Prix de Lausanne, Jour 3 : La chance d’entrer dans une école ou une compagnie

Du concours, tout le monde ici dit la même chose. Il est exceptionnel, proposant une expérience unique au monde. Car ici l’intérêt n’est pas fondamentalement dans le fait d’être simplement le ou la meilleur-e des 73 concurrents. On vient au Prix de Lausanne pour apprendre, pour connaître, pour découvrir, pour tisser un réseau. Et au bout de cette expérience, être engagé, peut-être, dans une des prestigieuses écoles ou compagnies partenaires.

Ainsi, les directeurs ou directrices de ces institutions vadrouillent dans le Palais de Beaulieu, examinant consciencieusement les cours de danse, les phases de coaching, pour trouver des élèves à qui proposer des contrats. Ils cherchent différents profils d’artistes selon leur établissement. Nous avons rencontré l’une de ces personnalités…

 

Candidates attentives durant le coaching des variations classiques du groupe B © Fanny Utiger

Candidates attentives durant le coaching des variations classiques du groupe B
© Fanny Utiger

Interview de Franco De Vita, directeur de la JKO School at American Ballet Theatre

Après avoir mené une carrière internationale, Franco De Vita s’est consacré à l’enseignement. Tout d’abord à la Boston Ballet School puis désormais à l’école de l’American Ballet Theatre (ABT), Jacqueline Kennedy Onassis School, dont il est directeur (« Principal »), école partenaire du Prix de Lausanne. Il a généreusement accepté de répondre à quelques questions.

Depuis combien de temps votre école est-elle partenaire du Prix de Lausanne ?

C’est la première année. L’ABT II Studio Company est partenaire depuis plus longtemps, par contre.

Quel type d’élèves y a-t-il dans votre école ?

Nous avons des élèves de toutes nationalités, de tous profils. Nous recherchons avant tout le talent. Le style que nous enseignons à l’école doit pouvoir s’adapter au répertoire de la compagnie, qui est quand même très classique mais toutefois avec beaucoup de contemporain. Donc on forme des élèves qui vont pouvoir s’adapter sans problème d’un côté comme de l’autre. Et je crois que ça marche ! Puisqu’on a plus de dix-huit personnes qui sont entrées dans la compagnie en dix ans !

Quel genre de danseurs et danseuses recherchez-vous ici à Lausanne ?

Du talent, des danseurs talentueux ! Des danseurs qui dégagent quelque chose de spécial.

Combien de contrats pensez-vous offrir ?

Tout dépend de ce que je vois. Mais je ne dirais pas plus de trois ou quatre.

En quelle classe rentreraient des candidats du Prix engagés dans votre école ?

Ça dépend de l’âge. Mais vu l’âge des concurrents, normalement en dernière année. Nous avons trois divisions : de 12 à 14 ans, de 14 à 16 et de 16 à 18.

Une variation de "La Fille mal gardée" au coaching classique des garçons du groupe A. © Fanny Utiger

Une variation de « La Fille mal gardée » au coaching classique des garçons du groupe A.
© Fanny Utiger

Quelle est la particularité de la JKO School ?

C’est que les gens aient un joli physique, de jolies proportions. On n’a pas de taille spécifique, car dans la compagnie nous avons de tout, des petits comme des grands. Ce qui est difficile pour moi c’est d’essayer de savoir au mieux ce que le directeur de la compagnie souhaitera.

Quel est le style enseigné ?

Nous avons créé à l’American Ballet Theatre un programme d’études, qui s’appelle le

National Training Curriculum. Donc on entraîne les enfants, très classiquement, en incorporant dans l’enseignement les Ecoles française, russe, italienne, Bournonville [l’Ecole danoise de danse classique, ndlr]. Donc le meilleur de ce qu’on trouve dans chaque Ecole !

Le programme est-il agrémenté d’autres cours que le classique ?

Nous avons des cours de classique, de danse de caractère, de contemporain, et pour le niveau avancé, deux heures quotidiennes de répertoire. En ce moment, moi je suis ici mais mon niveau avancé est en train de travailler Balanchine Trust, une chorégraphie de Balanchine pour le spectacle de l’école. On est ouvert à tout, parce que les enfants doivent vraiment sortir avec une expérience de taille. Ce qu’on essaie de faire, c’est que les danseurs ne soient pas bornés sur une chose. Parce que c’est ce que cherchent toutes les compagnies aujourd’hui.

Avez-vous déjà repéré des profils intéressants ?

Je ne suis arrivé que ce matin, j’ai un peu regardé mais je ne sais pas encore. Demain je verrai le cours, ce qui est pour moi très important, parce que je pense que souvent je ne regarde pas ce que je vois, mais ce que je pourrais voir dans un an ou deux. Je recherche un potentiel.

Que pensez-vous de la danse dans notre société actuelle ?

Ça fait maintenant dix-huit ans que je vis aux Etats-Unis et en tout cas là-bas il y a énormément de compagnies. De très bonnes compagnies, même régionales, avec des danseurs incroyables. Je crois qu’il y a un boom de la danse. Nous on a notre saison au MET, de huit semaines, avec huit spectacles par semaine, et on est pleins tous les soirs. Donc je crois que c’est bon signe pour la danse. Non seulement l’ABT a un succès énorme mais aussi le Boston Ballet, Houston, San Francisco !

Est-ce la première fois que vous venez en Suisse, ou à Lausanne ?

Je venais déjà pour le Prix de Lausanne quand je vivais en Italie.

Et aimez-vous la ville ?

Oui, absolument !

Pensez-vous que Lausanne puisse être une capitale de la danse ?

Je pense que Lausanne est une capitale de la danse. Il y a ici une des compétitions les plus importantes du monde entier, une des plus prestigieuses. Cette ville est vraiment une capitale de la danse et j’espère qu’elle deviendra encore plus grande !

Et quelles sont les autres capitales de la danse ?

New York, Paris, Londres… Ce qui est chouette dans les grandes villes comme New York c’est que nous avons beaucoup de compagnies, donc on peut avoir du très classique avec l’ABT, néoclassique avec Balanchine au New York City Ballet, il y a aussi beaucoup de compagnies modernes. Donc on a quand même un choix énorme et c’est une grande chance. Paris et Londres sont aussi un peu comme ça je crois.

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