Rire au NIFF – 1. La comédie horrifique

Au peu aller au NIFFF sans avoir une passion pour l’hémoglobine et l’horreur. Petit aperçu d’un genre qui en rassurera plus d’un : la comédie horrifique.

Le NIFFF présente cette année de nombreux films classés sous le genre comédie horrifique, dont Ghost sweepers et Ghost Graduation. Ces films, dont l’intrigue est construite sur une histoire de fantômes, exemplifient bien les mécanismes de la comédie horrifique. Elle a pour particularité de mêler l’horreur et l’humour sans user du trash et de la parodie. On est donc loin des cascades de sang propre au film d’humour noir ou de la critique sous-jacente aux pastiches d’horreurs.  Les codes du film d’épouvante sont introduits par des entités surnaturelles présentes dans la diégèse, tandis que la comédie s’allie à d’autres genres afin de former un mélange déroutant. Fortement représentée dans les pays asiatiques, la comédie horrifique surfe sur les croyances populaires, dans des civilisations où les rituels ancestraux sont encore bien établis.

images-2L’horreur n’est pas ici un sentiment mais plutôt un état du monde. Soyons clair, on n’a pas peur ! Dans Ghost Graduation, les fantômes sont bien réels mais pas plus dangereux qu’une mouche. En pleine crise d’adolescence, ils sont représentés comme des étudiants normaux. Le seul pouvoir inquiétant, la possibilité de posséder les humains et de diriger leurs gestes, est utilisé pour provoquer un baisé langoureux entre deux joueuses de volley. Au final de nombreux codes du cinéma d’horreur se retrouvent : squelettes et chaises qui bougent tous seuls, voix mystérieuse dans les micros, mais la cause est révélée au spectateur, qui n’a plus de raison de les craindre. L’horreur passe un cap dans Ghost sweepers. La nature du monde et des forces surnaturelles se rapproche des véritables films d’horreur. Seul les outils utilisés par les exorcistes frôlent déjà l’ironie. Ainsi le danger que représentent les fantômes est contré par ces personnages, à l’instar de la peur qu’ils induisent.

 

ghost-graduation18La modulation des entités horrifiques, ne peut pas à elle seule expliquer l’absence de peur. En effet, de nombreux mécanismes sont mis en place dans le film d’horreur afin d’exacerber nos craintes : musique grisante, mystère, atmosphère pesante et disparition inquiétante. C’est bien connu, l’horreur n’est pas souvent vue mais plutôt ressentie. Or, les deux films ne jouent absolument pas avec ces codes, au contraire l’esthétique de l’image se rapporte à d’autres genres. Ghost Graduation surfe ainsi sur le teenage film et la comédie romantique. Lycée, adolescents et bals de fin d’année, aucun des lieux communs propres à ce genre ne manque. Les couleurs et la luminosité de l’image évoquent un monde rassurant, proche d’une plastique à la Disney. Le monde de Ghost sweepers est moins rassurant. fullsizephoto258036Beaucoup de lieux rappellent des clichés de l’horreur : forêt et village abandonné.  Mais là encore, c’est la capacité d’aller à l’encontre de ces mystères qui prévaut. Ainsi le film d’action est présent à tout moment. Musique entraînante, gadget technologique, course poursuite et montage alterné. Tout est là pour faire monter le suspens à son comble et ainsi oublier l’horreur. Le démon même est présenté dans des plans qui rappellent le méchant dans des comics. Le visage hors-champs, on le perçoit diriger les opérations assis sur un fauteuil. Ça ne vous rappelle rien ? Pouvoir magique et forces surnaturelles sont donc accompagnés d’éléments pragmatiques et d’actions ce qui modifient considérablement l’émotion suscitée.

 

imagesMais le rire dans tout ça ? Il est d’abord présent dans le décalage engendré par la multiplicité des genres. Un fantôme en crise d’adolescence et un exorciste qui branche son ordinateur rompent avec les stéréotypes et frôlent le grotesque. Mais plus encore, les deux films jouent de manières significatives avec le comique de caractère. Le passé et la relation entre les personnages burlesques ne sont pas non plus laissés au hasard. Chaque élément est utilisé, afin de créer des situations comiques oscillant entre ridicule et parodie. La parodie justement est présente dans de nombreuses scènes. Elle s’inscrit dans le décalage entre les attentes du spectateur et la réalité construite par le film. Ainsi tous les jeux avec les différents codes liés aux genres, engendrent le rire de manière plus ou moins importante.

Les éléments effrayants sont donc apprivoisés. Les personnages, comme les fantômes sont humanisés et participent d’un quotidien similaire au notre. Le spectateur ne se sent pas vulnérable, ce qui permet un rire détendu. L’exemple typique de ce phénomène reste le personnage de Chan-Young dans Ghost sweepers. Il n’est pas rare dans les films d’horreurs de retrouver des personnages « normaux ». Cependant, ce caractère n’endosse jamais le rôle de victime. Au contraire elle participe activement à l’aventure et y introduit des éléments pragmatiques, jusqu’à changer sa destinée. Elle représente donc la capacité de l’homme de prendre en mains sa vie et son monde au détriment des forces surnaturelles. Un message qui raisonne sûrement dans une culture encore bercée par les croyances populaires. La comédie horrifique ainsi apporte peut-être une solution pour amoindrir une peur réelle, une impression d’impuissance et de danger, face à des croyances surnaturelles encore bien ancrées.

Ghost Graduation, Javier Ruiz Caldera, 2012 au cinéma des Arcades à 20h le 11.07.

Ghost sweepers, Jeong-won Shin, 2012 au temple du bas à 14h45 le 12.07.

 

 

 

 

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