1-up !

Les Mondes de Ralph

De Rich Moore | Animation

 

Quand on dit « Disney », on pense évidemment à une certaine petite souris en short rouge, à l’un des tous premiers longs-métrages d’animation de l’histoire (mettant en scène une jeune amatrice de pomme et sept petits barbus) et aux nombreux chefs-d’œuvre lui ayant succédé. Mais, depuis quelques années, les légendaires Nine Old Men qui ont fait la gloire du studio ayant tous disparu, ce dernier a changé d’optique concernant l’animation, ajoutant une troisième dimension à ses univers. Ainsi, depuis Dinosaure, sorti en 2000, Disney suit la mouvance lancée par Pixar avec Toy Story en 1995, avec sa collaboration (le studio coproduisait le film).

Jusqu’à ce que la compagnie ait la bonne idée en 2006 de carrément racheter Pixar, laissant à celui-ci une liberté artistique totale tout en engrangeant elle-même les recettes. Par la même occasion, John Lasseter, directeur artistique de Pixar, est nommé à la tête de la branche animation de Disney. Plutôt une bonne chose, puisqu’il insuffle aux nouvelles productions du studio la sincérité qui lui est propre (Volt, Raiponce), tout en relançant l’animation 2D avec La Princesse et la Grenouille. Néanmoins, si honorables soient-ils, ces derniers films restent nettement en-dessous de ce que Pixar continuent de nous offrir sous l’égide Disney : quelques mois avant Volt, on a quand même droit à WALL-E, tandis que Toy Story 3 précède également Raiponce. Il est clair que les longs-métrages ne boxent pas dans la même catégorie.

Cette année, on a droit au même calendrier : Rebelle est sorti en août, et Les Mondes de Ralph débarque pour les Fêtes. Mais le rapport qualitatif sera-t-il le même, le dernier opus de Pixar étant légèrement en deçà de ses précédents ? Alors que Dreamworks est enfin parvenu à égaler le studio à la lampe avec son magnifique Les Cinq Légendes, le cousin de ce dernier le rattrapera-t-il également ?

Réponses.

Après avoir misé sur la sécurité en adaptant une nouvelle fois un conte avec Raiponce, Disney, persuadé d’avoir perdu un gros pourcentage du public masculin avec cette histoire de princesse, décide cette fois-ci d’attirer plus de garçons en investissant l’univers geek : Les Mondes de Ralph met en scène… Ralph, donc, qui se trouve être le méchant d’un jeu vidéo ressemblant étrangement au Donkey Kong de la Game & Watch. Inlassablement, il répète le même schéma à chaque nouveau joueur de la salle d’arcade dans laquelle se trouve sa borne : son rôle consiste à casser les murs d’un immeuble en grognant tandis que le héros Félix répare ses dégâts grâce à son marteau magique. Le géant finit toujours par être vaincu et balancé dans la boue par les habitants qui portent Félix en triomphe.

Mais arrive un jour où Ralph en a marre d’être le méchant et de recevoir si peu de reconnaissance en retour. Il décide donc de quitter son jeu et d’aller voir ailleurs, dans les autres bornes. Après avoir traversé Hero’s Duty, un FPS futuriste façon Halo, il se retrouve dans une version rose bonbon de Mario Kart appelée Sugar Rush. Il y rencontrera Vaneloppe, une petite fille victime d’un beug du jeu et ne pouvant donc participer à la course. En sa compagnie, il se lancera dans une aventure fantastique pour la réhabiliter. Mais son passage de jeu en jeu a provoqué un désastre qui ne tardera pas à le rattraper.

Le film part donc d’un concept génial pour tous les geeks du monde, et de ce point de vue, les fans de Nintendo et autres seront gâtés. Néanmoins, si l’on sent que les instigateurs du projet connaissent et aiment réellement l’univers qu’ils traitent, on pourra regretter qu’ils ne soient pas allés plus loin encore dans le délire geek. En effet, le récit aurait certainement gagné en diversité en voyageant dans un ou deux jeux de plus. Au final, « les mondes » du titre ne sont qu’au nombre trois, parmi lesquels le jeu de base de Ralph, assez simple mais réussi, et l’univers futuriste de Hero’s Duty, visuellement bluffant de par ses décors sombres et ses explosions lumineuses (avec l’effet de relief, ça pète !). Quant à Sugar Rush, il a beau être sublime, on y reste tout de même un poil trop longtemps (toute la seconde partie) et les sucreries finissent par écœurer.

En réalité, le vrai problème est tout relatif, puisqu’il se trouve être que Disney nous offre de très bonnes choses et que, du coup, on en attend toujours plus. Ainsi, les trois univers visités sont si beaux et réussis dans leur parodie de jeux célèbres qu’on aimerait en voir d’autres. De même, les références à certains codes du jeu vidéo sont parfois si drôles et inventives qu’on aurait souhaité en avoir plus. A ce propos, Les Mondes de Ralph est en réalité plus efficace lorsqu’il détourne des éléments connus que dans ses références directes : l’idée géniale de baser les mouvements de certains personnages sur les déplacements de pixel vaut bien tous les clins d’œil, assez faciles, à Sonic ou à Mario.

Et pour ceux qui ne sont pas branchés consoles, en plus du gamer, le film parlera plus généralement à tous les grands gamins, puisqu’il est parsemé de petits hommages au monde de l’enfance assez réjouissants, dont un gag qui ne pourra que faire s’esclaffer quiconque a tenté l’expérience crétine de mélanger Mentos et Coca.

A travers la belle histoire qu’il raconte, les personnages attachants qu’il donne à voir et les sentiments sincères qu’il suscite, le long-métrage respire la Lasseter’s touch, mais là encore, au risque de me répéter, on en aurait voulu plus. Car force est de constater que cette production Disney fait tout pour être un Pixar, de l’univers qu’il investit à son récit (il est même précédé d’un court-métrage, tout pareil que le studio à la lampe !), mais n’y parvient pas tout à fait, la faute à un scénario manquant de rythme par instant et un concept qui aurait mérité d’être poussé encore plus loin.

En somme, si le projet avait directement été confié à l’équipe de Toy Story, on aurait certainement eu droit à un pur chef-d’œuvre porte-étendard de la culture geek. Au lieu de cela, Les Mondes de Ralph apparaît comme un ersatz de Pixar. Pourtant, il faut avouer que le nouvel opus de Disney, s’il n’est pas un chef-d’œuvre, reste un très bon film.

Même en faisant la fine bouche comme votre serviteur, on ne peut mettre de côté l’animation grandiose, les idées visuelles à tomber par terre, l’humour réjouissant et les moments de bravoures impressionnants.

S’il ne parvient pas à toucher la lune, Disney atteint au moins les étoiles, et ça, c’est déjà pas mal.

Still quiet here.sas