Rire au NIFFF – 3. fantastique et comédie romantique

Après l’horreur, le fantastique ! Dans sa section film of the thrid kind, le NIFFF propose des films qui repoussent les frontières du genre. Petit aperçu des approches qui mêlent irréel et comédie.

1L’amour est souvent introduit par petite touche dans de nombreux films de genre. Mais c’est ici le contraire qui se produit puisque que c’est le fantastique, qui s’introduit subrepticement dans la comédie romantique.  Avec How to use guys with secret tips et Eega, le festival a été chercher en Asie deux films qui réinterprètent la comédie romantique. Le premier film du réalisateur sud-coréen Wonsuk Lee, raconte l’histoire d’une jeune femme en mal d’amour et de réussite. Elle décide de prendre sa vie en main et suit les instructions d’une cassette vidéo censée lui apprendre à manipuler les hommes. Le second, sorti tout droit de Bollywood est un film de S.S Rajamouli et J.V.V Sathyanarayana. Il revisite le romantisme Bollywoodien en y incluant une mouche vengeresse. Ces deux films détiennent tous les éléments qui définissent une comédie romantique. Un couple, amoureux, mais entravé par de multiples obstacles. Le film bollywood préserve également la place prépondérante accordée à la musique et joue avec les symboles et les scènes récurrentes de ce cinéma. Cependant, un élément fantastique est à la base de l’intrigue et de la construction du film.

2How to use guys with secret tips introduit le fantastique par une subtile confusion entre réalité et fiction. En effet, les événements vécus, imaginés ou conseillés par la vidéo font l’objet d’une narration répétitive. On n’échappe bien sûr pas au célèbre retour en arrière, qui décrit à nouveau la situation telle qu’elle s’est réellement déroulée. Mais plus encore, les plans se mélangent jusqu’à arriver à des situations loufoques et insensées, où réalité et fiction entrent  en intercommunication. Ce récit s’appuie sur une esthétique télévisuelle. On retrouve ainsi des présentations inspirées des émissions de vente matinales ou encore des écritures et diverses animations envahissant l’écran. Ainsi le film tout en narrant une histoire d’amour à la fois originale et comique, propose également de dénoncer un état du monde, où mensonge et sincérité se confondent.

Eega est basé sur une relecture plus radicale de la comédie romantique. Si les premières minutes du film introduisent l’histoire d’amour entre Nani et Bindu, sa plus grande partie est consacrée à la réincarnation du jeune homme en m3ouche et à sa vengeance. Ce n’est donc pas la thématique de l’amour impossible, qui sera privilégiée durant le film, mais bien les diverses stratégies menées par le couple contre Sudeep. L’élément fantastique est intégré par le biais d’une croyance religieuse tirée jusqu’à l’absurde. Le film est ainsi amené à la frontière de la comédie jouant avec tous les ressorts possibles que permet la présence d’une mouche intelligente. Ici, l’élément technique se situe essentiellement dans la combinaison de l’animation et de la réalité filmée. Très bien employée et mise en œuvre, les plans sont extrêmement réalistes et vont jusqu’à nous permettre de voir la vie dans les yeux d’une mouche.

4Ces deux films ne sont pas essentiellement destinés à nous faire rire. En effet, l’intrigue et la construction se basent sur l’histoire d’amour et son évolution. En d’autres termes, la situation initiale n’est pas drôle. Cependant, tout deux parviennent sans peine à nous dérider. Ce mélange des genres se rapporte ainsi à deux mécanismes. Le rire et la situation comique permettent sans doute de mieux intégrer les invraisemblances. Ainsi, une réincarnation en mouche ou la présence de caractères burlesques obligent le spectateur à lâcher les armes et à se laisser prendre par l’histoire. Deuxième mécanisme, le décalage entre les genres provoque des situations comiques sur lesquelles les deux films jouent. On y trouvera ainsi une mouche écrivant « I will kill you » sur le pare-chocs d’une voiture ou un acteur de vidéo harcelé dans un fastfood. Effacer la frontière entre les genres c’est à la fois élargir ses horizons et ouvrir la porte au rire.  Une chance donc que le NIFFF ouvre également les siens et nous propose ces films.

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