La Tête dans les Etoiles

Star Trek Into Darkness
De J. J. Abrams | Science-fiction, Action
Avec Chris Pine, Zachary Quinto et Benedict Cumberbatch

star_trek_1

Il y a trois ans, nous étions épris de doutes lorsque J. J. Abrams débarquait avec la prétention de ressusciter Star Trek. A l’époque, la saga semblait morte et enterrée avec le pauvre Kirk après les pitoyables Insurrection et Nemesis, et surtout la calamiteuse série Enterprise. Néanmoins, le passage réussi d’Abrams sur grand écran avec une autre franchise remise au goût du jour (Mission : Impossible) nous donnait envie d’y croire.

A raison.

Excellente surprise, le film réussissait le compromis de satisfaire les trekkies et de convaincre les néophytes. Une vraie remise à zéro qui gardait un rapport équilibré entre trahison et fidélité, ce d’autant plus qu’il jouait habilement la carte de la mise en abyme en explicitant littéralement sa relecture à grand coup de paradoxes temporels. Et si le scénario ne disposait pas de la puissance métaphysique du premier opus de 1979 et de la série TV originale, il était cependant marqué par la dynamisation qu’Abrams et ses compères apposent aux franchises qu’ils traitent (Mission : Impossible), gagnant en rythme et en efficacité ce qu’il perdait en profondeur dramaturgique.

A l’approche d’un second opus logiquement orienté vers un traitement plus sombre, avec un Benedict « Sherlock » Cumberbatch en bad guy qui promettait de « marcher sur les cadavres de Starfleet », on partait plutôt optimistes.

star_trek_2

Tellement optimistes que nous ne prenions pas garde au troisième nom qui venait de s’ajouter parmi les scénaristes (Damon « Prometheus » Lindelof), tellement optimistes que nous occultions les tares récurrentes parmi les projets de la bande à Abrams, tellement optimistes que nous n’entendions pas les propos inquiétants du réalisateur (« A l’origine, Star Trek m’ennuie. Je veux le rendre encore plus cool. »).

A tort.

Dans leur volonté de moderniser le mythe, les auteurs l’éloignent de sa nature originelle, cette suite ressemblant plus à un thriller dans l’espace qu’à de la véritable science-fiction teintée de philosophie. Les trahisons aux codes de la saga sont encore plus nombreuses, l’action prend le pas sur la réflexion, les personnages ne sont plus vraiment eux-mêmes (Spock en tête) et l’ « ultime frontière » ne les intéresse plus tant que ça.

Mais loin de nous l’idée de jouer les puristes : le vrai problème est ailleurs.

Passé l’introduction ébouriffante, l’on se rend bien vite compte que ce nouveau Star Trek est hélas symptomatique du vice central chez Abrams & Co : ce besoin constant de jouer aux petits malins, de placer le spectateur en situation de doute, à grand renfort de plans iconiques sur des objets mystérieux et autres symboles mythologiques. Ainsi, de Lost au dernier Ridley Scott, les bougres nous ont à maintes reprises livré les mêmes scénarios roublards reposant sur des mystères souvent mieux mis en place que dévoilés (lorsqu’ils le sont) et sur des promesses rarement tenues.

star_trek_3

Ici, tout est prétexte au twist ou au point d’interrogation, on nous sert des MacGuffins à la pelle et on nous fait du coude à répétition façon « tu l’avais vu pas vue venir, celle-là, hein ? ». L’histoire classique mais prenante que l’on voyait se profiler (l’équipage de l’Enterprise malmené par un Benedict Cumberbatch bien vénère) laisse place à une intrigue emberlificotée qui perd son spectateur en voulant le manipuler à tout prix. Pendant tout le second acte, le scénario n’assume plus son postulat de départ (et par-là annule son méchant), avant d’y revenir maladroitement peu avant le final. N’osant pas partir directement sur la relecture de Star Trek 2 : La Colère de Khan qu’on voit venir à des kilomètres, les auteurs, comme par peur de l’hommage déclaré, repoussent indéfiniment la révélation sur la véritable nature du bad guy, tergiversent pendant des plombes, passent par des détours inutiles et tournent en rond pour finalement ne pas raconter grand-chose.

A force de tout retarder ou démentir, les enjeux de bases ne se mettent jamais réellement en place et on peine à entrer dans le film.

Dommage, car ce dernier n’est pas exempt de qualités : les effets spéciaux sont bluffants, la mise en scène dynamique et efficace bien qu’un brin agaçante sur certains points (les flares à chaque plan et les décadrages tournoyants toutes les deux secondes, ça fatigue), les acteurs convaincants (le casting de base déjà judicieux est ici renforcé par la présence imposante bien que sous-exploitée de Cumberbatch), et la musique géniale (Michael Giacchino prouvant une fois de plus qu’il est le nouveau John Williams).

star_trek_4

Into Darkness reste un bon divertissement proposant son lot de séquences époustouflantes (la scène d’introduction au cœur de l’action façon James Bond, le saut entre deux vaisseaux à travers un champ d’astéroïdes, la course effrénée dans un Enterprise à la gravité capricieuse…), mais au milieu de cet imbroglio désincarné, tout ça se révèle bien vain.

Y a pas à dire, on peut nous balancer les meilleures effets pyrotechniques et les twists les plus renversants, si le récit de base ne nous porte pas et que le sort des personnages ne nous concerne pas un minimum, la sauce a peu de chances de prendre.

Ici, à force de pirouettes scénaristiques prévisibles quand elles ne sont décevantes, de promesses non tenues (où sont les « ténèbres » vendues par le titre ?), de raccourcis et autres facilités, on ne croit définitivement plus à cette histoire. Alors, Kirk pourrait bien être atomisé en pleine téléportation ou Spock se révéler être en fait le fils du lieutenant Sulu que ça ne nous ferait ni chaud, ni froid.

Si cette suite avance d’un pas par rapport au plaisir visuel de son prédécesseur, elle recule en revanche de deux côté récit. Un bel objet, mais qui se révèle hélas sonner bien creux.

Pas vraiment une bonne nouvelle pour le futur Star Wars VII

 

Still quiet here.sas