Films d’Autres Parts – El Artista

Ce vendredi 24 novembre, Films D’autres Parts nous a emmenés en Argentine à travers un film ironisant sur l’art contemporain.

Vendredi soir, devant un public plus nombreux et diversifié que la veille, était projeté le film argentin El Artista des cinéastes Mariano Cohn et Gaston Duprat. Le spectateur y fait la connaissance de l’infirmier d’un hôpital psychiatrique, Jorge Ramirez. Un jour, celui-ci décide de montrer des dessins à une galerie d’art contemporain, qui se révèle enthousiasmée et décide de l’exposer. Le succès de Ramirez va grandissant, ses œuvres le rendant de plus en plus célèbre. Le hic : ces dessins ne sont pas les siens, mais ceux d’un de ses patients.

Ce film nous plonge donc dans l’univers de l’art contemporain, tout en gardant une distance ironique. Les membres de ce petit monde, tels que les galeristes et les historiens de l’art, ne peuvent être pris au sérieux puisqu’ils se font berner en prenant Jorge Ramirez pour un artiste des plus novateurs. Un professeur d’université ne réalise ainsi pas à quel point il est proche de la vérité, lorsqu’il affirme que Ramirez est inspiré de l’art brut, qui regroupe des créations de fous. Cette ironie par rapport au statut de l’art contemporain permet des moments délicieux de drôlerie.

Pourtant, ces œuvres, qui sont le centre du film, nous ne les verrons jamais. A chaque fois que quelqu’un les observe, il regarde directement la caméra, sans qu’on ait ensuite de contre-champ. Cette posture très frappante nous interroge : veut-on nous signifier que ces œuvres, donnant lieu à une supercherie, ne sont finalement que vide ? Et pourquoi ces regards-caméra ? Si ces questions restent en suspens, elles nous amènent à un point faible du scénario : la distance qui est créée entre le film et le spectateur. Il est évident que les deux réalisateurs font des recherches esthétiques : des cadrages ne nous font voir que la moitié d’un visage, des personnages sont laissés dans l’ombre, des plans sans grande action sont étirés en longueur…  Le problème de ces « expérimentations » est que celles-ci sont purement gratuites, sans signification particulière. Cet académisme donne alors une froideur au film qui, à certains moments, nous met à distance et – il faut le dire – nous plonge dans l’ennui. Cela est bien dommage pour une œuvre au sujet si intéressant. On voit à certaines scènes brillantes, au ton enlevé, que celle-ci aurait pu prendre une direction beaucoup moins sobre et rigoriste.

Still quiet here.sas