Rencontre avec David Lalande

L’auditoire rend hommage au Bleu Lézard, qui a fêté ses 20 ans ce mois d’octobre. Pour l’occasion, nous avons partagé un café et quelques mots avec le programmateur des lieux. Rencontre.

David Lalande (Dr.)

Qui se cache derrière le programmateur du Bleu Lézard ?

David Lalande, directeur et programmateur de la Cave du Bleu depuis maintenant trois ans. J’y suis arrivé par un mandat d’indépendant, via mon agence de presse, de communication et d’event. En parallèle à cela, je suis également depuis une quinzaine d’années journaliste cinéma, musique et culture.

Qu’est-ce qui, selon toi, fait du Bleu Lézard et de sa Cave un lieu incontournable de la vie lausannoise ?

Son âge, le fait d’avoir 20 ans, qui en fait un des lieux les plus vieux de Lausanne. Plusieurs générations s’y sont succédé, soit pour y voir un concert, soit pour y faire la fête. C’est un endroit assez mythique, entre autres pour les fêtards et pour les étudiants. A l’époque de son ouverture, il  avait beaucoup moins d’offres pour sortir. Lausanne n’était pas encore la capitale de la nuit que nous connaissons aujourd’hui !

Quelles sont les particularités de la Cave ?

Sa taille, son côté néoindustriel, avec ses vieilles colonnes, ses murs en pierre, bref, un petit lieu empreint d’une grande magie. Ce côté chaleureux qui permet des échanges assez particuliers entre les artistes et le public, ce face-à-face que l’on trouve dans les grandes salles et les festivals, et qui, dans ce contexte, offre un souvenir autre au public.

En parlant de souvenirs, quels en sont les meilleurs que tu gardes?

J’en ai autant qu’il y a de concerts, chacun ayant sa particularité ! Certaine soirées sortent bien évidemment du lot, avec ce truc en plus qui s’y passe. Je garde un bon souvenir d’un concert avec le chanteur américain Vandaveer. Il est venu deux fois en concert à la Cave durant ces trois dernières années, et les deux fois, c’était complet ! Le plus incroyable, c’est que pour le premier concert, il n’y avait ni promotion, ni maison de disque derrière, ni actualité en Suisse. Nous avons publié une de ses chansons sur la page Facebook du Bleu et nous en avons beaucoup parlé autour de nous. Le bouche à oreille faisant le reste, coup de buzz ! Pour le deuxième concert, je pense que 50% des gens ont dû entendre qu’il revenait et se sont dépêchés d’acheter une entrée.

Comment définirais-tu le public du Bleu ?

Le Bleu, c’est avant tout un public curieux. Pendant longtemps, la pseudo culture rock alternative de Lausanne s’est retrouvée parquée à différents endroits, qui au passage ont aussi une très bonne programmation. C’est une ville assez segmentaire, donc les gens fonctionnent beaucoup sur le principe de la niche, restant parqués dans ces endroits, en imaginant à tord, qu’il n’y avait rien ailleurs. C’est peut être ça la nouveauté, notre public est un peu plus ouvert et s’intéresse plus à ce qui y passe plutôt qu’au lieu.

Le Bleu, en une phrase ?

La plus grande petite salle de concert de Lausanne.

Entre le Bleu Lézard et la Cave du Bleu, tout un monde. Comment décrirais-tu la différence entre les deux ?

Le premier on y va pour bien manger [rire],  le deuxième, on y descend pour y faire tout sauf manger : boire un verre, danser ou écouter une programmation.

En parlant nourriture, le menu du Bleu est alléchant. Quel est ton plat préféré ?

La salade du Bleu lézard, un des grands classiques de notre cuisine.

Qu’est-ce qui fait la magie de la Cave, sa diversité ?

La richesse de ce qu’elle apporte tant au niveau de sa programmation que de sa situation en plein centre de Lausanne. Sans aller loin de chez soi, on peut trouver une salle où il y a du théâtre ; de la comédie ; des soirées interactives type blind-test et surtout une foule de concerts à des prix ridiculement bas, ce qui fait que, même si nous ne connaissons pas l’artiste, nous pouvons faire confiance à la salle et à sa programmation ; un petit risque qui peut mener à une grande découverte ; des soirées DJ le week-end, où l’on peut faire la fête jusqu’au petit matin en écoutant de la musique allstyle. Et dont il est bon de préciser que la plupart sont gratuites, comme nos soirées résidents ! Nous veillons ainsi à conserver des prix sympas, aussi bien sur les entrées que sur les boissons. Tous ces éléments rendent l’endroit accessible, tant pour un étudiant que pour un trentenaire.

En tant que programmateur, peux-tu nous dire la position prise par le Bleu ? Sa philosophie ?

Nous nous efforçons de trouver un équilibre entre la scène locale, les valeurs montantes suisses et les coups de cœurs internationaux. Ces dernières années, nous avons senti venir le bond de la scène pop-rock helvète, en accueillant des groupes comme Stevans et The Jamborines, The Rambling Wheels, des groupes locaux plus connus, comme 77 Bombay Street, Pegasus ou encore Bastian Baker. L’affiche au niveau international n’est pas des moindres non plus, avec des concerts de grosses pointures : Anna Calvi, Selah Sue, The Amplifetes, Sophie Hunger, The Black Box Revelation, Mark Kelly, My Heart Belongs to Cecilia Winter (CH), Boy, Agnes Obel, Lisa Hannigan et bien plus encore. En moyenne, 80% de notre programmation, tu la retrouves sur Couleur 3 (ou d’autres radios pointues) ; sur les affiches des festivals, comme le Paléo ou le Montreux Jazz ; ou encore sur le plateau de Taratata dans les prochains mois. D’ailleurs, les programmateurs de festivals viennent faire leur shopping régulièrement à la Cave, ce qui est plutôt bon signe.

Comment décrirais-tu l’état d’esprit qui habite les lieux ? L’ambiance au sein du staff ?

A la Cave, l’ambiance est assez familiale. Nous fonctionnons en équipe, et nous avons tissés des liens forts. Le plaisir de bosser ensemble et celui de développer un contact avec la clientèle. Nous essayons d’avoir ce côté humain chaleureux. L’idée n’est pas d’être sélectif mais cordial.

Des petits secrets qui hantent les lieux ?

Je serai une tombe, je ne dirai rien…[Rire]

De quoi alimenter le mythe ! Des petites anecdotes ?

Les artistes sont souvent surpris par la taille quand ils arrivent, et ce qui est drôle, c’est qu’après, ils n’arrivent plus à en repartir, tellement ils s’y sentent bien. Nous avons souvent des invités qui partent très tôt le matin, au détour d’une conversation avec un client, le temps de partager un verre, signer un autographe, se faire prendre en photo. Le fait aussi qu’il n’y a pas de service d’ordre entre la scène et le public. Notre clientèle est très respectueuse et nous tenons à préserver cette proximité avec l’artiste, toutes ces choses que nous ne trouverons pas forcément dans d’autres salles.

Si tu devais offrir un cadeau pour les 20 ans du Bleu ?

Tout plein de surprises avec la programmation, partagée avec passion avec notre clientèle. Nous invitons les étudiants – qui ont souvent peu de moyen, qui travaillent beaucoup et donc qui ont besoin de distraction, de se détendre – à passer donc nous voir régulièrement. Pas seulement pour boire des verres entre amis le week-end, mais aussi venir concerts, qui sont à prix doux.

Un petit mot pour le futur ?

On se donne rendez-vous dans 20 ans.

Quelques mots pour nos lecteurs ?

Nous nous réjouissons d’accueillir les étudiants de Lausanne et aussi d’ailleurs. Historiquement, la Cave a toujours été un endroit très fréquenté par les différentes générations estudiantines de Lausanne. Vous êtes toujours les bienvenus pour faire la fête. Le Lézard vous tend les bras, enfin les pattes ! [Rire]

 

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