NIFFF, premier jour

Vendredi 5 juillet au NIFFF, on a vu des femmes-serpents, des aliens, des démons, des vampires et des cowboys-zombies. Petit récapitulatif de ce coup d’envoi.

Despite_the_GodsDespite the Gods

De Penny Vozniak | Documentaire

Hisss, troisième long-métrage de Jennifer Lynch, fille de, a été pour celle-ci un véritable calvaire. Tourné en Inde avec une équipe technique et un casting du cru, le film a connu un tournage particulièrement chaotique, si bien que  sa réalisatrice a fini par renier totalement le produit fini. Le documentaire Despite the Gods retrace cette pénible expérience.

On pense bien sûr immédiatement à Lost in la Mancha, qui suivait le projet d’adaptation avorté de Don Quichotte par un Terry Gilliam qui subissait malchance sur malchance (décors dévasté par une tempête, acteur principal soudain plus en état de tourner), et qui reste encore aujourd’hui un mètre étalon dans le sujet « comment ne pas faire un film ». Si Despite the Gods n’est pas aussi réussi dans sa structure (on sent parfois le bidouillage et le manque de spontanéité dans les témoignages) ni captivant dans ce qu’il raconte (l’échec de Lynch est tout de même relatif par rapport à celui de Gilliam), il n’en reste pas moins intéressant et instructif, les éléments déclencheur de cauchemar des deux réalisateurs n’étant pas les mêmes.

Si le réalisateur maudit de L’Imaginarium du Docteur Parnassus était victime de son habituel manque de bol, toutes les forces de l’univers semblant être contre lui, Jennifer Lynch, malgré quelques intempéries météo, doit ici principalement faire face à des différends culturels (les procédures de tournage ne sont pas toujours en adéquation avec les us et coutumes du pays) ou idéologiques (le présence continuelle de la fille de la cinéaste finit par gonfler le producteur).

Aussi dévouée son équipe puisse-t-elle être, la réalisatrice à forte tête se retrouvera régulièrement contrariée dans ses ambitions, la production prenant alors un retard de plus en plus grand à force de discussions vaines, et les esprits s’échauffant à mesure que les heures à rattraper s’accumulent.

Despite the Gods est ainsi une étonnante fenêtre ouverte sur les relations humaines, des sentiments forts qui peuvent en émerger comme de l’absurdité qui peut les envenimer (les problèmes se résolvent souvent en « relativisant »).

Un témoignage probant qui permet également de découvrir plus en détail une cinéaste qu’il serait réducteur de considérer uniquement à l’aune de son héritage paternel.

VHS 2VHS/2

De Simon Barrett, Jason Eisener, Gareth Evans, Gregg Hale, Eduardo Sánchez, Timo Tjahjanto et Adam Wingard | Horreur / Found-footage

Avec Devon Brookshire

Deux détectives privés s’infiltrent dans la maison d’un fou de vidéo amateur. En visionnant les nombreuses VHS présentes sur place, ils découvrent les témoignages d’histoires étranges : un homme dont l’implant oculaire lui offre des visions inquiétantes, un cycliste zombie qui attaque une fête d’anniversaire, un groupe de reporters en herbe qui se retrouvent piégés dans l’antre d’une secte, et des gamins abrutis qui reçoivent la visite d’aliens pour le moins vindicatifs.

Voilà ce que nous propose cette seconde anthologie du found-footage qui rassemble plusieurs « spécialistes » du genre, dont Eduardo « Blair Witch » Sánchez (c’est dire si le projet est tenu par des cadors… hem !). Et soyons clairs : après le faiblard premier opus, ce VHS/2 nous donne d’autant plus envie que cette mode du found-footage qui dure depuis plus de cinq ans (et ne nous a offert, à part quelques REC et autres Chronicle, que des purges) cesse le plus vite possible.

En voyant le résumé ci-dessus, vous vous êtes peut-être dit que ça pouvait être sympa : le pitch de chaque fragment, à défaut d’être totalement original, suggère du moins une approche intéressante. Et puis, les amateurs de films à sketch ayant très peu à se mettre sous la dent ces dernières années, ils pourraient également être attirés par une proposition rare.

Ce serait une erreur. Maintenant, relisez ce résumé en gardant bien à l’esprit que le film dans son entier fait preuve d’une constante indigence tant dans son scénario que dans sa mise en scène. Vous aurez alors un bon aperçu de l’étendue du désastre. Tous les auteurs sans exception se révèlent incapables de manier correctement le genre qu’ils investissent, qu’ils s’agissent de l’enveloppe générale du found-footage (l’utilisation de la caméra portée est souvent incohérente quand elle ne rend pas le tout illisible) ou des sous-genres traités dans chaque fragment (qu’il s’agisse de zombie, de possession ou d’extra-terrestre, le traitement du fantastique vire au mieux dans le Grand-Guignol, au pire dans la caricature cynique).

En somme, la chose est assez bien résumée par son ultime plan : un monstre qui lève le pouce et fait un clin d’œil à la caméra.

CHIMERES_webChimères

De Olivier Béguin | Drame / Fantastique

Avec Jasna Kohoutova et Yannick Rosset

Premier long-métrage suisse à être présenté au NIFFF, Chimères propose une relecture intéressante du mythe du vampire en l’inscrivant dans le quotidien d’un couple d’aujourd’hui : suite à une transfusion, Alex voit peu à peu son corps changer ; sous le regard inquiet de sa compagne Livia, il est en train de se transformer en buveur de sang.

Si l’on peut reconnaître une qualité au film d’Olivier Béguin, c’est bien dans ses velléités artistiques sincères et ambitieuses : le cinéaste traite son sujet avec sérieux (contrairement à beaucoup trop d’autres films de genre, la daube suscitée y compris), se focalise avant tout sur ses personnages (le duo d’acteurs est bon) et met en place une véritable ambiance (la mise en scène sensorielle lorgne clairement du côté de Morse).

On regrettera simplement une structure narrative pas toujours maîtrisée, notamment dans la progression du fantastique et dans son impact psychologique sur les héros, le film finissant d’ailleurs par se perdre dans son dernier acte (malgré une séquence finale assez impressionnante, on ne sait plus trop ce qu’on nous raconte).

Reste une tentative honnête de proposer un vrai film de genre dans un paysage cinématographique qui n’en offre que trop peu.

gallow-walkerGallowWalkers

De Andrew Goth | Western / Horreur

Avec Wesley Snipes

Nous vous le disions dans notre preview d’il y a quelques jours, GallowWalkers nous faisait saliver : Wesley Snipes, des cowboys, des zombies, du gore, le film avait tous les prérequis d’une bonne série B bien crétine et bien bourrine. L’éclate quoi !

Hélas, le résultat final se révèle être encore plus nul que ce que l’on pensait, et surtout beaucoup moins fun que prévu.

Au fil d’un scénario incompréhensible, les personnages passent, on ne sait trop pourquoi, deux tiers du temps à prendre la pause dans des plans iconiques piqués à Leone & Co, et le reste du temps à se flinguer dans duels à peine gores et souvent mal branlés.

Incroyablement long, rarement fun et jamais drôle, GallowWalkers réussit également l’exploit de rendre Wesley Snipes totalement insipide (il est où, Blade ?!).

Bref, on pensait passer un bon moment devant un de ces objets indéfendables mais jubilatoires, mais en réalité, le film se trouve être juste indéfendable.

Nul.

 

 

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