L'université attire les cerveaux du Sud

Hautes Ecoles // Formation

Plus de 500 étudiants du «Tiers Monde» fréquentent chaque année le campus de Lausanne. Enquête au sein de l’UNIL et de l’EPFL sur le drainage des cerveaux, enjeu central dans les relations Nord-Sud.

Si chaque année les étudiants suisses partent faire leur pèlerinage de bonne conscience dans les pays du Sud, un autre flux migratoire s’opère en sens inverse. Celui-ci est d’une tout autre ampleur. Attirés par la qualité de la formation, les étudiants du Sud sont nombreux à venir en Suisse. Futurs créateurs de start-up ou spécialistes financiers, ils constituent un enjeu économique vital. Pour Joseph Stiglitz, ancien prix Nobel d’économie, le drainage de cerveaux en faveur des pays occidentaux revient à piller, encore plus, les ressources des pays en développement. Cette vision pessimiste est malgré tout remise en question. Des analyses sur le long terme montrent que dans certains cas, des phénomènes de reflux peuvent survenir. Ceci va dans le sens des témoignages recueillis pour cet article. Le retour au pays, à plus ou moins long terme, ne faisant pas de doute pour la majorité des étudiants de Lausanne.

{{{Objectif Suisse}}}
Faire des études dans un pays occidental est devenu une obligation pour de nombreux étudiants du Sud. Ceci s’explique en partie par la dévaluation des titres universitaires en Afrique, depuis la crise de la dette. Selon Ousmane, étudiant sénégalais, un Master en Suisse est, en plus du savoir acquis, un véritable label d’excellence. Il est pourtant faux de croire qu’il est suffisant pour se voir offrir le travail de ses rêves. En Afrique plus qu’ailleurs, le marché du travail est avant tout une histoire de relations sociales et de clientélisme.

{{{Rester, mais pas ici}}}
En Suisse, il n’y a pratiquement pas de politique d’immigration sélective. Les étudiants formés dans nos universités sont souvent contraints de quitter le pays après leurs études. Le Canada est à l’inverse, le pays d’immigration par excellence. Forts d’un système de points qui favorise l’immigration des individus formés, les étudiants du Sud y voient un endroit accueillant tant au niveau du cadre social que des possibilités de travail. Mais cette politique n’est pas sans poser de problèmes. Le cas du Ghana est exemplaire, au moins 60 % des médecins formés dans les années 1980 ont quitté le pays. Réduisant à néant l’effort d’investissement du Gouvernement dans ce secteur.

{{{Rentrer, mais pas tout de suite}}}
A contrario, l’Inde montre que sur le long terme, les bénéfices peuvent être importants. Dans les années 80, de nombreux informaticiens sont partis vers les USA. Une dizaine d’années après, un mouvement inverse s’est produit. Les ingénieurs indiens ont ramené dans leur bagage leurs expériences, leurs réseaux et leur épargne, permettant un développement sans précédent du pays. Mais «la mise en valeur» de la diaspora a peu de chance de voir le jour dans les pays africains. L’Etat ne pouvant pas fournir un cadre minimum au développement économique. Etienne, étudiant camerounais, pense simplement que ça prendra plus de temps, mais que fort de l’expérience et de l’épargne accumulée, il sera capable un jour de rentrer chez lui, non pas comme demandeur, mais comme créateur d’emplois.

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