NIFFF, quatrième jour

Lundi 8 juillet au NIFFF, on a une nouvelle fois été gonflés par un groupe d’abrutis qui se filment en train de se faire zigouiller, mais on s’est heureusement bien refaits avec des cowboys modernes et des tueurs fanatiques.

THE_DYATLOV_PASS_webThe Dyatlov Pass Incident

De Renny Harlin | Horreur / Found-footage

Avec Gemma Atkinson et Matt Stokoe

Nous vous confions précédemment notre ras-le-bol du found-footage, genre surexploité depuis quelques années, et souvent utilisé plus par facilité que par réel intérêt pour le concept. En effet, celui-ci se présentant comme un faux témoignage vidéo, la réalité dépeinte par son biais devrait de ce fait apparaître dès le départ d’autant plus crédible et immerger instantanément le spectateur. L’utilisation de ce procédé semble alors grandement alléger le job du réalisateur quant à la suspension d’incrédulité qu’il doit susciter chez son public.

Erreur.

Le found-footage, comme n’importe quel genre, ne donne rien clé en main et nécessite un minimum de réflexion et de travail en amont. Ce que n’a pas compris une grande partie des opportunistes s’y étant essayé récemment : au contraire de l’idée reçue précitée, de Paranormal Activity à Cloverfield, en passant par Chernobyl Diaries et autres Devil Inside, la majorité des dernières productions horrifiques usant du concept sont certainement ceux proposant les personnages les moins intéressants et surtout impliquant le moins le spectateur.

En bref, comme n’importe quel genre, le found-footage nécessite un minimum de talent.

Alors, lorsque Renny Harlin, yes man à qui l’on doit au mieux le crétin mais jouissif Die Hard 2 ou le délirant Au Revoir A Jamais, et au pire les indéfendables L’Exorciste 4 ou 12 Rounds, se lance dans le genre avec l’histoire d’une équipe d’étudiants qui va braver la neige de Russie pour enquêter sur la mystérieuse disparition de neuf alpinistes, on ne se demande pas longtemps si son film va rejoindre le groupe très restreint des bons films ayant émaillés le genre ou le club bondé des daubes sans nom.

Comme d’habitude, la mise en scène ne tient pas son concept. Pourtant, Harlin partait avec la même astuce de REC qui justifiait les mouvements de caméra maîtrisés : les personnages tournent un documentaire sur les disparus et réfléchissent donc à ce qu’ils filment. Mais là où le film de Balaguero et Plaza restait cohérent du début à la fin, Harlin se viande totalement : la caméra reste constamment allumée et n’est que très rarement remise en cause par le groupe, et par on ne sait quel prodige, le personnage qui filme réussit toujours à capter le moindre évènement au moment opportun, prenant même le temps de faire des champs-contrechamps à chaque dialogue et de filmer le danger avec des cadrages travaillés même en situation de panique totale.

Comme d’habitude, les personnages sont au mieux antipathiques, au pire inexistants. Harlin tente bien de s’y attacher lors d’une séquence improbable où deux membres du groupe se filment au coin du feu tandis qu’ils se confient mutuellement leurs sentiments profonds, mais rien n’y fait. On ne croit définitivement pas à cette troupe de top models qui nous adresse inlassablement des clins d’œil forcés histoire qu’on les apprécie (et vas-y que je te balance une vanne toutes les deux secondes, parce qu’on est jeunes et cools !), et qui se révèle surtout d’une bêtise rare lorsqu’il s’agit de survivre (mhm, on est dans une vieille cave remplie de créatures flippantes qui ont déjà tué la moitié de nos potes, je pense qu’on devrait partir d’ici, non ?).

Comme d’habitude, le scénario est absolument inintéressant. On ne raconte rien pendant les deux tiers du temps (les personnages marchent dans la neige, font du camping, et trouvent éventuellement quelques empreintes de pas un peu bizarres) pour finalement tout faire péter lors d’un final risible. On trouve bien un twist assez original et qui aurait pu marcher, mais il est tellement mal orchestré qu’il tombe totalement à plat.

Bref, The Dyatlov Pass Incident est une raison de plus de souhaiter qu’on oublie très vite le found-footage.

 

assault-on-precinct-13-originalAssault On Precinct 13

De John Carpenter | Action

Avec Austin Stoker et Darwin Joston

Comme souvent après une bouse, rien ne vaut un bon vieux classique. Histoire de se remettre des méfaits de Renny Harlin, on est donc allé se refaire Assault On Precinct 13. Pour son premier« vrai » film (on omettra son long-métrage d’étudiant, le délirant Dark Star, car correspondant assez peu au reste de sa carrière), Carpenter livre une relecture de Rio Bravo  sous la forme d’un polar urbain violent et anticonformiste.

Reprenant le fil rouge du western de Howard Hawks (le policier forcé de s’associer avec les détenus pour défendre le commissariat pris d’assaut), l’auteur de Halloween le réécrit à sa sauce et en fait un film d’action filtrant avec l’horreur. Dans cette lutte acharnée au cœur de la nuit, la menace devient quasi fantastique, les assaillants étant déshumanisés au point de prendre l’air de zombies, et l’atmosphère désertique de la ville donnant au récit des airs d’apocalypse.

Les personnages, quant à eux, sont badass à souhait, maniant l’humour noir même dans la pire des situations, et balançant mille répliques cinglantes à la seconde.

Subversif (la scène finale qui adresse un magnifique doigt d’honneur au système) tout autant que transgressif (l’élément déclencheur de l’intrigue est tout de même le plus gros tabou du cinéma : le meurtre d’un enfant), Assault On Precinct 13 est un gros uppercut qui révélait avec fracas un auteur contestataire et rapidement indispensable.

 

god_told_me_toGod Told Me To

De Larry Cohen | Thriller / Fantastique

Avec Tony Lo Bianco et Deborah Raffin

A New York, plusieurs individus se mettent successivement à tirer sur les passants. Lorsqu’on les interroge sur la raison de leur acte, ils ont tous la même réponse : « God told me to ! ».

De ce point de départ énigmatique, Larry Cohen orchestre un thriller fantastique explorant les dérives du fanatisme religieux. Dévoilant son mystère de manière intelligente, par petites doses, l’élément fantastique venant progressivement, l’auteur de It’s Alive s’attaque sans concession aux fondamentaux de la société américaine.

Haletant, angoissant, God Told Me To nous entraîne dans la paranoïa du héros, pour une virée cauchemardesque jusqu’aux limites de la foi.

Avant la séance, nous avons encore une fois eu le plaisir d’assister à une présentation du réalisateur. Larry Cohen nous a parlé avec amusement des libertés prises sur le tournage (on a pu comprendre que l’équipe était allée tourner un peu partout sans demander beaucoup d’autorisation, se permettant même de s’incruster dans un vrai défilé de la Saint-Patrick) ou encore du plaisir qu’il a eu à tourner avec ses acteurs.

Un discours aussi passionné et instructif que le précédent, qui témoigne que Larry Cohen est définitivement une figure de proue d’un cinéma aujourd’hui bien trop rare.

Still quiet here.sas