Prix de Lausanne, Jour 4 : Vers les Etoiles

S’il est un rêve commun à presque tous les candidats, c’est celui d’être un jour Etoile. Atteindre le firmament de la danse demande du talent et du travail. Les jeunes artistes ne sont qu’à l’aurore de leur carrière. Ils sont tous pleins d’amour de la danse, d’envie de progresser. Parmi eux sûrement y a-t-il quelques Etoiles du monde de la danse de demain.

Seulement, accéder à ce titre suprême est le fruit de longues années de travail, années durant lesquelles il est important de garder confiance en soi, mais aussi d’être aidé par ses pairs, ses supérieurs, et ses idoles. Que les Etoiles d’aujourd’hui encouragent les Etoiles de demain est primordial. Alessandra Ferri, prima ballerina assoluta et membre du jury de ce Prix 2014, a donné ce 30 janvier une conférence dans le foyer du Palais de Beaulieu. Durant cette petite heure, consacrée à la fois à son expérience au Prix de Lausanne et à sa carrière de danseuse, elle a encouragé et rassuré les candidats présents. Ce fut un très beau moment.

 

Alessandra Ferri dans la variation de la Fée Dragée, au Prix de Lausanne, en 1980 (DR).

Alessandra Ferri dans la variation de la Fée Dragée, au Prix de Lausanne, en 1980 (DR).

« Je n’aime pas la compétition. »

Alessandra Ferri était en 1980 exactement à la même place que tous les jeunes concurrents. Elle était bien sûr toute dévouée à son art et profondément passionnée. Elle confie qu’elle a eu de la peine au début du concours, déstabilisée de n’être un moment qu’un numéro qu’on lui avait attribué, elle n’aimait pas la compétition et devoir prouver durant les cours qu’elle était meilleure que les autres. C’est sur scène au moment de présenter ses variations qu’elle a pu s’exprimer pleinement. Elle a gagné sans s’y attendre et ce fut pour elle un des moments forts de son début de carrière.

« Faites de vos faiblesses des qualités. »

Avant toute chose, l’Etoile déclare à l’audience que nous avons tous des points forts et des points faibles, le tout est de savoir apprivoiser ses derniers, et de ne pas les laisser nous dévorer. Jusqu’à ses adieux à la scène, elle confie avoir été intensément stressée avant chaque représentation. Elle prend cet exemple pour expliquer aux candidats comment elle, a su utiliser cette faiblesse en l’interprétant à travers ses personnages. Elle insiste sur le fait que chacun est unique avec ses défauts et ses qualités, le tout étant de les maîtriser.

« Ma génération a la chance d’avoir vécu à une période exceptionnelle. »

Alessandra Ferri a connu un début de carrière fulgurant. Engagée au Royal Ballet sans même avoir terminé le cursus de la Royal Ballet School, elle danse son premier Roméo et Juliette à 19 ans. En 1985, invitée à rejoindre l’American Ballet Theatre en tant que Principal (Etoile), elle ne peut refuser et s’envole vers les Etats-Unis. Elle restera à l’ABT jusqu’à la fin de sa carrière, tout en dansant en tant qu’artiste invitée dans le monde entier. Ferri fait partie de la génération de danseurs qui ont dansé sous la direction des plus grands chorégraphes et maîtres de ballet. Balanchine, Robbins, MacMillan, Petit, Noureev, Béjart… Elle relève la chance qu’a eu sa génération de pouvoir travailler avec ces monstres sacrés de leur vivant. Elle dit alors aux candidats qu’aujourd’hui les danseurs doivent encore plus travailler, faire des recherches, approfondir, pour parfaire leurs interprétations, que même si les maîtres de ballet connaissent parfaitement les œuvres , il est important de perfectionner au mieux les rôles en les travaillant longuement.

« C’est quand Julio a fait ses adieux que j’ai songé moi aussi à arrêter. »

"C'est merveilleux d'avoir pu travailler avec ces chorégraphes, de leur vivant"  © Fanny Utiger

« C’est merveilleux d’avoir pu travailler avec ces chorégraphes, de leur vivant »
© Fanny Utiger

La conférence de la danseuse est ponctuée par des vidéos dans lesquelles elle apparaît : le pas de deux du balcon de Roméo et Juliette et celui du second acte de Giselle. Dans ce dernier, c’est avec un célèbre danseur qu’elle partage la scène : Mikaïl Barishnikov. On interrompt le film alors que ce dernier commence sa variation puisque le pas de deux est fini. Elle glisse alors un « Sorry Micha ! » avec sourire… Elle déclare l’admiration qu’elle a pour ce danseur qui, à plus de soixante ans, danse encore. Mais attention, il danse ce qu’il peut danser, elle insiste sur ce point. Il y a un moment où il faut arrêter, parce que le corps ne suit plus. Elle-même a fait ses adieux à la scène en 2007, ne voulant jamais arriver à une performance qu’elle aurait regretté d’avoir donnée. Un an avant elle, un autre grand danseur Etoile faisait ses adieux : Julio Bocca. Membre du Jury de cette année tout comme Alessandra Ferri, Julio Bocca a été le partenaire de sa carrière. On sent en elle toute l’amitié et l’admiration qu’elle a pour lui. Ils se sont aidés, complétés, pendant une vingtaine d’années. Si bien qu’en 2006 lorsque le danseur prend sa retraite, elle sent qu’elle ne dansera plus très longtemps sans lui. En effet, elle quitte la scène un an plus tard.

Alessandra Ferri danse avec Sting : http://www.youtube.com/watch?v=UGufiv5PB2A

La danseuse et Julio Bocca dans le pas de deux de Roméo et Juliette : http://www.youtube.com/watch?v=XXeTOhrkLsg

Nous avons rencontré une autre Etoile présente au Prix de Lausanne. Retrouvez l’interview de Monique Loudières, danseuse Etoile de l’Opéra de Paris, dans l’article qui suit.

Still quiet here.sas