Constellation du vide

Deuxième prix, Constellation du vide, de Gilles Burnand.

{{Nom, Prénom: Burnand Gilles
Age: 25 ans
Faculté: Lettres}}

{{{Qu’est-ce qui t’as motivé pour écrire ce texte?}}}
J’ai surpris une conversation courante entre une vieille dame et un jeune homme dans un bus. Je l’ai écoutée le temps du trajet. Lorque je suis sorti du bus, je me suis assis sur un banc et j’ai écrit la première ébauche de ce texte.

{{{As-tu une auteure fétiche, qui t’as influencé?}}}
Sans hésiter Marguerite Duras. Sa façon d’écrire, sans réfléchir. Ecrire non pas avec le cerveau, mais avec les tripes, instinctivement.

{{{Extrait:}}}

(Un homme, 40 ans ?)
(Une femme, âgée déjà)

Ça faisait longtemps que je vous avais plus vu ici

Non. Le temps. Vous comprenez ?

Oui. L’hiver, les plaques de glace sous les sycomores. Même moi je fais attention

Oui

C’est incroyable cette soudaine douceur

C’est comme si on avait oublié

C’est ça. Mais ça revient quand même

Oui

Regardez, il y a déjà des fleurs sur le coteau

Des pensées peut-être

Des pensées
Ma mère aurait su, elle aimait les bouquets, les fleurs. Pas celles des boutiques

Non, pas celles-là

Libres

Oui, libres

Le Jura est si clair. Demain il pleuvra encore

Oui

Cela faisait quatre jours entiers qu’il pleuvait

Oui. Ou cinq

Remarquez la pluie ça ne me dérange pas. Je sors tous les jours. Je me force

Il faut. A votre âge il faut

Oui, je pourrais dormir toute la journée. Faire que ça : dormir

Oui. Rester alors les yeux fermés

Mais je me lève. Toujours à 7 heures je me lève

Moi à 3 heures du matin je déjeune souvent. Les nuits sont trop longues. J’oublie. Plus personne ne me voit

Tous les matins à la même heure je me lève. Je bois du café au lait. J’ai un secret, je mets le café soluble dans le lait seulement. Pas besoin d’eau. C’est délicieux. C’est ma mère qui m’a appris la recette. On apprend beaucoup d’une femme comme ça, d’une mère. Le café est bien plus onctueux sans eau, alors je fais comme elle disait, je n’en mets pas du tout

Oui ?

Le café moi je peux pas

Regardez c’est le numéro 9 qui longe l’avenue

Ou le numéro 15

Il va vers le lac. Ça c’est magnifique vers le lac. Mais il y a trop de monde sans doute

Oui. L’après-midi. Les enfants qui courent à même les quais

C’est aussi grâce à mon travail que je me lève

Oui. C’est bien ce travail

Je fais que deux heures par jour. Plus, ce serait pas possible

En fait ça vous sort

De mon appartement, oui. Je sors pour ce travail au centre-ville. Deux heures seulement. Le mercredi parfois trois. Sinon toujours deux.

Oui, le mercredi

Mais ensuite je me balade. Les parcs parfois même quand il pleut sur la ville

C’est ça, c’est sortir qu’il faut. Moi tout le temps je ne peux plus

Moi je ne pourrais pas m’en passer des balades. Derrière le Mont Tarmin, les bâtiments gris, c’est là que j’aime aller le plus. Une clairière dans le bitume.

Parfois aussi le parc de Mont-Riant. M’asseoir sur la margelle d’une fontaine. Là c’est comme si les immeubles s’étaient échoués contre la lisière des bois.

Votre mère parfois je vais la voir. Au cimetière. Le dimanche

Ah

(…)

Still quiet here.sas