La fonte des glaces

Troisième prix ex aequo, La Fonte des glaces, de Véronique Rohrbach.

{{Nom, Prénom: Rohrbach Véronique
Age: 27 ans
Faculté: Lettres}}

{{{Qu’est-ce qui t’as motivé pour écrire ce texte?}}}
Ce texte et ce concours, c’était l’occasion d’une première expérience et d’un premier exercice d’écriture littéraire. Dans le cadre de mes études, j’ai eu beaucoup d’occasions d’analyser la littérature, mais pas d’essayer d’en produire. J’ai choisi de parler d’une personne qui m’est chère et j’ai cherché le moyen, le médium, la perspective pour en parler.

{{{As-tu une auteure fétiche, qui t’as influencée?}}}
Georges Simenon, surtout les Maigrets.

{{{Extrait}}}
{{Cliché 1}}
Le chignon de Violette figeait jour après jour les mêmes plis, les mêmes entrelacs romantiques. Les cheveux poivre et sel retombaient dans les volutes chantilly d’un rideau d’opéra. Au lever du jour, lorsqu’elle s’échappait de la chambre à coucher, laissant là un homme et des insomnies vouées à l’écriture calligraphiée de poèmes («L’enfant et les fleurs, c’est un programme de bonheur») et de lettres («Ma très chère Marguerite»), ses cheveux fins se déroulaient jusqu’aux reins.

{{Cliché 2}}
Quand on croisait Violette dans ses errances nocturnes d’insomniaque, toute sa chevelure filasse et terne pendait d’un côté et de l’autre du visage. Elle ressemblait au Jésus dessiné en pyjama au-dessus du lit conjugal. De temps à autre, elle retirait ses lunettes de lecture surdimensionnées, encerclées d’une épaisse monture, pour appliquer des sachets de thé noir sur ses paupières grumelées par le manque de sommeil, cernées de poches violacées.

{{Cliché 3}}
Avant de partir pour le village, Violette enrobait sa coiffure altière d’une brume de laque. Agrémenté de fioritures à dentelle, son chemisier rose bonbon, au travers duquel pendouillait parfois une croix dorée huguenote, jurait sur une paire de pantalons verts et des chaussures sombres au profil orthopédique.

{{Cliché 4}}
Dans le creux de l’après-midi, alors que la vaisselle avait négligemment été faite, séchée et rangée à la hâte dans des armoires poisseuses au fond desquelles s’oubliaient des débris de nourriture, résonnait dans la maison le son de l’harmonium. Violette interprétait des chants religieux ou patriotiques. Ses ongles crochus, sous lesquels s’accumulait la crasse du ménage, martelaient les touches tandis que les pieds, chaussés de grosses pantoufles, épuisaient le souffle de l’instrument. Parfois la sonnette de l’entrée, entonnant les notes électroniques du cantique suisse, interrompait la complainte. On venait souvent voir Violette et les visiteurs attendaient sur le perron. A côté : une photo délavée grandeur nature d’un garde de Buckhingham, tunique rouge et peau d’ours. La porte s’ouvrait sur leur hôtesse en chignon. Dans l’entrée, les petites natures mortes, les fleurs artificielles, les messages bibliques de bienvenue gravés sur des plaquettes de bois.

{{Cliché 5}}
Les spirales de papier tue-mouche pendaient du plafond de la cuisine.

(…)

Still quiet here.sas