NIFFF, deuxième jour

Samedi 6 juillet, la deuxième journée du NIFFF nous a proposé un beau pot-pourri de tout et n’importe quoi : mouche tueuse, agent double, fantôme de fillette, parrain noir et walkyrie déchainée étaient au programme.EEGA

Eega

De S. S. Rajamouli et J. V. V. Sathyanarana | Action / Comédie / Fantastique / Musical

Avec Samantha Ruth Prabhu et Naveen Babu Ghanta

Nani aime Bindu. Et Bindu aime Nani. L’ennui, c’est que Sudeep aussi aime Bindu. Alors, le gangster très très méchant tue Nani pour avoir Bindu. Mais le jeune homme se réincarne en mouche et jure de tout faire pour se venger de Sudeep.

Bollywood, c’est un peu la boîte de chocolat de Forrest Gump : on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Ainsi, on peut tomber sur un drame flamboyant où tout le monde danse et chante à la moindre occasion, mais on peut aussi se retrouver nez à nez avec un truc pas possible qui expérimente tout et n’importe quoi.

Vous l’aurez compris en lisant le résumé ci-dessus, Eega fait partie de la seconde catégorie.

Et pourtant, la première demi-heure s’inscrit clairement dans les codes habituels du drame musical made in Bollywood : histoire d’amour impossible entre un garçon un peu bêta et une fille immaculée, chansons et danses à tout va, mise en scène exacerbant les sentiments, bref, on croit être dans du classique.

Puis, le héros meurt et ressuscite en mouche, et là tout bascule. On vire dans le revenge movie complètement barré, avec une mouche qui persécute un gangster, et le film devient alors un génial parc d’attraction. Il faut voir comme les réalisateurs traitent chaque action de l’insecte comme un véritable morceau de bravoure, CGI cheaps à souhait, ralentis et autres plans iconiques à l’appui : le point pivot (un travelling circulaire tournoyant autour de Nani ressuscité en mouche accompagné par une grosse musique et des chœurs scandant « He’s back ! ») n’est à ce titre qu’une mise en bouche.

S’ensuit alors un enchaînement de séquences surréalistes qui mettent en scène l’insecte à la manière d’un héros de blockbuster bourrin : dans la foulée, vous pourrez voir la mouche lever des altères, faire des pompes, danser et même faire un bras d’honneur au méchant.

Absurde, hilarant et jouissif, Eega est un véritable rafraichissement.

 

berlin fileThe Berlin File

De Seung-Wan Ryoo | Espionnage / Thriller

Avec Kang Hye-jeong et Han Jae-deok

 

Un agent nord-coréen installé à Berlin est accusé à tort de haute trahison. Poursuivi par ses pairs, par l’intelligence sud-coréenne et par la CIA, il n’aura que très peu de temps pour prouver son innocence.

Reprenant les enjeux propres à la Guerre Froide et les réinsérant dans le Berlin d’aujourd’hui, Seung-Wan Ryoo nous livre un bon petit revival du film d’espionnage paranoïaque. Manipulations, trahisons, coups bas et meurtres s’enchaînent à une vitesse folle dans cette course contre la montre effrénée au suspense haletant.

Certes, The Berlin File n’est pas la première tentative de renouer avec le genre, et parmi ceux qui s’y sont essayés dernièrement, on a connu beaucoup plus réussi (le brillant Tinker, Taylor, Soldier, Spy, pour ne citer que lui), mais il faut avouer que le film remplit son office de manière plutôt honorable.

Il ne révolutionne rien, tant en terme d’écriture que de réalisation, mais il dispose néanmoins d’une intrigue tortueuse et prenante, ainsi que d’une mise en scène léchée se permettant même quelques instants de virtuosités (les différentes montées en tension sont souvent très bien gérées et certaines séquences d’action sont pour le moins bluffantes).

Classique, mais efficace.

 

haunterHaunter

De Vincenzo Natali | Horreur

Avec Abigail Breslin et Stephen McHattie

Si le réalisateur Vincenzo Natali s’était fait remarqué en 1997 avec son Cube, il n’a, depuis, pas fait grand-chose d’intéressant (excepté l’honnête Splice). Il nous revient cette année avec Haunter, à travers lequel il entend réinventer le film de maison hantée.

Il met donc en scène Lisa (Abigail Breslin qui, après Little Miss Sunshine, enchaîne les rôles dans les films de genre), une ado confrontée à des évènements étranges se déroulant dans sa maison. Et pour cause : elle et sa famille sont morts, et apparemment bloqués indéfiniment à l’intérieur de leur demeure. Si ses parents et son frère ne se sont pas encore rendu compte de leur trépas, Lisa, elle, a compris. Et par la même occasion, le spectateur aussi.

Et c’est là tout le problème. Souhaitant visiblement inverser les codes, Natali commet l’erreur de délivrer la moitié des enjeux dès la première scène (le film est alors une sorte de Les Autres qui commencerait par la fin) et surtout de placer directement son intrigue dans un univers fantastique. Dès lors, l’impact des effets horrifiques en est profondément amoindri. Et la nature de ceux-ci n’arrange pas l’affaire, Natali ne faisant que nous balancer des jump scares toutes les deux secondes. Forcément, sur tout le tas, quelques-uns marchent, mais la majorité de ces effets sont hélas ultra prévisibles en plus d’être agaçants car soulignés à outrance par des effets sonores assourdissants.

Ainsi, on a droit à une première partie incroyablement ennuyeuse. Puis, au bout d’une heure, l’intrigue prend nouvelle direction et Natali tente nouvelles choses. Hélas, si la mise en scène se calme un peu et propose quelques éléments intéressants, l’intrigue, elle, s’essouffle complètement et ne parvient pas à reprendre l’attention du spectateur qui a dès lors toujours un coup d’avance.

La tentative de Natali était très certainement sincère, mais se révèle mal exécutée et, au final, totalement ratée.

 

HELL_UP_IN_HARLEM-0Hell Up In Harlem

De Larry Cohen | Blaxploitation

Avec Fred Williamson et Gloria Hendry

Suite au succès de Black Caesar, Larry Cohen et Fred Williamson remettent le couvert pour un nouveau chapitre de l’histoire du parrain noir de Harlem.

Cette fois-ci, Tommy Gibbs doit faire à une tentative d’assassinat orchestrée par la police de New York à laquelle il échappe de justesse. Bien décidé à se venger, il rassemble ses hommes et prépare la contre-attaque.

Le héros est toujours aussi cool, l’univers toujours aussi violent, et l’ambiance toujours aussi funky (quelques morceaux ont été composés par James Brown). La mise en scène de Cohen, souvent caméra à l’épaule, épouse les contours de la ville et assure une véritable plongée urbaine.

On regrettera juste quelques longueurs sur la fin, mais pour le reste, Hell Up In Harlem est un pur produit de la blaxploitation, fun et transgressif. Le genre de film qu’on ne fait plus, et qui rappelle très clairement l’importance de Larry Cohen en tant qu’auteur de cinéma de genre.

 

RAZE_webRaze

De Josh C. Waller | Action / Drame

Avec Zoë Bell et Doug Jones

Cinquante femmes se retrouvent mystérieusement emprisonnées dans un sous-sol. Elles comprennent bien vite qu’elles vont être forcées de s’entretuer pour contenter les déviances d’un groupe d’aristos bien vrillés.

Dit comme ça, Raze peut donner l’impression d’être un délire bourrin et fun s’inscrivant parfaitement dans une séance de minuit, où le spectateur fatigué de la journée qui vient de se dérouler peut alors décompresser.

Mais ce n’est pas tout à fait le cas : tout sauf drôle, Raze est également difficilement concevable comme étant fun. Non, le film est avant tout brutal et glauque, sorte de Hostel-like dont les effusions gores sont remplacées par une violence physique et psychologique assez intense. Les coups claquent, les os craquent et le sang gicle.

Entendons-nous, il ne s’agit pas ici d’un grand film sombre et désenchanté ; on reste tout de même dans de la série B d’exploitation. Ainsi, le scénario reste extrêmement minimaliste (qu’il s’agisse de la caractérisation des personnages ou de la structure narrative dans son ensemble) et la mise en scène assez peu inspirée (les combats sont certes efficaces, mais répétitifs dans leur mise en forme).

Mais Raze reste une expérience globalement assez éprouvante, dont le seul sourire sera esquissé par quelques bonnes surprises dans le casting : outre la cascadeuse Zoë Bell dans le rôle principal, on note également la présence du métamorphe Doug Jones en méchant taré, sans oublier un petit caméo de Rosario Dawson.

Still quiet here.sas