L’ailleurs s’invite à Lausanne

Après sept jours de projection, le festival Films d’autres parts a donné ce soir sa soirée de clôture. Au programme : deux films, des danses et de la musique équatoriennes. A cette occasion, un véritable microclimat s’est créé le temps d’une soirée en plein centre de la capitale vaudoise…

Le cinéma Bellevaux vu du dehors

Le cinéma Bellevaux en lui-même possède le charme d’une autre époque. Vitrine encombrée d’affiches, petite porte style vieux bistrot, fronton art déco pour ce qui est de l’extérieur ; carrelage, petits tabourets et large bar en guise de caisse pour l’intérieur. A peine entré, on a envie de devenir un habitué du lieu, de ce cinéma de quartier, « dernier des Mohicans » de la ville.

Mais ce soir, la surprise dépasse la simple arrivée dans cet univers aujourd’hui si rare. Pour la clôture du festival Films d’autres parts, le Grupo Huayra a été invité entre les murs du Bellevaux, et dès que la porte de la salle de projection est poussée c’est une tout autre ambiance qui accueille le spectateur. Bien que le lieu lui-même, récemment rénové, soit plutôt classique, la Suisse semble ne transparaître ici que dans le décor. Devant l’écran – car on ne peut vraisemblablement pas parler de scène – quatre hommes en costume traditionnel brandissent guitare, ukulélé, flûte de pan, tambour et autres maracas, pour le plus grand plaisir d’un public on ne peut plus éveillé.

Un groupe assez peu éclairé; un décor qui correspond très peu à l’ambiance insaisissable par photographie…

S’il est rare d’assister à un concert dans une salle de cinéma, ça l’est encore plus de voir une telle ambiance alors que l’on distingue à peine les musiciens, qui ne sont pas éclairés, et que le public est assis. Assis peut-être, mais pas inactif. Car en plus de taper des mains en rythme – ce qui est extrêmement peu courant, sans compter que la musique est plutôt complexe rythmiquement – les quelques cinquante personnes présentes chantent même de temps en temps les paroles. Une fois imprégné de la soirée, cela ne surprend plus vraiment : ici, tout le monde parle espagnol, tous ont l’air de se connaître, se font des signes de la main, certains arrivant au milieu du concert. L’atmosphère est intime, familiale. Les gens parlent, s’appellent, chantent et s’agitent sur les fauteuils rouges. Ceux-ci bougent exceptionnellement au rythme de la musique ; ça ne doit pas leur arriver tous les jours. Le concert s’achève vite, sur ce qui sera le plus grand succès de la soirée : Amigo. L’occasion pour tout le monde de reprendre en chœur : canta amigo de la tristeza soy !

Il y a quelque chose d’étrange dans le fait de voir en une semaine autant de pays lointains rassemblés dans un espace aussi restreint. Comme si l’infiniment grand s’invitait dans l’infiniment petit. Et ça marche ! En effet, le bilan du festival semble plutôt bon cette année : « ça a été la meilleure édition ! » se réjouit Serge Authier, codirecteur du cinéma avec Konrad Waldvogel. « Le premier soir était complet. C’est sûrement dû au fait que beaucoup de films étaient présentés en première suisse. Filmar a aussi de plus en plus de succès à Genève. »

C’est finalement en poussant la porte pour sortir que le dépaysement se fait ressentir : la pluie sur le goudron lausannois, le dépôt de la Borde et la pizzeria de Bellevaux ramènent les pieds sur terre. Devant l’entrée, un groupe de Colombiens fume et me salue en français.

Still quiet here.sas