Films d’autres parts – Alive

Hier soir, le festival Films d’autres parts accueillait, pour la première fois lors de cette édition, une création albanaise. Retour sur un film fort en émotion et en tension.

Fidèle à sa tradition, le cinéma Bellevaux offrait une petite introduction avant la projection, où le public a pu apprendre que les productions albanaises étaient plutôt rares dans le domaine du cinéma. Alive, un film d’Artan Minarolli produit en 2009, fait donc partie des quelques films annuels en provenance du pays.

L’histoire s’ouvre avec l’épisode banal de la vie d’un étudiant lambda : moto, copine, basket entre potes, soirée en boîte. Koli, jeune héros de l’histoire, apprend cependant très vite le décès de son père et retourne ainsi dans sa campagne natale à l’occasion des funérailles. Le choc est brutal : l’œil occidental qui regardait jusqu’ici sans grande surprise les rues de Tirana remplies d’ambiances familières se heurte subitement à un dépaysement abrupte. Nous plongeons dans un tout autre univers à travers l’enterrement du père de Koli : chants traditionnels, ambiance familiale d’un autre âge, petites maisons misérables et montagnes claustrophobiques. Très vite, le lieu devient réellement oppressant lorsque Koli découvre, après avoir passé une nuit caché derrière un rocher pour fuir les tirs d’un inconnu, qu’on cherche à le tuer. Il s’agit d’une histoire ancestrale de vendetta, remontant, comme lui explique sa famille, au temps des Ottomans. Le sang doit être lavé par le sang : une devise datant d’un autre temps, mais toujours d’actualité dans ce monde resté à part. Beaucoup s’échineront à demander le pardon sans succès. Contraint de se cacher, Koli décide finalement, contre le conseil de tous, de revenir à Tirana pour terminer ses études. Retrouvé par ses ennemis, il devra finalement fuir le pays.

Le seul endroit où Koli peut trouver du réseau pour son téléphone… ou comment ajouter au dépaysement ambiant

L’œuvre, basée sur une histoire vraie, comporte une dimension très forte pour le public européen ; celle de mêler univers connu et dépaysement total. Rien de plus efficace pour ajouter au réalisme du scénario et emporter le spectateur dans l’univers du héros. Cette histoire révélant un monde inconnu nous semble juste.

Le film renferme une multitude d’anecdotes parfois superflues, comme la découverte du soi-disant « neveu » des assassins de Koli qui se trouve être une nièce, ou une aventure sans lendemain et sans grand intérêt avec la « dame de la piscine », une femme visiblement riche et dont on ignorera l’état civil réel jusqu’à la fin. Cependant, d’autres détails viennent enrichir le film, comme les anecdotes racontées par les passagers clandestins du bateau fuyant le pays en compagnie de Koli (« - Et vous, pourquoi partez-vous ?  – On emmène le petit à Disneyland… pour qu’il puisse voir Mickey ») et les relations se tissant petit à petit entre le héros et ses protecteurs. Autant d’éléments qui participent au tout et en font une véritable fresque, dépeignant un monde méconnu, à la fois source de malaise et d’attirance.

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