Two Thousand Five Hundred Tons Of Awesome

Pacific Rim
De Guillermo del Toro | Action
Avec Charlie Hunnam, Rinko Kikuchi et Idris Elba

Pacific_Rim_1 « Je pense que ce que je veux rester toute ma vie, c’est un fan. Je ne sais pas si je serai réalisateur toute ma vie. Des choses arrivent, d’autres non. Vous pouvez faire des films, et au final, ils ne vous rapportent pas d’argent. Mais ce que je veux être pour le reste de ma vie, c’est un fan. ».

Cet aveu de Guillermo del Toro témoigne de ce qu’il est réellement : un passionné avant tout. Chacun de ses films, de L’Echine du Diable au Labyrinthe de Pan, en passant par les deux Hellboy et Blade II, est ainsi une nouvelle déclaration d’amour au cinéma et à l’imaginaire.

Cela fait cinq ans que nous n’avions plus eu le plaisir de pénétrer le monde merveilleux du Mexicain rondouillard, occupé par son rôle de producteur sur plusieurs petits films de genre, mais surtout engagé dans une foultitude de projets alléchants qu’il n’a finalement pu mener à bien (Le Hobbit, Les Montagnes Hallucinées). En cette période estivale tristement plate, à l’heure où le cinéma populaire ne nous propose que des produits formatés (Lone Ranger), pompeux (Man of Steel) ou juste décevants (Star Trek Into Darkness), il nous revient avec son œuvre la plus colossale, comptant bien montrer à tous les larbins des studios et autres yes men surestimés ce que c’est que du « spectacle total ».Pacific_Rim_2

Incroyable condensé d’influences, du manga au jeu vidéo, Del Toro rend avant tout un hommage vibrant aux kaijū eiga, les films de monstres japonais type Godzilla, qui ont bercé son enfance. Ainsi, Pacific Rim imagine que l’humanité est menacée par l’invasion d’aliens gigantesques, les Kaijus, surgis des profondeurs sous-marines par une faille spatio-temporelle. Afin de lutter contre ces attaques, les puissances mondiales s’unissent pour créer des robots géants, les Jaegers, dirigés par deux pilotes dont l’esprit est connecté par un lien neuronal.

En bref, avec un pitch pareil, on comprend que le cinéaste entend nous délivrer le fantasme de geek ultime. Et comme il fallait s’y attendre, il fait bien plus que cela.

Oubliez tous les aprioris émaillant sans doute votre pensée, de l’inévitable cynisme qui peut vous donner envie de ricaner à la vue des mots « robots géants » et « aliens gigantesques » au raccourci qui risque de vous faire dire que ça ressemble beaucoup aux derniers films de Michael Bay.

Pacific_Rim_3Non. Ici, point de délire régressif, de formatage, d’opportunisme, de placement de produit ou d’exploitation à outrance d’une franchise. Pacific Rim reste un film de Guillermo del Toro. Un film de passionné. Un blockbuster parfait.

Ainsi, la seule crainte que l’on pouvait avoir, à savoir que la partie émotionnelle soit négligée au profit du spectacle visuel (les différents trailers se concentrant bien entendu sur ce dernier aspect), est balayée au bout d’un quart d’heure. Passé la première scène d’action, le film se pose pendant tout une heure pour mettre en place ses enjeux et présenter ses personnages en profondeur : on trouve pas moins de huit protagonistes au centre du récit, avec chacun un background bien défini et un caractère travaillé (y compris les figures les plus exacerbées, tout droit sorties d’un comic-book).

Malgré l’absence de tête d’affiche, le casting est solide, qu’il s’agisse de l’excellent Charlie Hunnam, de l’étonnante Rinko Kikuchi, du charismatique Idris Elba ou du génial Ron Perlman, tous réussissent à créer instantanément une figure iconique, crédible et attachante. Les individus existent et leurs relations fonctionnent, favorisées par cette idée géniale de connecter les esprits des deux pilotes d’un Jaeger : on a ainsi droit à une scène de flashback aux airs de Labyrinthe de Pan absolument bouleversante, dont la charge émotionnelle, soutenue par une musique poignante, atteint son paroxysme lors d’un plan final renversant qui montre un Jaeger irradié par les rayons du soleil (comme image instantanément culte, ça se pose là).

Car non content de nous immerger une fois de plus dans son histoire grâce à ses talents de conteur, Del Toro n’oublie pas de nous en mettre plein la vue. Avant toute chose, Pacific Rim est une claque visuelle comme on nous en offre rarement.

Une fois ses personnages posés, le cinéaste nous balance une heure finale de décollement de mâchoire constant, soixante minutes de combats prométhéens au milieu de villes dévastées, au plus profond de l’océan ou même dans l’espace, où sa mise en scène phénoménale, les effets spéciaux stupéfiants d’ILM, l’excellente 3D post-convertie par l’équipe du Titanic, et la musique coolissime de Ramin Djawadi s’associent pour nous livrer une succession de plans d’anthologie.

Pacific_Rim_4Entre des jeux de lumières hallucinants (les visions nocturnes d’un Hong Kong bourré de néons sont à tomber), un design brillant (les Kaijus sont les plus beaux monstres qu’on ait vu au cinéma depuis longtemps), et des idées visuelles à la pelle (le gag du pendule de Newton), nos yeux prennent leur pied comme jamais.

En réalité, il y a tellement dans Pacific Rim qu’une seule vision ne suffit pas à en appréhender toute la matière. C’est d’ailleurs l’unique « bémol » que l’on pourrait relever si l’on voulait être objectif : un contenu extrêmement dense pour un unique film, si bien que certains éléments, glissés discrètement au passage, peuvent échapper à notre attention. Ainsi en est-il du rapport de fascination que les Kaijus exercent sur les humains (certains leur vouant un culte, d’autres montant carrément un trafic autour de la commercialisation de leurs restes). Cet aspect, qu’on aurait pensé plus développé au vu des nombreux éléments de la promotion y faisant référence, se révèle finalement plus suggéré que réellement approfondi.

Si l’on voulait être objectif, on pourrait se dire qu’un petit quart d’heure supplémentaire aurait permis d’éclaircir tout cela.

Mais, après tout, a-t-on vraiment envie d’être objectif face à Pacific Rim ?

Et surtout, peut-on réellement être objectif face à Pacific Rim ?

Pacific_Rim_5Non. Parce qu’il s’agit d’une œuvre intègre à tous les niveaux et généreuse à un point inimaginable, à l’image de son auteur. Parce qu’avec cette histoire de robots géants qui défouraillent des monstres venus d’ailleurs, Guillermo del Toro offre plus d’émotion que n’importe quelle branlette auteuriste et nous balance un spectacle qu’aucun blockbuster « intelligent » des réalisateurs hype du moment ne parviendra jamais à égaler. Parce que, en témoigne le ton de cet article, Pacific Rim est le film de tous les superlatifs.

Ces quelques lignes sont ainsi bien peu pour évoquer toute la richesse de l’œuvre, c’est pourquoi nous terminerons comme nous avons commencé, par une citation, de l’acteur John Hurt cette fois-ci, qui résume parfaitement la personnalité du Mexicain rondouillard et donne un bon aperçu de ce qu’est son dernier film :

« Si l’on veut insulter Guillermo del Toro, on peut dire qu’il est gros. Mais si l’on veut être honnête, je pense que l’on peut dire qu’il faut de la place pour contenir son cœur, car il est énorme. »

 

 

 

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