Movèzecomédix

Astérix et Obélix : Au Service de sa Majesté

De Laurent Tirard | Comédie
Avec Edouard Baer, Gérard Depardieu, Fabrice Luchini
Sortie : 17 octobre 2012

Du 9e au 7e art, il n’y a qu’un pas, que le cinéma franchit de plus en plus allègrement, nous offrant des adaptations allant de la franche réussite à la pire catastrophe. Au cours de ses trois premiers films, la franchise Astérix a réuni les deux cas de figure. Après un premier épisode pas désagréable en soi mais assez plat, Alain Chabat, en instillant avec brio l’humour des Nuls dans l’univers d’Uderzo et Goscinny, nous offrait une excellente comédie aux dialogues géniaux et à la rythmique parfaite, et réussissait même l’exploit de rendre Monica Bellucci crédible. Hélas, notre enthousiasme concernant la série prenait brutalement fin avec un troisième opus bling bling aussi excessif et fatigant (la faute à un Poelvoorde en roue libre) que lamentablement vide, les auteurs semblant croire qu’il suffit de mettre une star dans le cadre pour que le spectateur soit content (en témoigne la scène finale du banquet où les caméos s’enchaînaient sans aucune logique).

Après ce naufrage, il fallait nécessairement des personnes de talent au scénario et à la mise en scène pour espérer un quatrième volet pouvant possiblement sauver la série du dévoiement total.

En bref, il fallait plus que Laurent Tirard, responsable d’un Molière pas particulièrement passionnant et d’un Petit Nicolas assez gentillet. Autant dire que l’annonce de ce dernier en tant que réalisateur et co-scénariste d’un Astérix 4 n’avait pas vraiment de quoi réjouir.

Sans surprise, Tirard se révèle faible sur les deux tableaux. En effet, ce dernier et son compère Grégoire Vigneron ont décidé de mélanger les intrigues de deux albums : Astérix chez les Bretons et Astérix et les Normands. Une bonne idée en apparence, même si les deux auteurs ne sont pas les premiers à y penser (le dernier exemple en date étant le Tintin de Spielberg). Malheureusement, leur écriture se révèle extrêmement maladroite, le lien entre les deux histoires apparaissant très artificiel et le scénario dans sa globalité peinant à conserver une cohérence tout au long du film.

Un script bancal, donc, tant dans sa structure que dans ses dialogues. A part quelques gags qui font mouche, l’humour du film reste assez limité, Tirard et Vigneron ne faisant qu’étirer une seule idée du début à la fin : les Bretons sont frigides et coincés, les Gaulois sont vulgaires et démonstratifs. L’écart peut faire rire l’instant d’une scène, mais en faire une vanne toutes les deux minutes pendant 1h49, ça devient très vite lourd…

Qui dit Breton, dit accent anglais, et c’est là que le bât blesse le plus. Si Guillaume Galienne réussit à être convaincant (forcément, il est bilingue), on peine à croire au reste des habitants de la Bretagne : Valérie Lemercier en fait des caisses et on commence à croire à Catherine Deneuve en Reine d’Angleterre seulement dix minutes avant la fin. En réalité, si ça passait dans l’adaptation animée de 1986, ici le fait que la moitié du casting baragouine un Franglais de supermarché crée une distance bien malheureuse. A ce propos, l’une des bonnes scènes du film se trouve être celle qui voit Astérix et Obélix se faire passer pour des Bretons en imitant un accent déplorable (éphémère instant de lucidité ?).

Comme dit plus haut, Tirard se révèle également faible dans sa mise en scène. Premier film français tourné avec une caméra spécialement faite pour le relief, cet Astérix dispose effectivement d’une bonne qualité d’image, mais la 3D se trouve être assez anecdotique. S’il nous gratifie tout de même de quelques beaux plans sur les paysages bretons (des vues par hélicoptère d’immenses falaises ou de plaines verdoyantes et rocailleuses), Tirard ne joue presque jamais sur la profondeur de champ et n’exploite sa 3D que pour deux ou trois effets tape-à-l’œil.

Même les velléités épiques du film ne fonctionnent pas, à l’image de ce final censé illustrer le combat héroïque des troupes bretonnes contre une armée romaine en surnombre : l’écart entre les deux forces n’est pas assez marqué, les effectifs romains étant trop peu conséquents, et la scène paraît alors absurde.

Bien qu’étant tout de même moins calamiteux qu’Astérix aux Jeux Olympiques, ce quatrième opus conserve hélas un semblant des tares de son aîné, à savoir une certaine hystérie et une excessivité dans la mise en scène, ainsi qu’une malheureuse caricature du visuel BD (à la moindre occasion, les personnages deviennent des pantins de synthèses désarticulés et grotesques qui virevoltent à travers l’écran).

Réminiscence de Mission Cléopâtre, Tirard tente même de copier des éléments de mise en scène du second opus : il nous gratifie également de plusieurs dialogues face caméra de deux gardes côte à côte (chez Chabat, c’était absurde et drôle, ici c’est mou et plat), et va même jusqu’à nous refaire le coup des pirates malchanceux qui se ramassent un projectile perdu. Cette scène est d’ailleurs révélatrice de l’écart entre les deux auteurs : Chabat coupait avant l’impact, laissant le soin au spectateur d’imaginer la suite et rendant le gag vif et drôle, tandis que Tirard montre le bateau exploser et nous sert une brochette de CGI inutile.

En revanche, il faut reconnaître au cinéaste le mérite d’éviter les clins d’œil complices au spectateur appuyés à outrance, notamment concernant les caméos, ici moins nombreux et mis en valeur sans exagération : Michel Duchaussoy (dont ce fut le dernier film), Simon Astier (qui succède à son frère), Jean Rochefort et les frères Taloche passent dans le cadre avec une discrétion bienvenue. Concernant les acteurs, on peut d’ailleurs relever quelques bonnes performances : Depardieu est toujours aussi à l’aise en Obélix, Edouard Baer se révèle convaincant dans le costume du petit Gaulois, Fabrice Luchini semble beaucoup s’amuser en César et Danny Boon et Bouli Lanners sont assez drôles sous le casque des Normands. Dommage que leur texte ne soit pas à la hauteur du jeu qu’ils proposent.

S’il est raté, ce nouveau volet n‘est toutefois pas le pire des quatre, puisqu’on détecte tout de même un soupçon de bonne volonté et de sincérité de la part de Tirard, au contraire des Jeux Olympiques qui puait le cynisme, et une bonne humeur tout de même visible chez les acteurs. On regrette juste que seuls ceux-ci se soient amusés.

Il semblerait donc qu’il faille attendre que le projet d’Alexandre Astier d’adapter Le Domaine des Dieux en animation 3D se réalise pour que le héros de Goscinny et Uderzo retrouve enfin ses lettres de noblesse.

 

 

Still quiet here.sas