane nous a montré les multiples talents qu’il cultive, passant plusieurs fois des saxophones ténor et soprano au chant, interprétant même «Que reste-il de nos amours?» en français, avec un délicieux accent. Il se transforme en crooner lorsqu’il se met à chanter, pour redevenir ensuite le monstre sacré que l’on connaît aux saxophones, se lançant dans des interprétations pleines de puissance, à l’unisson avec la section rythmique.

Son passé de militant de la cause des Afro-Américains s’est aussi invité sur scène un court instant, au travers d’une démonstration par son batteur d’une technique de percussion utilisant le corps comme instrument et pratiqué par les esclaves noirs, alors interdits d’instruments. Une soirée qui fut donc un magnifique tour d’horizon des talents de cet artiste protéiforme, qui de plus, comme le soulignait mon voisin durant le concert, « a encore plus de souffle qu’il y a dix ans ». Une belle phrase qui traduit bien le sentiment que le public a pu avoir après ce concert décoiffant et émouvant!

Découvrez les autres concerts du Cully 08 dans notre [rubrique spéciale->http://www.auditoire.ch/spip.php?rubrique65].

Still quiet here.sas