Films d’Autres Parts – A Propos d’Elly

Retour sur le deuxième soir du Festival Films d’Autres Parts au Cinéma Bellevaux, avec la projection d’A Propos d’Elly de l’Iranien Asghar Farhadi.

Jeudi à 18h45, était présenté le seul film iranien du festival, A Propos d’Elly, le reste de la programmation étant largement dédiée au cinéma sud-américain. Son réalisateur, Asghar Farhadi, acclamé l’année passée pour Une Séparation, est considéré comme faisant partie de la Nouvelle Vague iranienne aux côtés d’Abbas Kiarostami. Ce renouveau du cinéma iranien fait écho au néo-réalisme italien puisque les cinéastes s’intéressent au plus près à la vie des gens et donnent une réalité quasi-documentaire à ce qu’ils filment. Pourtant, réduire A Propos d’Elly à une simple « documentarité » serait beaucoup trop réducteur.

Le film raconte le départ en vacances d’un groupe de jeunes adultes faisant partie de la bourgeoisie de Téhéran. L’une d’entre eux, Sepideh, a décidé d’inviter l’institutrice de sa fille, Elly, pour la présenter au seul célibataire – divorcé – de la bande. Cette « nouvelle venue », par sa timidité, contraste avec les autres qui semblent insouciants, moqueurs, bref, ne semblent jamais avoir été confrontés à quelque difficulté dans leurs vies. Cette insouciance va pourtant prendre fin avec la présumée noyade d’Elly.

Tout le film tient dans le mot « présumé ». Car si tout porte à croire qu’Elly s’est noyée en cherchant à sauver le fils d’un couple de la bande, le doute s’insinue peu à peu. En cause, le mystère entourant la noyée dont on ne connait même pas le prénom, mais uniquement le diminutif. Ne serait-elle finalement pas partie sans que personne ne la remarque ? S’ils sont, dans un premier temps, ébranlés par l’annonce du drame, les protagonistes vont ensuite chercher la moindre brèche dans le récit de la noyade pour se convaincre qu’Elly n’est pas morte. Ce « déni » est en fait un moyen de ne pas se culpabiliser, à l’instar de la femme qui écoutait son iPod alors qu’elle était censée surveiller les enfants. Le spectateur lui-même finit par  ne plus savoir à quoi s’en tenir, à cause, tout d’abord, de l’ellipse saisissante au moment-clé du film. Ensuite, Asghar Farhadi joue avec les savoirs des personnages et avec celui du spectateur : des révélations de certains protagonistes remettent en question tout ce qu’on savait jusqu’à présent, ou dévoilent un peu plus la personnalité d’Elly tandis que notre statut de spectateur nous permet de comprendre certains événements incompris par les personnages. Ce qui a pour conséquence de faire encore augmenter la tension puisqu’on assiste à un véritable crescendo des révélations.

La disparition d’Elly sert à révéler la fragilité des liens unissant les amis et les couples. On découvre l’hypocrisie de certains, et la violence des autres. En cela, Farhadi fait une véritable analyse de la société bourgeoise, enfermée dans une bulle. Et quand celle-ci explose, plus aucun repère n’est possible et chacun essaie de recréer cette sphère protectrice pour ne pas avoir à affronter la réalité.

Still quiet here.sas