Vérino « Le Stand-up, c’est comme la drague »

De son vrai nom Olivier Balestriero, Vérino fait partie de cette nouvelle génération de comiques français assurant sur divers supports le bon développement de l’humour d’aujourd’hui.

Vérino en président de la République © Céline Brichet

Durant l’année 2007, passé l’étape du cours Florent, il roule sa bosse dans plusieurs petits festivals, ramassant au passage de nombreux prix.
Depuis 2009, après avoir joué son premier
One man show dans une série de cafés-théâtres, avant de s’installer au Théâtre de Dix-Heures à Paris, il multiplie les premières parties d’artistes reconnus tels que Franck Dubosc, Patrick Timsit ou encore Titoff.
En 2011, il est véritablement révélé par son passage dans l’émission de Laurent Ruquier
On ne demande qu’à en rire. Eliminé au bout de deux sketches durant la saison 1, il retente sa chance lors de la saison 2 et, trouvant progressivement un compromis entre les attentes du jury et ses propres envies, il creuse son trou et est aujourd’hui un pensionnaire établi (35 passages).
Vérino participe également à deux épisodes de la série
Bref de Canal +, mais reste avant tout centré sur la scène. Faisant maintenant partie de l’équipe de jeunes talents produits par Juste pour rire, l’humoriste a déjà un agenda bien rempli pour 2013 : outre des représentations prévues à Paris, Lyon ou Saint-Raphaël, son gros projet de l’année prochaine reste, pour le dimanche 13 janvier, le pari osé de remplir l’Olympia sans aucune publicité.
Il sera par chez nous jusqu’à mi-décembre, passant par le Montreux Comedy Festival, auquel il est habitué, entre deux dates à Genève.
Il était ce week-end au Lido de Lausanne pour trois représentations à guichets fermés.
L’auditoire a pu assister à la soirée de vendredi et, quelques heures avant son passage sur scène, Vérino nous a fait le plaisir de répondre à nos questions avec une gentillesse non feinte et une bonne humeur communicative.

Rencontre étonnante avec un humoriste aussi sympathique qu’atypique.
Propos recueillis par Thibaud Ducret et Céline Brichet

L’auditoire : Journal étudiant, donc passage obligé par la question sur les études : tu as fait un DEUG de sport, puis le cours Florent. Pourtant, tu savais depuis toujours que tu voulais être humoriste. Il y aurait eu une école pour ça ?

Vérino : J’ai aussi fait une fac de pharma avant, avec toujours l’objectif de pouvoir bosser à mi-temps pour pouvoir écrire des blagues à côté et quand même gagner ma vie. Ensuite, j’ai fait sport parce que je me suis dit qu’un prof, de toute façon, ça bosse déjà à mi-temps, donc j’aurai le reste pour être humoriste.

Il y avait une école qui existait à Montreal, mais à l’époque, partir au Canada ça ne me bottait pas spécialement, c’était trop loin. Et en France il n’y avait pas encore de dispositif comme celui-là. Il y avait juste le cours Florent et encore, on rigolait quand je disais que je voulais faire des blagues. C’est vraiment du théâtre classique. Pour eux, tu joues dans les téléfilms M6 quand tu fais de l’humour. Donc je me suis fait tacler pendant quelques temps mais j’ai arrêté assez vite parce que je me suis rendu compte que dans tous ceux qui se moquaient de la démarche de vouloir faire des vannes, il y avait 90% de gros branleurs. Qu’ils fassent ce qu’ils veulent, mais qu’ils le fassent au moins ! Mais ça m’a permis de réaliser que j’avais vraiment besoin de travailler par moi-même, d’écrire, et au final c’est plus la formation que je me suis fait tout seul sur scène, à jouer quotidiennement, qui m’a fait progresser. Faire rire, ou non, parce qu’au début tu ne sais jamais si ça va marcher. Par essais-erreurs j’ai fini par m’apprendre moi-même ce que c’est que l’humour.

Mais aujourd’hui il y a un grand nombre d’écoles qui ont vu le jour en France. Des écoles, mais aussi pleins de petites salles de spectacle dans lesquelles on organise des cours de théâtre ou de mise en scène. Mais ça s’est développé parce qu’il y a beaucoup plus de gens qui veulent faire de l’humour. Il y a une grande demande qui permet à l’enseignement d’exister. Il y a dix ans, quand j’ai commencé, on était déjà très nombreux mais pas suffisamment pour qu’une école de théâtre puisse vivre uniquement par cours de One Man.

Elle était longue ma phrase, non ? Je suis le mec le plus bavard de l’univers, désolé.

Tu as eu un parcours très varié : émission de télé, série, scène. Quels sont les avantages et inconvénients de chacun, et qu’est-ce qui te plaît le plus ?

Clairement, je suis monté à Paris pour faire de l’humour. Ce qui m’anime, c’est ce que vous allez voir ce soir; moi, tout seul, à parler. Pas forcément par égo d’ailleurs, mais parce que j’adore avoir cette liberté d’expression. Et j’adore entendre les gens rire, c’est un truc de fou. Il n’y a rien qui me fasse plus plaisir au monde que ce moment-là et je ne pourrais faire que ça.

J’ai eu beaucoup de plaisir à participer à la série Bref, je pense que c’est à ça que tu fais référence, déjà parce que c’est des potes qui l’ont écrite et que je la trouve vraiment géniale. J’étais donc ravi d’avoir un rôle dedans, mais le format télé n’est pas forcément quelque chose qui m’intéresse. C’est ce projet en particulier qui me parlait.

Aujourd’hui, il y a quelques directeurs de castings qui commencent à se renseigner un peu sur ce que je fais. J’adorerais participer à ces projets, mais c’est vraiment pour la scène que je fais ce métier.

Concernant précisément On ne demande qu’à en rire : qu’est-ce que l’émission t’a apporté? Mise à part l’évidente médiatisation, a-t-elle changé ta façon de travailler ? Avant tu étais surtout spécialisé dans le Stand-up, mais tu as commencé à développer des sketches à personnages. Maintenant tu alternes volontiers les deux…

Oui c’est vrai. Moi mon truc c’est vraiment le Stand-up. Mais dans cette émission c’est très difficile de toucher par ce biais-là. Les membres du jury ne connaissent pas bien le genre, n’y adhèrent pas forcément et ne se rendent pas compte à quel point c’est difficile. Si tu fais un Stand-up génial tu auras peut-être un 17, mais ça sera comme un 20 avec un autre style. J’ai essayé de défendre ce genre et de révolutionner un peu les choses quand je suis arrivé, mais ça n’a pas vraiment marché. Et c’est partout pareil, si t’es tout seul à faire ta révolution, tu pourras faire ce que tu veux, mais tu le feras tout seul dans la rue.

Ensuite, le fait de faire des personnages, c’est aussi une facilité, une façon de se cacher. Parce qu’avec un sketch, si tu as quelque chose qui ne passe pas, c’est pas grave, l’histoire continue. Dans le Stand-up, tu es tout nu. Quand une blague ne fait pas rire, tout le monde s’en rend compte.

C’est comme quand t’es dans un restau et que tu vois dans la salle une fille qui te plaît. Si tu restes à ta table en te donnant des airs de mec respectable, elle peut te trouver séduisant, mais ça n’ira pas plus loin. En même temps, si tu quittes ton personnage posé pour venir dans sa direction, tu prends le risque, en allant trop vite, d’afficher clairement tes intentions et que la fille se dise « Mais il va me sauter dessus ! ». Moi j’ai pas juste envie de rester à regarder, j’ai envie de faire l’amour. Le Stand-up, c’est donc une façon d’atteindre directement le public, mais ça implique une réelle mise en danger.

Le nom « Vérino », c’est parce que ton nom est difficile à retenir. Au-delà de ça, c’est une manière de distinguer Olivier de celui que tu es sur scène ?

Bien sûr. Vérino, c’est un peu mon clown. Dans la vie je suis quelqu’un qui rigole mais ce personnage me permet de décupler ça. Au quotidien, je suis toujours en train de faire attention aux situations que je pourrais reprendre dans mon spectacle, mais c’est par le personnage de Vérino que je les fais passer sur scène.

Je peux te donner un exemple. Dans mon spectacle il y a toujours une part d’improvisation. Et hier, en venant en Suisse, j’ai raté mon train. J’étais sûr qu’il était à 12h47 et en arrivant à la gare, j’ai vu qu’il était en fait à 11h53. Ce qu’il faut préciser c’est que je venais avec ma femme et mon fils, qui n’a pas encore deux ans. Prendre le train c’est donc un peu le déménagement, avec quatre valises, la poussette, le petit. Dans les yeux de ma femme je voyais déjà le regard « mais qu’est-ce qu’il est con celui-là », mon fils, lui commençait à avoir faim, parce que c’était l’heure de manger. Et mon personnage c’est quelqu’un de très terre à terre. Quand il voit ça, il ne se dit pas qu’il s’est trompé; il se dit que tout le reste du monde s’est trompé. « C’est écrit 11h53 sur mon billet ? Ils ont dû changer ! ».

Sur scène, en arrivant hier, j’ai donc commencé par cette histoire, en improvisation totale. Et par le biais de Vérino, ça fait rire les gens.

Et plus généralement, tous tes sketches sont inspirés de ce que tu vis, ou vois. Mais qu’est-ce que tu modifies de la réalité pour faire passer ce quotidien sur scène ?

Moi, quand je rate mon train, ce que je me dis c’est « Merde ». Mais sur scène, « Merde », c’est pas très drôle. Et pas assez long. Je repère donc dans cette scène les moments qui ont un potentiel pour les retranscrire dans le sketch.

Là, c’est un peu spécial parce que je n’ai pas encore envie de parler de ma famille sur scène. Tout le spectacle tourne autour du fait que je ne suis pas marié, je parle sans arrêt de « ma copine ». Si je commence par parler au public de ma femme et de mon fils, ça n’est pas cohérent pour la suite. Mais dans le prochain spectacle peut-être… Que je suis en train d’écrire d’ailleurs !

Tu parles du spectacle d’hier, tu étais donc déjà sur la scène du Lido. Comment s’est passé le spectacle et la rencontre avec le public lausannois ? Pas de langue de bois !

En réalité on ne peut pas vraiment parler de « rencontre ». Je suis déjà venu plusieurs fois en Suisse, notamment au Lido mais aussi à Montreux, au Comedy Festival. Et c’est toujours génial. Le public suisse est toujours super accueillant, un peu comme le public belge d’ailleurs, et je passe toujours de super moments.

On ne peut pas parler d’un public français, il y en a autant qu’il y a de régions, mais l’ambiance n’y est pas pareille. A Paris, les gens sont blasés parce qu’il y a 5000 spectacles par soir, que les places sont chères et que s’ils n’ont pas d’invitation, ils ne viennent pas. En Lorraine, les gens ont peur de leur voisin et n’osent pas rire parce qu’ils ont peur de ce qu’on va penser d’eux. Dans le Sud, le public est super mais les gens veulent eux-mêmes faire rire. Tu passes donc la moitié du spectacle à parler avec des mecs de la salle qui ont envie de dire quelque chose, sans être forcément toujours drôle, mais ça fait partie du truc. Tout ça pour dire que le public suisse est vraiment super à chaque fois que je viens. Parfois un peu mou quand c’est des salles de vieux, mais c’est pas souvent le cas. C’est majoritairement des jeunes qui me connaissent.

Le Lido est aussi une relativement petite salle par rapport à d’autres dates de ta tournée. Cette proximité avec le public change-t-elle quelque chose dans ta façon d’être sur scène ?

La taille et la disposition de la salle changent énormément la façon de jouer. Dans une salle comme celle-là, d’environ 200 personnes, tu dois vraiment jouer pour tout le monde. En France les salles sont organisées de telle façon que les gens sont très proches, en ligne, et si tu fais rire une personne sur deux, tu as donc l’impression de faire un tabac. Ici, si quelqu’un ne rit pas, à côté de lui il y a un trou, ensuite un fauteuil, et ça fait vite toute une partie de la salle qui ne rit pas.

La proximité change aussi beaucoup. Hier, il y a un mec qui a pété son verre, une dame qui répondait à tout ce que je disais, un autre qui a eu son téléphone qui sonnait, et ce genre de choses donne des situations très drôles à exploiter. En général il y a une dizaine de minutes d’impro dans mes spectacles, mais quand la salle répond, c’est génial et ça peut durer plus. Hier, on a fait 25 minutes comme ça !

Tu as un projet un peu fou en cours : remplir l’Olympia en 50 jours et sans aucune com avec un prix de billets extrêmement bas. Qu’est-ce qui t’a donné cette idée ?

Je suis en train d’écrire mon nouveau spectacle et avant de démarrer ce nouveau projet, je voulais terminer cette tournée par quelque chose de spécial. Je trouvais dommage d’arrêter cette histoire sur une date dans une salle de province. Avant de passer à autre chose, je voulais revenir à Paris, mais pas dans une salle où j’avais déjà joué qui serait passée un peu inaperçue, je voulais quelque chose qui marque le coup. A la base, je voulais le faire à la Cigale, qui est une salle de 900 places. Je pensais être capable de remplir ça. J’en ai parlé à mes producteurs, mais ils n’étaient pas très emballés. Je voyais les dollars qui défilaient dans leurs yeux et qui se demandaient combien d’argent ils allaient perdre sur ce coup-là. Du coup, j’ai décidé de le faire tout seul. Mes producteurs m’ont rappelé et m’ont dit qu’ils me suivaient si je le faisais tout seul, mais qu’à ce moment-là, ils me conseillaient de viser l’Olympia. Parce qu’une Olympia, c’est une salle tellement mythique que tu as envie de te bouger encore plus pour que ça marche ; tu as cette motivation-là. Mais ça faisait aussi passer l’objectif de 900 à 2000 places.

Mon autre but dans ce projet était que la place ne soit pas chère. Tout à Paris est extrêmement cher et je voulais que mon spectacle reste abordable. J’ai donc tout mis sur la table et réduit les coûts au maximum. J’ai calculé que si je ne me payais pas, si je prenais des ingés qui le faisaient gratuitement, un responsable de salle qu’on paye si on a l’argent, etc., on pouvait réduire les coûts à la location de la salle et du matériel nécessaire. C’est aussi pour ça que j’ai voulu réduire la promo, parce que mine de rien ça coûte un bras de mettre ma tête partout dans le métro. Et je ne fais pas d’invitations. Hier, j’ai encore appelé Laurent Ruquier, je lui ai dit que ça me ferait très plaisir qu’il vienne mais qu’il devrait payer sa place. Et il va le faire.

Avec tout ça j’ai réussi à réduire le coût au maximum. Ça faisait un peu plus que 20 Euros, mais je trouvais important que ça reste en dessous de ce prix-là, j’ai donc réduit encore un peu. Mais du coup j’ai aussi une énorme pression parce que si ça ne marche pas, les 40’000 francs sont pour ma poche.

Il y a plusieurs années tu disais déjà avoir pour but ultime l’Olympia. Qu’est-ce qui te fait sauter le pas aujourd’hui ?

Aujourd’hui je pensais que j’étais capable de le faire. J’avais cette envie de marquer le coup de la fin de la tournée et je pense qu’il faut essayer de toujours être à la hauteur de sa notoriété. Quand je suis arrivé pour la première fois à Paris, mon objectif c’était de faire de l’humour. Et quand je suis descendu du train, tout seul, sans connaître personne, ça ne me paraissait vraiment pas facile. Ensuite mon objectif a été d’essayer de vivre avec ça et aujourd’hui j’ai la chance de pouvoir le faire. Je ne suis pas immensément riche, mais j’ai la chance de pouvoir vivre de ma passion, et très peu de personnes en France, et même dans le monde peuvent en dire autant. Maintenant j’espère réussir à remplir cette Olympia et ça semble plutôt bien parti; on a déjà vendu 800 places en seulement six jours. La Cigale serait déjà pleine !

Et même, vous m’en parlez en Suisse alors que le projet n’a été lancé qu’il y a six jours. J’ai aussi eu des échos géniaux, des co-voiturages qui s’organisent depuis la Belgique, des gens qui se mettent à plusieurs voitures pour faire le voyage jusqu’à l’Olympia. Et c’est ça en fait ma vision de l’humour. C’est de faire rire, mais c’est surtout de partager, de s’amuser, et j’espère qu’on va vraiment s’éclater dans cette salle.

Et donc après avoir atteint ce but ultime, c’est quoi tes plans ?

Il y a toujours de nouveaux buts. Quand je pourrai dire que j’ai rempli l’Olympia, je voudrai la remplir plus vite, et remplir une plus grande salle. Quoi que je ne sois pas sûr de vouloir faire plus grand. J’ai déjà eu l’occasion de jouer dans des grandes salles comme ça, en première partie d’autres humoristes. Ce n’est pas le même fonctionnement, c’est un rire général. Tu sais qu’il y aura un rire ici, et là, mais ce n’est pas le même contact. 2000 personnes c’est déjà beaucoup, plus je ne sais pas.

Pour revenir à ta façon de travailler, est-ce que tu écris toujours toi-même tes sketches ?

Oui. J’ai collaboré pendant un moment avec d’autres personnes avec qui je co-écrivais les textes. Ça c’est très bien passé mais finalement je préfère écrire moi-même. Déjà, j’aime avoir la fierté d’avoir tout fait, d’accompagner la première idée dans l’écriture, jusqu’à la jouer sur scène et pouvoir faire rire les gens avec. Ensuite, à l’inverse, j’aime aussi être le seul responsable des échecs. Dans On ne demande qu’à en rire par exemple, si on me dit que l’écriture est mauvaise, répondre « Ah non, mais c’est pas moi qui l’ai écrit ! », je trouve pas ça correct, parce que l’auteur en question n’est pas là, et surtout parce que c’est probablement moi qui ai mal vendu son idée.

Tu es en tournée avec un One man show. Tu as déjà pensé à travailler en groupe sur une tournée, plus que sur des projets ponctuels (Bref) ?

Même Bref n’est pas vraiment un projet d’équipe. C’est la création de Kyan et Bruno dans laquelle ils ont fait jouer des potes. J’ai adoré ce projet et l’idée d’en faire partie mais j’aime mon indépendance. Mon truc c’est vraiment le One Man, être seul sur scène.

Est-ce que tu te fixes des limites dans le choix de tes sujets ?

Là, je voudrais différencier la scène et la télé. Dans l’émission, oui je me fixe les limites d’un public familial, à 18h, sur TF1. Certaines choses ne passent pas dans ces circonstances, il y a quand même un format précis dans lequel il faut rentrer, et c’est évident que je ne vais pas commencer à me masturber sur le plateau.

Sur scène, je n’ai pas de limite. Je me surprends même à faire des choses assez crues que je n’aurais pas imaginé voir dans mes mains ou dans ma bouche. Dit comme ça d’ailleurs…. Mais c’est vraiment ça. Me voir dans une scène de sexe violent ça ne me va tellement pas que ça en devient drôle.

Tu décris ton public comme très varié (familles, jeunes, personnes plus âgées) et dis que ton spectacle peut parler à tous. Tu penses à ça en écrivant ?

Non, plus maintenant. Au début, il n’y a pas de miracle, si tu veux te faire connaître, tu dois viser large. Aujourd’hui, je fais moins attention à ça, je traite tous les sujets que je veux. Et maintenant que les gens me connaissent, ils vont peut-être venir voir mon spectacle parce qu’ils m’ont trouvé sympa la première fois et apprécier quelque chose de cru qui ne les aurait pas attirés de prime abord. J’avais fait un sketch comme ça, celui qui m’a peut-être fait connaître. C’est le sketch sur la Fnac. Tout le monde a vraiment pu s’y identifier.

En cherchant des infos, je suis tombée sur des interviews de toi par webcam, d’autres pendant lesquels tu te faisais faire un massage thaïlandais. C’est quoi le truc le plus bizarre qu’on t’a fait faire pour de la promo ?

Ça doit être le coup du massage thaïlandais en effet. C’est un pote qui organise ça dans le cadre du Campus Comedy Tour auquel je participe. C’est un projet qui rassemble plusieurs humoristes dont Kheiron qui a joué dans Bref, Shirley Souagnon qui participe également à On ne demande qu’à en rire, Charlotte Gabris et beaucoup d’autres. On a un spectacle qui tourne dans les écoles de commerce de France, et en première partie, les étudiants qui ont envie de montrer quelque chose montent sur scène et essayent de faire rire. Pour nous présenter, on a tous fait une interview décalée. Moi c’était le massage thaïlandais, Kheiron l’a fait dans une centrifugeuse, avec lui et la caméra collés au mur par la vitesse, une autre s’est faite interviewer sur un poney alors qu’elle a peur des chevaux. C’était super drôle et un très bon souvenir.

Est-ce qu’il y a un humour que tu n’aimes pas ?

L’humour qui blesse. Je déteste les gens qui rient de quelqu’un. Se moquer des gens absents, c’est toujours facile. Ils ne sont pas là pour répondre donc on peut dire n’importe quoi sur eux, de pas forcément vrai, et ça va faire rire. Mais je trouve pas ça correct. J’ai aussi un peu de peine avec le fait de s’en prendre à quelqu’un du public. Nous, on sait ce que c’est la scène, c’est notre métier. Mais faire monter un pauvre gars qui n’a rien demandé et lui faire danser la macarena pour que tout le monde se moque de lui, je trouve ça limite.

J’ai eu un sketch comme ça dans On ne demande qu’à en rire. Le thème était «Soutien à la doyenne des prostituées de Nancy ». C’était très dur parce que quand tu reçois un thème comme ça, forcément, comme tout le monde, le premier truc auquel tu penses c’est « pute », et je n’avais pas envie de tomber dans quelque chose de vulgaire ou de blessant. J’ai dû beaucoup travailler pour l’écriture de ce texte mais je suis content du résultat. Je sais que si cette personne regarde le sketch aujourd’hui, elle ne se sentira pas blessée.

Je t’ai dit que je n’avais pas de limite dans le choix de mes sujets, mais au fond c’est ça la barrière que je me fixe; ne pas blesser les gens.

Still quiet here.sas