NIFFF, troisième jour

Dimanche 7 juillet, le NIFFF nous a offert une nouvelle fournée de curiosités : samouraïs torturés, superhéros cyborgs et bébés mutants nous ont occupés pour cette troisième journée un peu moins remplie que les deux premières (c’est que ça fatigue toutes ces projections !), mais tout aussi intéressante.

RanRan

De Akira Kurosawa | Action / Drame

Avec Tatsuya Nakadai et Akira Terao

On a commencé très fort avec le monument d’Akira Kurosawa. S’inspirant du Roi Lear de Shakespeare, Ran raconte la décadence du clan Ichimonji dans un Japon féodal cruel et violent, où l’avidité de l’homme prend progressivement le pas sur les codes d’honneur censés régir les rapports sociaux.

Arrivant au point culminant de son œuvre, Kurosawa livre une fresque épique absolument grandiose, en même temps qu’un drame crépusculaire à la noirceur pétrifiante. Si quelques séquences de bataille tout bonnement somptueuses viennent dynamiser le récit (la plus marquante étant l’attaque du premier château, entièrement muette et portée par la seule musique, où les corps ensanglantés se découpent à travers la fumée et les flammes), le rythme général est avant tout très lent et la mise en scène souvent contemplative.

Au fil des intrigues politiques, la présence des paysages vides et désolés se fait de plus en plus écrasante, la verdure et la brume enveloppent progressivement les ruines laissées par les hommes et ceux-ci se perdent dans cette nature infinie et insondable. Les trahisons se multiplient, les morts s’accumulent et les rares survivants perdent l’esprit face à l’absurdité de leur existence.

Sur près de trois heures, Ran nous entraîne dans une marche funèbre glaçante, où la beauté des images n’est que le contre-pied du désenchantement profond qui en émane.

Un chef-d’œuvre.

 

009_Re-Cyborg009 Re : Cyborg 3D

De Kenji Kamiyamam | Animation

Après la noirceur de Ran, il nous fallait bien un petit animé survolté pour décompresser. Adapté du manga éponyme, 009 Re : Cyborg 3D nous fait suivre une équipe de superhéros biomécaniques luttant pour la survie du monde face à une menace qui semble être d’origine divine.

Si le scénario part un peu dans tous les sens et se révèle légèrement confus, la proposition visuelle vaut en revanche le déplacement, puisque, comme son titre l’indique, le film est en 3D. L’habituelle et toujours somptueuse animation 2D japonaise est ici travaillée et mêlée à quelques éléments de synthèse de sorte à créer une profondeur et un effet de relief. Le résultat est déconcertant au premier abord, la 3D donnant parfois l’impression de décomposer voire même de saccader le mouvement de l’animation 2D, puis au bout d’un certain temps, l’œil semble s’habituer et tout devient parfaitement fluide. Et alors, on prend une sacrée claque !

Ça bouge, c’est fun, et le rendu visuel est détonnant : on est immergé dans cet univers futuriste aux couleurs chatoyantes, et les séquences d’action sont d’autant plus impressionnantes. Bien sûr, on a vu largement mieux dans le domaine de l’animation japonaise, mais le relief se révèle être ici un véritable apport et la proposition est réellement intéressante.

Un bon divertissement qui nous a remis sur pied pour l’ultime projection de la journée.

 

its-aliveIt’s Alive

Larry Cohen | Drame / Horreur

Avec John P. Ryan et Sharon Farrell

Pour terminer, nous avons eu le plaisir de visionner un autre Larry Cohen, précédé cette fois-ci par une introduction de l’auteur en personne. Celui-ci est en effet présent quelques jours sur le festival pour parler de ses films avant certaines projections.

Ainsi, après avoir explicité les motivations qui l’ont poussé à faire chaque opus de la trilogie des Monstres (de son envie de faire un véritable drame horrifique pour l’épisode original à son virage dans la comédie loufoque pour le troisième), reconnaissant tout de même entre les lignes que les deux suites restent plus ou moins des projets mercantiles, le cinéaste nous a ensuite révélé quelques détails sur la production de chaque film.

Entre autres, il nous a confié sa relation privilégiée avec l’immense Bernard Hermann (compositeur attitré de Hitchcock) sur le premier opus et le lien presque télépathique qui a uni leur travail (on a ainsi appris que les images et la musique du générique d’ouverture ont été créées séparément et se complètent au final parfaitement).

Après un quart d’heure de discours passionné qui ne laissait nullement le temps au traducteur de répéter ses propos, Larry Cohen s’est retiré et a laissé place à son film. L’occasion pour nous de constater que les velléités artistiques de l’auteur étaient pleinement réalisées sur ce premier volet : d’un pitch de base pour le moins incongru (un couple voit sa vie bouleversée le jour où la femme accouche d’un bébé monstrueux qui commence à tuer tout le monde), Cohen livre un thriller horrifique bien plus profond qu’on ne pourrait le croire.

En plus d’être un slasher diablement efficace (la mise en scène a l’intelligence de jouer davantage sur la suggestion), It’s Alive est avant tout un drame familiale accordant une réelle importance à la psychologie des personnages (le déni du père, la mère qui se réfugie dans les futilités de son quotidien, les forces de l’ordre se révélant complètement dépassées par la situation).

Larry Cohen frappait une nouvelle fois très fort et livrait un véritable petit bijou du cinéma de genre.

Still quiet here.sas