Rewind this : NIFFF 2013

rewindthisLa nouvelle section histoire du genre du NIFFF nous propose de revisiter l’histoire du genre fantastique à travers des documentaires et des films. Petit zoom sur Rewind This.

Rewind this de Josh Johnson retrace l’histoire de la VHS de son combat contre BETAMAX à nos jours, par de  nombreuses interviews de collectionneurs et d’extraits de vidéos. Finement mené, le film a intégré des éléments sociétaux, économiques et historiques à la passion des VHS qu’entretiennent les témoins. L’ampleur du phénomène est soulignée non seulement par la présence d’intervenants du monde entier mais également par la similarité des interviews. En effet, plusieurs fois dans le film les collectionneurs se succèdent et sortent le même exemplaire pour illustrer leur propos. C’est ainsi une expérience collective qui est mise en évidence.

La cassette vidéo constitue dès son arrivée sur le marché une révolution sociétale. En effet, elle permet un nouveau rapport aux films mais également à la télévision.  Les films oubliés dans les caves des majors deviennent à nouveaux accessibles, tandis que d’autres maisons de production s’implantent en filmant exclusivement pour le support VHS. Ces films, souvent d’une qualité moindre, jouent avec le nouveau rapport qu’entretient le spectateur avec l’image. La vidéo permet une meilleure intégration du spectateur. Il est plus proche de l’écran, qui est à son échelle. La mise en place d’une plus grande intimité et sa dimension interactive – on peut revenir en arrière ou stopper le film à sa guise – constituent également des éléments qui vont engendrer des modifications dans le contenu même des films. C’est ainsi que Rewind This parle successivement du cinéma pornographique, des vidéos d’aérobic, des films tournés en vidéo et des productions amateurs.

Le regard du spectateur changera à l’arrivée de la vidéo. De nombreux témoignages décrivent le changement que produit le fait de pouvoir revoir le passage d’un film à volonté. L’étude du montage, de la musique et des différents effets devient à présent accessible à tout le monde.  Cependant, la connaissance technique qu’acquière le spectateur n’induit pas une augmentation qualitative dans la production. Beaucoup de films, uniquement accessibles en VHS sont au contraire souvent dévalorisés pour leurs qualités cinématographiques. Ce phénomène s’explique par la production de masse à petit budget exigée par ce marché mais également  par l’ignorance du spectateur à l’achat du film. En effet, lors de l’achat, seule la jaquette de la vidéo lui permet de faire son choix. Il n’a pas accès à des extraits, des bandes annonces ou des critiques et souvent les réalisateurs et les acteurs sont inconnus. Véritable vitrine mensongère, c’est elles et non le film, qui deviennent œuvres d’art, jusqu’à être signées par leur créateur.

Le cinéma de genre subit ainsi un bouleversement esthétique important avec l’arrivée de la vidéo. En effet, les années 80 voient l’apparition en masse des slashers ou encore des sérials, enfants de ce nouveau mode de consommation. La vidéo demande plus de sensations et moins de budget. Plus encore, le film d’horreur joue bientôt avec les codes de la vidéo et permet ainsi un réalisme plus accru. La VHS et les films qu’elle véhicule prennent donc activement part à l’histoire du cinéma. Pourtant, sa conservation laisse à désirer et de nombreux films se perdent. La pellicule s’abime avec le temps et préserve les traces des différents visionnages. Si cette qualité plait aux nostalgiques qui s’amusent à noter les passages maintes fois rembobinés, les conservateurs s’arrachent les cheveux face à tant de témoignages de la culture populaire perdus à jamais.

C’est ainsi bel et bien la société contemporaine et ses pratiques qui sont ici mise en avant. La nostalgie face aux cassettes vidéo s’accompagne également des processus qui engendreront plus tard les vidéos amateurs ou encore le piratage. Ce documentaire nous amène donc à une méditation présente et passée, qui se questionne finalement sur l’avenir du cinéma et du support matériel.

 

 

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