Interview complète de Samuel Debrot

Samuel Debrot, 88 ans, ex-vétérinaire municipal de Lausanne, ex-directeur des abattoirs de Malley et président à vie de la Société vaudoise de protection des animaux (SVPA), a connu une vie riche et un parcours atypique. L’auditoire l’a rencontré au refuge du Sainte Catherine. Un entretien qui a duré une heure lors de laquelle les questionnements des uns ont pu se confronter à l’expérience de l’autre en un échange riche en découvertes…

 L’auditoire : Il est plutôt atypique d’être à la fois directeur d’abattoir et président de la SPA… Avec votre expérience, pouvez-vous dire que vous opérez une échelle de valeur entre animaux de rente et animaux domestique ?

Samuel Debrot : Il n’y a pas deux sortes d’animaux, il y en a trois : premièrement les animaux de rente, qui nous donnent de la viande, du lait, et éventuellement du miel. Deuxièmement les animaux domestiques, qui ne sont pas de rente mais qu’on garde quand même. Et troisièmement les animaux familiers que nous recevons ici au refuge, comme les chiens, les chats, les différents animaux qu’on a dans nos ménages.

Tous sont protégés par la Loi fédérale sur la protection des animaux, avec des règlements cantonaux. Que ce soit des animaux familiers, domestiques ou de rente, c’est la même chose. Il y a des précautions à prendre dans les soins, dans l’alimentation, dans le logement, pour tous ces animaux. C’est sûr que ça varie d’une sorte d’animaux à l’autre.

Est-ce que la protection des animaux de rente est plus difficile à mettre en place ?

Ça a été plus difficile il y a 30 au 40 ans. Les animaux familiers aussi n’étaient pas bien protégés. Maintenant, tous ces animaux sont bien protégés par la loi, il suffit de l’appliquer. Parlons des animaux de rente : ils sont protégés premièrement par la loi, avec des contrôles officiels, et deuxièmement vous avez des éleveurs et des agriculteurs qui se sont groupés dans des labels. Ceux-ci accordent aux animaux des soins particuliers qui vont au-delà des exigences légales.

Tous les deux ans, la SPA honore un agriculteur qui s’est particulièrement distingué avec les animaux de rente.

Avez-vous reçu, à la SPA, des dénonciations de cas de maltraitance pour ce qui est des animaux de rente ?

Oui, il y a des dénonciations pour les animaux de rente. La SVPA en tant que telle s’occupe surtout des animaux familiers (il y a beaucoup à faire), mais l’Etat s’occupe du contrôle de l’application des lois sur la protection des animaux parmi les animaux de rente. Il y a des contrôles qui sont faits, premièrement par l’Etat (contrôles officiels), et des contrôles non officiels demandés par certaines grandes associations. Par exemple Migros ou Coop font contrôler les soins aux animaux de rente par la Protection suisse des animaux. C’est généralement des labels, et leurs exigences sont plus sévères que celles de la loi.

Certaines associations ou personnes, comme par exemple Kate Amiguet, ont démontré que les conditions de détention en Suisse n’étaient pas toujours respectueuses de la loi…

Vous me parlez de madame Amiguet, je vous parlerai aussi d’Acusa, un illustré qui paraît régulièrement (environ tous les deux mois) et qui dénonce certains cas. Bien sûr, ils dénoncent les cas qui sont crasses. Mais il ne faut pas penser que tous les agriculteurs se comportent de cette façon. Et ça donne cette impression. Dans des forums j’ai été accusé justement de ne pas m’intéresser suffisamment à ces cas. Comme il y aura toujours des crimes dans l’humanité, il y aura toujours des gens qui vont à l’encontre des lois, et qui soignent mal leur bétail. Mais ce n’est pas une majorité, c’est une petite minorité. Alors on peut les mettre en évidence, ça donne une certaine émotion dans le public, mais ça n’avance pas à grand-chose. Parce qu’il faut laisser les autorités agir, et les inspecteurs faire leur travail. La plupart du temps, dans ce que dit par exemple Acusa, on a vu qu’il y avait des exagérations. Et ce dont madame Amiguet et d’autres n’ont pas tenu compte, c’est que la loi est bonne, mais son application comporte des délais transitoires qui à mon avis sont trop longs. Il faut garder à l’esprit qu’un agriculteur, qui a l’habitude d’élever son bétail dans des conditions minimales, est obligé de faire des transformations coûteuses pour se mettre à jour. Alors on lui laisse 5 ans, même 10 pour certaines choses. C’est beaucoup trop à mon avis mais les autorités attendent justement qu’il y ait une amélioration insensible. Mais quand vous comparez la situation suisse avec la situation à l’étranger, on peut dire qu’on est bien lotis du point de vue de la protection des animaux.

Justement, ces délais transitoires arrivent pour la plupart à terme en septembre 2013. Nous avons eu contact avec le vétérinaire cantonal actuel, qui partage votre avis mais reste réservé sur le fait qu’il y aura toujours une certaine zone grise dès lors que ces délais transitoires seront passés. Puisque, étant toujours en face d’êtres humains, il est difficile d’ordonner administrativement une interdiction de détenir des animaux. Ce genre de décision est d’ailleurs rarement pris ; on préfère toujours laisser le bénéfice du doute à un éleveur qui perdrait toute son exploitation et son revenu…

Un exemple : vous intervenez auprès d’une personne qui soigne mal son chien. Vous lui enlevez son chien, il n’y a pas d’intérêt qui rentre en jeu. Tandis que vous enlevez 10 vaches à un agriculteur, c’est toute sa fortune et son gagne-pain qui s’en vont. On a donc généralement un problème social chez les agriculteurs qui soignent mal leur bétail : des gens qui sont couverts de dettes, qui n’arrivent plus à subvenir à leurs besoins, même personnels (alors on ne parle pas de ceux de leur bétail). Et puis il y a des gens qui ont sombré dans l’alcoolisme… C’est le cas de beaucoup d’agriculteurs, il y en a même qui se suicident. Alors je comprends le vétérinaire cantonal, qui doit agir, mais au fur et à mesure que se résolvent les problèmes sociaux. Nos inspecteurs ont de temps en temps des cas à signaler au vétérinaire cantonal parmi les animaux de rente, et on voit très bien qu’on ne peut pas intervenir aussi drastiquement que pour des animaux familiers qui ne présentent pas de problèmes économiques.

Vous diriez donc qu’il y a un problème plus général au sein du monde de l’agriculture ? Que le système de production en demande trop aux agriculteurs ?

Nul n’est censé ignorer la loi, et tout le monde doit l’observer. Mais c’est dans l’application de cette loi qu’il faut faire la différence entre certaines catégories d’animaux. Et chez les animaux de rente on touche toujours le problème social lié aux agriculteurs.

Beaucoup de propriétaires d’animaux de compagnie ont été heureux à l’ouverture du crématorium pour animaux à Vidy, car cela évitait à leurs compagnons de finir à la boucherie. Est-ce le reflet de cette différence fondamentale opérée chez les gens entre animaux de rente et de compagnie ?

En tant que responsable des abattoirs, j’ai connu ça il y a 30 ou 40 ans : déjà, des personnes s’étonnaient que les cadavres de chiens soient mis avec la viande impropre à la consommation, avec des vieilles saucisses, des boyaux, etc. Les gens me disaient : « Vous savez ce sont des animaux qu’on a aimés, qu’on a caressés, ça nous fait mal au cœur de les voir jetés là. » J’ai dit que j’étais d’accord. Nous avions des fours crématoires pour les déchets carnés, alors j’avais instauré des heures où les gens pouvaient passer voir la crémation de leurs animaux sans qu’il n’y ait contact avec les déchets d’abattoir. Ça a été très bien reçu mais quand j’ai quitté les abattoirs ces fours ont été mis hors service. Pour finir, j’ai dit qu’il fallait qu’on ait quelque chose pour les petits animaux. C’est la raison pour laquelle nous avons ouvert il y a deux ans ce crématoire animalier à Vidy. Et ça a été très bien reçu par les gens. Ça coûte plus cher, bien entendu. Jeter le cadavre d’un chien avec des déchets carnés ça ne coûte à peu près rien, tandis que quand il faut utiliser de l’énergie, du gaz, du personnel, des installations spéciales, ça coûte quelque chose. Mais les gens ne regrettent pas de donner tant d’argent pour que le cadavre de leur animal bien aimé soit traité convenablement.

Vous avez travaillé 35 ans dans les abattoirs, de 1951 à 1986. Vous avez dû voir une certaine évolution dans les techniques d’abattage ?

Ça a beaucoup évolué. Et quand j’ai repris les abattoirs il y avait beaucoup à redire du point de vue de la protection des animaux, parce que nous n’avions pas de textes légaux qui pouvaient être appliqués. Nous avions une loi cantonale sur la protection des animaux, mais c’étaient à peine quelques mots, « les animaux doivent être traités convenablement » et puis c’est tout. Nous n’avions pas de précisions. Mon prédécesseur, le docteur Benoît, faisait ce qu’il pouvait. Mais quand je suis arrivé je lui ai dit qu’il fallait que nous nous chargions d’une meilleure protection des animaux. Quand ça ne va pas dans les abattoirs, comme nous l’avons appris par exemple avec l’histoire de ces chevaux maltraités en Argentine, les responsables sont les directeurs. J’ai vu des choses en France qui étaient vraiment étonnantes et scandaleuses. Je me souviens d’avoir été à Annecy avec une série de bouchers, parce qu’on devait acheter une machine pour traiter les boyaux, et ils m’ont dit de ne pas aller voir l’abattage des veaux parce que c’était horrible. Justement, j’y suis allé. Il y avait des bouchers qui prenaient et attachaient les veaux par un jarret, les montaient et puis immédiatement ils les étourdissaient un peu et ils leur coupaient la gorge. Je me suis approché et j’ai dit que ça n’allait pas. On m’a répondu : « Bien sûr que ça ne va pas, vous voyez ce qu’on nous donne : un pistolet pour les lapins, alors qu’on doit abattre des veaux ! » Alors j’ai dit que c’était la direction qui était fautive. Chaque fois que quelque chose ne va pas dans un abattoir, c’est le directeur qui est responsable, c’est lui qui doit avoir un certain intérêt pour la protection des animaux. Parmi les vétérinaires de ma génération, il y avait des gens qui s’intéressaient à l’inspection de la viande, mais pas du tout au traitement des animaux.

Vous faisiez déjà partie de la SPA à cette époque-là ?
Oui, j’ai repris l’inspectorat de la SVPA en 1953 parce que l’ancien inspecteur avait démissionné et le président, le docteur Benoît qui était aussi vétérinaire municipal, m’a dit qu’il faudrait reprendre ça à titre bénévole. Il m’a dit que je n’aurai pas grand-chose à faire, mais que ce serait bien que je reprenne l’inspectorat en-dehors de mes heures de travail. J’ai accepté et j’ai vu après tout le boulot qu’il y avait à faire… On a commencé par la base. Par exemple, les bouchers avaient encore la mailloche pour étourdir le veau en lui tapant sur la tête avant de le saigner. Ça allait bien quand c’était un boucher avec la carrure d’un hercule, mais quand c’était un apprenti qui avait peur de faire mal au veau… j’ai dit que ça n’allait pas. Alors on a commencé à donner des pistolets à cheville percutante. J’ai vite vu que les bouchers ne prenaient pas bien soin de ces pistolets et qu’ils s’enrayaient de temps en temps. Pour finir, on a désigné des employés en les formant spécialement : ils avaient la responsabilité de la munition et des pistolets. Chaque soir ils devaient les faire réviser chez les mécaniciens et c’étaient eux seuls qui étaient chargés de l’étourdissement des animaux. C’était beaucoup mieux.

Ensuite nous avons transformé les méthodes d’abattage : les animaux étaient encore mis à mort les uns à côté des autres. On a fait une chaîne d’abattage : les animaux arrivaient dans une sorte de trappe, individuellement, on les étourdissait et ensuite ils allaient sur la chaîne d’abattage. C’était le corps de l’animal qui arrivait vers les bouchers et ils faisaient toujours le même travail jusqu’à ce que ça ressorte sous forme de viande qu’on puisse mettre au frigo.

C’était vers la fin des années 1950 ?

C’était plus tard. Avant, j’étais adjoint du vétérinaire municipal, et en 1966 j’ai repris la direction des abattoirs de Malley. C’est à ce moment-là que j’ai pu faire vraiment ce que je voulais. J’ai eu l’appui des grandes boucheries : Bell, par exemple, était tout à fait d’accord avec moi. Pareil pour la boucherie Migros, et d’autres encore de Suisse alémanique, qui venaient abattre de Lausanne. J’ai été bien soutenu. Il y avait une affaire de personnel, aussi : certains bouchers avaient une tendance manifeste à la soûlerie, alors j’ai  interdit l’alcool dans les abattoirs. Ça n’a pas été facile, mais j’ai toujours été suivi. La plupart des bouchers étaient d’accord avec moi, je n’ai pas eu beaucoup de résistance. Pour finir, j’ai eu un abattoir sans alcool et sans soûlerie. Il faut dire que j’ai eu les épouses pour moi ! Ça ne leur était pas agréable que leur mari revienne un peu soûl à la maison chaque soir…

Quel contact aviez-vous avec les grandes boucheries ?

Je connais bien les grandes maisons comme Bell, Migros ou Micarna. C’est toujours bien d’avoir une grande organisation si celui qui est à la tête de cette organisation est d’accord avec vous. Mais si vous avez une cinquantaine de petits bouchers où chacun pense différemment, c’est beaucoup plus difficile d’intervenir. Micarna a justement eu des problèmes avec l’étourdissement des porcs, ils m’ont demandé mon avis et j’ai pu travailler en étroite collaboration avec eux.

Donc de ce point de vue, le fait que Bell ou Micarna soient assez centralisés et qu’on ait affaire à une seule personne est plutôt positif ?

Oui, c’est très bien. Je suis allé visiter l’abattage des porcs à Estavayer, et je n’aurais jamais pu faire ça aux abattoirs de Lausanne, vu les investissements que ça demande. Les porcs arrivent par camion, par lot, et ils sortent ensemble sur un petit pont qui les conduit dans un couloir. Le porc se dirige toujours du côté de la lumière : quand ils arrivent c’est obscur, et petit à petit la lumière devient plus intense et ils suivent. Ils arrivent alors dans une nappe de gaz carbonique et ils tombent sans s’en rendre compte. Ensuite un ascenseur les descend et on les saigne. C’est merveilleux, il n’y a pas de cris, rien du tout.

Aux abattoirs de Lausanne, j’ai pu obtenir que les porcs ne crient pas. Parce que le porc a une mentalité de compagnon : dès que vous en prenez un dans un lot et que vous l’isolez, il va se mettre à crier, il aura peur. Alors on les prenait par 5 ou 6, on les étourdissait l’un après l’autre avec l’électricité et ça allait très bien. A tel point qu’un jour où la télévision était venue pour voir cet abattage, des techniciens ont subitement cru que le son ne marchait plus parce qu’ils n’entendaient pas les porcs crier. Le son était bien là, mais les porcs ne criaient pas. Il fallait que tout se passe en douceur. C’est pareil avec le gros bétail : j’ai assisté à un film qui était vraiment scandaleux dans un abattoir, où deux types armés de gourdins flanquaient des coups sur les fesses de génisses pour les faire avancer. C’est complètement stupide, l’animal ne comprend pas pourquoi on le bat. Il ne comprend pas qu’il doit avancer. Pour le faire avancer, il faut se mettre devant, prendre un individu avec un licol, et tous les autres suivent gentiment. Mais ça c’est toute une psychologie de l’animal qu’il faut avoir, pour qu’il ne se rende pas compte qu’il va passer de vie à trépas. La mort doit le surprendre, sans souffrance, sans douleurs physique ou psychique.

Quel changement de philosophie avez-vous observé au sein des abattoirs depuis que vous les avez vus à la fin des années 1950 jusqu’à ce que vous les ayez repris ?

Quand je suis rentré à l’abattoir, ma famille m’a dit que c’était complètement stupide, parce que j’avais choisi d’être vétérinaire pour pouvoir aimer les animaux. Ils pensaient que j’allais soigner des chiens ou des chats. Je leur ai dit que j’avais discuté avec le directeur de l’abattoir, et qu’il y avait plein de choses à faire du point de vue de la protection des animaux dans les abattoirs. Alors petit à petit ma famille m’a compris. Quand j’étais étudiant à Berne et qu’on étourdissait un animal, je détournais la tête en me disant que c’était mal fait. J’étais ému. Et c’est ainsi que je me suis intéressé à la condition des animaux dans les abattoirs.

Il y a le transport d’abord : ils ne doivent pas être trop serrés, ni se blesser pendant le trajet. Donc au déchargement il y avait un employé, ou moi-même, qui était présent pour voir comment le transport avait été effectué. Ensuite il y a la stabulation : les porcs étaient mis dans des parcs en groupe et ils devaient rester tranquille, généralement pour une nuit, parce que l’animal doit être mis à mort à jeun. C’est bien mieux pour la viande, elle ne doit pas venir d’un animal en pleine digestion. Pareil pour les bovins : les écuries des abattoirs étaient très bien. Quand je faisais mes contrôles le soir les animaux étaient couchés les uns à côté des autres très tranquilles. Il y en avaient qui ruminaient, on leur donnait à boire et une bricole de foin, justement pour qu’ils ne soient pas complètement à jeun mais qu’ils aient quelque chose dans l’estomac. Ils sont plus tranquilles. Pareil pour les chevaux, ça m’a toujours beaucoup ému… encore maintenant, quand on met à mort des poulains, ou des petits porcs (les porcelets de lait), ou des cabris par exemple, ça me fait beaucoup de peine… quand c’est un animal adulte, je me dis qu’il doit quand même finir son existence une fois ou l’autre, et il doit la finir dans les meilleures circonstances possibles. Mais quand ce sont de jeunes animaux… on ne parle pas du droit de vivre, mais quand même ça ferait plaisir que ces animaux arrivent jusqu’à l’âge adulte. Je ne sais pas si vous connaissez les cabris, ils sont vraiment comme des petits chats, très confiants… Pareil pour ces cochons de lait. Alors ils les prenaient dans les bras et les autres les tiraient parce qu’on peut pas utiliser l’électricité sur ces tout-petits. Je me disais que c’était quand même mal fait.

J’ai été un spécialiste de la viande, j’ai d’ailleurs dû donner des cours à Berne concernant les viandes et la médecine préventive. Je me disais toujours : « N’y a-t-il pas moyen de vivre autrement qu’en mangeant de la viande ? » J’ai beaucoup étudié la question. Naturellement, comme directeur d’abattoir, j’étais obligé de manger de la viande. Les bouchers n’auraient pas compris, ils n’auraient pas voulu être dirigés par un végétarien. Mais quand j’ai quitté l’abattoir, en 1986, je n’ai plus mangé de viande. Je me suis dit qu’on pouvait vivre autrement, et c’est juste. J’ai maintenant 88 ans, vous voyez que je suis relativement en bonne forme, tout en ne mangeant pas de viande.

C’est donc pour cela que vous avez décidé de devenir végétarien ?

Il y avait plusieurs raisons : déjà au point de vue de la protection de animaux. Jusqu’ici j’avais veillé à ce que tout se passe bien, mais je ne sais pas si mes successeurs étaient aussi sévères que moi. Deuxièmement, il y a des choses qui m’ont froissé : on était obligé par exemple de faire des prélèvements de viande avant d’estampiller « propre à la consommation » pour savoir s’il y avait des antibiotiques. On en trouvait. Et je n’ai jamais entendu un éleveur admettre qu’il avait donné des antibiotiques à ses bêtes ; ils ont toujours nié. Quand on abat 100’000 bêtes par année, on ne peut pas faire 100’000 prélèvements… donc c’était uniquement des pointages. Donc ce n’était pas sérieux. Et j’ai fait manger, malgré ma bonne volonté et mon souci d’honnêteté, de la viande qui contenait quand même des antibiotiques. Maintenant, vous voyez la vague qu’il y a contre les antibiotiques, mais à ce moment-là on n’en parlait pas beaucoup ! Et comment faire pour assurer le consommateur qu’il n’y a pas du tout d’antibiotique dans la viande qu’il va manger ? C’est quasiment impossible.

Le fait qu’il y ait des traces d’antibiotiques dans la viande vous a donc aussi incité à arrêter d’en manger ?

Oui, je n’avais pas tant confiance en mon successeur. Alors je me suis dit que je ne mangerais plus de viande désormais. Naturellement, si vous m’invitez et qu’il y a beaucoup de personnes, je ne peux pas être le seul à ne pas manger de viande. Mais ma femme ne m’a jamais refait de la viande depuis que j’ai quitté l’abattoir.

Pour quelle raison avez-vous décidé de quitter la direction de l’abattoir ?

C’était une affaire économique. Lors de ma dernière année aux abattoirs, une taxe a été supprimée. Elle concernait la viande qui provenait d’autres abattoirs. Quand cette viande arrivait dans l’arrondissement de Lausanne, ils étaient obligés de payer un droit d’entrée assez considérable. Sans cette protection, l’abattoir public ne pouvait plus vivre. Bell, Migros et compagnie ne voulaient plus payer cette taxe, ils sont donc intervenus auprès des autorités fédérales et elle est tombée. Je me suis rendu compte qu’économiquement on ne pourrait plus faire vivre l’abattoir. Pas seulement au niveau de l’hygiène des viandes ou de la protection animale, il y avait aussi la gestion financière des abattoirs. Il fallait que ça tourne ! J’ai toujours fait tourner l’abattoir en veillant à ce qu’il n’y ait pas trop de dépenses. Je me suis dit qu’on n’allait plus pouvoir faire ça. Alors comme j’avais un peu plus de 30 ans d’activité, j’ai pu prendre ma retraite. Et j’ai bien fait parce qu’après ça a été la déchéance et les abattoirs de Lausanne n’ont plus existé.

La municipalité a fait de grossières erreurs, je leur ai d’ailleurs fortement reproché. Moi qui connaissais bien comment ça marchait, ils auraient pu me demander conseil quand il y a eu des difficultés.

Les abattoirs ont fermé en 1996. Donc j’étais parti depuis 10 ans, et c’était l’agonie.

Vous aviez des nouvelles de ce qu’il se passait à l’abattoir pendant cette période ?

Oui, j’étais tenu au courant parce que j’avais un excellent adjoint. Il a été nommé administrateur. Mais ça lui a coûté la vie… il s’est fait tellement de soucis qu’il a fait une hémorragie cérébrale, il a été balayé en 1994. Je vous le dis, il y a un côté psychologique qu’il ne faut pas minimiser, autant au point de vue de la boucherie que de ceux qui s’occupent de la gestion des abattoirs.

Justement, que pouvez-vous nous dire sur l’état d’esprit des personnes qui travaillent en abattoir ? Avez-vous perçu une évolution dans la manière de considérer ce travail ?

Il faut considérer le boucher d’abattoir comme un technicien. Il applique une technique. Pour nous, mettre à mort un animal, ça nous fait quelque chose… on se dit qu’il va perdre la vie, on peut se poser des questions, est-ce qu’il a une âme, où va cette âme, etc. Ce sont des questions qu’ils ne se posent pas. Ce sont des techniciens. Et quand on dit que ceux-là font des dépressions… Je n’en ai jamais vu un faire une dépression… Ce sont des gens très proches de la nature.

Je n’aime pas beaucoup les chasseurs, mais certains ont ça en eux : pour eux l’animal peut être mis à mort. Dans les meilleures conditions possibles certes, mais ce n’est pas un problème pour eux, c’est même un plaisir. Alors que je n’ai jamais vu un boucher aux abattoirs avoir du plaisir à tuer. Ils le font techniquement. Les chasseurs aiment tuer, mais je n’ai jamais vu ça chez un boucher. La plupart des bouchers vieillissant (de 40 à 60 ans) ne viennent plus à l’abattoir. Parce qu’émotionnellement ils ne supportent pas. Et dans nos équipes de bouchers nous avions surtout des jeunes, qui faisaient ça techniquement. Mais à un moment donné, quand on prend de l’âge, on devient un peu plus sentimental. Et on ne vient plus à l’abattoir. Ils ramassent leur viande, mais ils ne viennent plus voir comment on tue.

Je connaissais un charcutier, et sa femme me disait : « Chaque fois qu’il va à l’abattoir, même si ce n’est pas lui qui tue, il est nerveux, tendu. On sent que ça ne lui convient pas. »

Certains disent qu’il faut être insensible pour travailler à l’abattoir…

Il faut être un technicien, ne pas trop réfléchir. Personnellement j’ai beaucoup réfléchi à ces questions, à la mort des animaux, mais j’en viens à dire que c’est un phénomène naturel. Et tant qu’il faut de la viande, il faut que des animaux soient mis à mort pour que les gens puissent en avoir… Dans un forum on m’a dit que le végétarisme avait augmenté, que dans trente ans nous n’aurions plus besoin d’abattoir. J’ai répondu que tant qu’on aura des chiens et des chats, on sera obligé de mettre à mort des bêtes, parce qu’il faut de la viande…

On entend en effet beaucoup aujourd’hui que le végétarisme va prendre de l’ampleur, qu’on va être obligé d’adopter ce régime pour des raisons écologiques ou économiques… Mais vous tenez un discours plus pragmatique : tant qu’on doit le faire, autant le faire des les meilleures conditions possibles ?

Oui, autant le faire bien ! Et c’était mon raisonnement dès le début aux abattoirs. Quand je suis entré à l’abattoir on abattait, sur le plan suisse, 30 kilos par tête d’habitant. Quand j’ai quitté l’abattoir c’était 90 kilos. Maintenant on en est environ à 53. Ça n’a pas beaucoup diminué mais quand même. Maintenant les gens mangent surtout beaucoup de volailles et peu de grands animaux.

Le végétarisme prend pied, c’est un fait, beaucoup plus qu’avant. Avant c’était vraiment des gens spéciaux qui étaient végétariens. Maintenant si vous dites que vous ne mangez pas de viande ça n’étonne plus tellement. C’est comme avec la fumée : j’ai connu la période où j’étais entouré de fumeurs, mon directeur fumait et quand on disait qu’on ne fumait pas on n’était pas un homme ! Tandis que maintenant c’est tant mieux ! Une évolution s’est faite de ce côté-là.

Comment concilier la direction d’un abattoir et la présidence de la SPA ?
Les gens ne se rendent pas compte de la protection des animaux qu’il faut avoir dans un lieu où on abat maintenant 100’000 bêtes par année. Et maintenant dans les grands abattoirs c’est pire que ça, on abat beaucoup plus et à la chaîne. Je vous conseillerais d’aller visiter un abattoir…

On a essayé mais on ne nous a pas vraiment accepté… ils sont un peu suspicieux. Qu’est-ce que vous pensez du fait qu’il y ait de plus en plus d’abattoirs privés ? Pensez-vous que ça aille dans le sens d’un mieux-être des animaux ou pas ?

Oui. J’ai fait visiter les abattoirs à un grand nombre de personnes, des sociétés de laiteries, d’agriculteurs, de consommatrices. Un jour la Fédération des consommatrices m’a demandé de préparer un étal avec tous les morceaux de viande, pour savoir comment elles devaient cuisiner les biftecks, les morceaux à ragoût, etc. Alors j’ai fait un bel étalage, j’avais deux bouchers qui leur donnaient des explications et parlaient de l’hygiène, etc. Ces dames étaient toutes contentes ! Alors j’ai dit : « Maintenant mesdames, vous allez voir les abattages ! » Et alors là : « Ouh quelle horreur ! » J’ai dit qu’il fallait être logique ! On ne fauche pas la viande comme on fauche les épis de blé… Trois n’ont pas voulu venir mais les autres sont allées. Après j’ai demandé ce qu’elles avaient à reprocher, elles ont répondu rien, que c’était bien fait. J’ai dit que c’était ce que je voulais montrer.

Quand il y a des visiteurs, il y a une certaine pression à l’égard des bouchers et à l’égard de tous ceux qui gravitent autour de l’abattoir. A Lausanne il y avait bien 250 personnes qui traînaient par là, qui travaillaient dans les frigos, dans les triperies, etc.

Y a-t-il une certaine honte à montrer ce travail de tous les jours à un regard extérieur ?

C’est très bien parce que ça montre qu’il y a une certaine pression et que c’est pas seulement le directeur qui est là pour les embêter. Le public est là.

Et quand il y avait une contestation au niveau de l’inspection des viandes, c’était pareil. Dans toute ma carrière, j’ai eu seulement trois fois une contre-expertise, que j’ai toujours gagnée. Alors je n’en avais pas peur. L’expert disait que j’avais raison. Et j’avais toutes les consommatrices pour moi !

Vous avez tenu des propos très pragmatiques sur l’attitude à adopter dans les cas d’euthanasie de chats, par exemple. Est-ce votre expérience dans les abattoirs qui vous a donné ce regard pragmatique dans ce travail ?

Oui, je suis très content d’avoir été aux abattoirs parce que ça m’a formé. Certains refuges disent qu’ils ne font aucune euthanasie. Ça fait très bien au niveau du public. Mais soit ce sont des gens qui empilent les animaux, même ceux qui sont malades, ça donne des camps de concentration et le but du refuge n’est pas atteint. Soit ce sont des menteurs, qui disent cela simplement par propagande.

Nous on dit aux journalistes qu’on fait des euthanasies. Et on nous demande pourquoi : nous avons ici 3000 chats par an. Tous ne pourront pas être placés. Il y en a de très âgés, dont personne ne voudra. Au-dessus de 10 ans, on ne place plus un animal… Ensuite il y en a qui sont malades. Quand on a un chat avec du rhume ou autre chose, je ne veux pas infecter tout le cheptel. Je suis obligé de sévir et je le mets à mort. Quand il y a des chats blancs avec les yeux bleus c’est généralement qu’ils sont sourds ; je ne veux pas placer un animal qui soit sourd, donc je dois l’euthanasier. Alors je ne crains pas de dire que j’euthanasie les animaux. Et je reproche justement aux vétérinaires qui s’occupent uniquement des petits animaux de ne pas avoir travaillé dans un abattoir pendant quelques temps ; ils se rendront compte de ce que c’est que la vie animale. Mettre à mort un animal, pour certains vétérinaires, c’est une exception ; il faudrait faire tout ce qu’on peut pour le sauver. C’est ce que disent les propriétaires, mais quand la facture arrive, c’est là qu’il y a des grincements de dents…

Et puis l’animal ne doit pas être l’objet d’une thérapie trop poussée… il en souffre. Quand vous avez un chien qui ne peut plus marcher parce qu’il a de l’arthrose, qu’il est devenu vieux, les gens insistent encore pour faire de l’acupuncture ou des choses comme ça… L’animal en souffre. Il faut avoir le courage de dire qu’on le met à mort.

Tout le monde nous dit qu’il y a un paradis pour les animaux. Quand on leur demande s’ils se réjouissent d’aller au paradis ils répondent que oui, alors pour l’animal ils devraient être contents aussi…

Mais je dois me défendre. Vous entendrez des gens qui disent qu’à Sainte Catherine on endort tout. Alors qu’il y a 75% des chats qui sont placés et 85% des chiens. Mais je ne peux pas placer n’importe quoi, et les gens ne les veulent pas. Ils veulent avoir des chiens et des chats en bonne santé et au comportement normal. Lorsqu’on m’apporte un chat sauvage, qu’on le met dans une cage et qu’il se lance contre les vitres parce qu’il a trop peur, comment voulez-vous que je le place ? Je suis obligé de l’endormir…

Plus généralement, pour revenir sur le nœud du sujet, quel est votre ressenti sur le devenir des chaînes d’abattoir sur le long terme ? Comment voyez-vous l’avenir de cette filière ?

Si les scandales comme celui de la viande de cheval se répètent, ça diminuera quand même la consommation de viande. L’épisode de la vache folle, par exemple, ça a fait du mal à la viande… Mais les personnes qui en mangent une fois par jour veulent continuer, malgré tout ce qu’on leur dit. On sait qu’au point de vue écologique la viande est une insanité, parce qu’on fiche en l’air les forêts pour faire des pâturages où on met les bêtes qui vont donner du méthane, du CO2, etc. C’est donc une absurdité de faire de l’élevage pour la viande. Pour l’instant ça n’a pas l’air de beaucoup inquiéter les gens, mais ça peut influencer la consommation de la viande.

Et les végétariens peuvent tomber malades quand même, parce qu’ils ne tiennent pas compte du fait qu’il leur faut suffisamment de protéines. Nous ne pouvons pas dérégler notre corps en l’espace d’une génération. On a hérité certains gènes de nos parents et ils mangeaient de la viande. Ma mère en faisait rarement, surtout à cause de son point de vue religieux. Mais moi j’ai mangé de la viande pendant 35 ans. Maintenant je n’en mange plus mais je fais attention à ce que les menus comportent une certaine quantité de protéines végétales. Si les végétariens mangent simplement de la salade et trouvent que ça suffit, c’est faux. Il faut faire attention.

C’est une évolution, pas un changement radical. Quand on nous parle de certains peuples qui sont végétariens depuis des générations et qui vivent très bien, c’est bien, mais ça ne s’est pas effectué en un jour…

Comment imprégner ce changement-là au niveau de la filière viande et non au niveau individuel ?

Bien sûr l’élevage en Suisse est dirigé aussi sur la viande, mais surtout sur le lait. Les conditions d’élevage sont protégées par la protection des animaux, mais tant que les gens consommeront du lait et de la viande il faudra que ces gens produisent du lait et de la viande. Et s’ils ne le font plus, on ira à l’étranger et on importera. Et cette importation est vraiment douteuse parce que les conditions d’élevage à l’étranger ne sont pas les conditions d’élevage en Suisse et en Amérique. On a parlé de ces chevaux maltraités au Canada, eh bien c’est la faute des directeurs. Il y a des directeurs qui ne s’intéressent pas aux animaux, à leur psychologie, et qui font n’importe quoi avec eux. C’est une mentalité à changer, et peut-être qu’on arrivera à une diminution de la consommation de viande mais pas au végétarisme total.

Qu’est-ce qui vous a mené à prendre la direction des abattoirs ? Vous ne le vouliez pas au départ ?

J’avais à peine fini mes études qu’un professeur me proposait une thèse en collaboration avec l’Office vétérinaire fédéral. Et cette thèse m’a conduit aux abattoirs de Lausanne parce que je devais faire des prélèvements de sang pour apprécier les anticorps de la tuberculose. Je devais aller dans les halles pour prendre un peu de sang au moment de la saignée. C’est ça qui m’a mis en contact.

Ensuite j’ai eu d’autres propositions, à Aigle ou à Zürich, mais l’Office vétérinaire fédéral m’a dit de rester. J’ai dit que j’avais eu des échos comme quoi l’ambiance n’était pas toute rose, et puis même quelqu’un qui travaillait là m’avait dit de ne surtout pas venir.

Mais monsieur Benoît, le directeur des abattoirs, qui avait appris à bien me connaître, m’a dit de rester avec eux. Et c’était bien parce que j’avais directement un salaire, j’étais quitte d’avancer des fonds, et je pouvais vivre et rembourser à mes parents tout ce qu’ils avaient fait pour moi. C’est donc un concours de circonstance qui m’a mené à travailler à l’abattoir.

Et j’ai été très heureux d’y travailler, parce qu’il n’y avait pas seulement le côté dont on parle, mais aussi le côté scientifique. J’ai fait plusieurs publications concernant la viande, les saumures, les anticorps de la tuberculose, etc. Ça m’a valu d’être appelé à la faculté de Berne pour donner les cours de médecine préventive. A côté mon travail, j’allais donc donner mon cours tous les vendredis. J’étais le premier welsch à pouvoir donner un cours en français à l’Université de Berne.  C’était au moment où on discutait beaucoup du Jura. Berne voulait donc au moins une personne qui donne les cours en français.

Je devais aussi faire visiter les abattoirs aux étudiants en préparation d’examens. Donc c’était aussi un centre de recherche, il y avait des cours là-bas…

Tout ça a foiré quand je suis parti… j’ai quand même regretté, c’était dommage. Enfin, tout a une fin. Et on peut dire que j’ai eu une carrière qui m’a amplement satisfait.

Quel souvenir gardez-vous des collaborateurs dans les abattoirs ?

J’ai eu de très bons collaborateurs. Il faut les choisir, mais j’ai eu la main heureuse et j’ai eu beaucoup de satisfaction. Que n’aura pas eu celui qui est décédé en 1994… C’était mal fait parce que je comptais beaucoup sur lui. Mais on a travaillé une vingtaine d’années ensemble, sans un mot, sans une dispute. C’était vraiment la collaboration fantastique. J’ai eu aussi une bonne collaboration avec les employés du bureau des abattoirs. A tel point que le directeur de police, quand il ne pouvait pas faire face à un type, me l’envoyait aux abattoirs !

C’étaient tous des types qui avaient eu des difficultés, mais aux abattoirs je les ai beaucoup apprécié. Il y en a même trois qui sont restés de bonnes connaissances, même des amis, jusqu’à leur mort.

Au laboratoire on a engagé un vétérinaire qui avait un passé assez chargé, mais je n’en ai pas du tout fait mention. Je lui ai dit que personne ne saurait ce qu’il avait fait avant. Eh bien il est resté jusqu’à sa mort aux abattoirs, et on s’est très bien entendu. C’était un type de Suisse alémanique, il m’a bien aidé au point de vue des expressions allemandes!

Vous parlez d’une ambiance assez familiale au fond…

Il faut que ce soit familial, c’est quelque chose d’important. Il faut aussi les former, qu’ils aient confiance en nous. Comme ici à Sainte Catherine, par exemple. Je suis retraité depuis deux ans mais j’ai pu laisser le refuge aux employés, ils connaissent leur travail. J’ai de bons contacts avec notre administrateur, je l’ai formé pendant une dizaine d’années, ça fait que tout va bien !

Quand je fais le bilan, je suis content de mon existence. Je trouve que j’ai bien réussi ma vocation.

 

Propos recueillis par Brian Favre et Judith Zagury
Retranscris par Séverine Chave

One Response to Interview complète de Samuel Debrot

  1. Bonjour, comment puis-je vous trouve sur cardsapp?