Comme dans les grandes histoires, celles qui importent vraiment

Le Hobbit : La Désolation de Smaug 

De Peter Jackson | Aventure

Avec Martin Freeman, Ian McKellen et Richard Armitage

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Il y a tout juste un an, jour pour jour, tandis que l’avenir du monde était incertain, nous vous parlions du Hobbit avec toute la retenue, la mesure et l’objectivité qui nous caractérise. Mais nous étions loin de représenter la tendance générale : parallèlement à notre avis tout en nuance, on a pu lire ou entendre un peu tout et n’importe quoi sur le film de Peter Jackson. Avant de nous pencher en détail sur sa suite et de nous répandre une nouvelle fois en superlatifs, revenons donc sur les principales critiques adressées au Voyage Inattendu, et qui risquent de refaire surface pour ce second opus.

Premier mauvais point : le scénario, prétendument inexistant. Outre le fait que ce reproche est bien souvent formulé par des spectateurs qui confondent l’intrigue d’un métrage avec son récit (soit ce qu’il raconte et la manière dont il le raconte), on leur rétorquera que pas moins de trois grands arcs narratifs se mêlent. La Quête des Nains servant de fil rouge à cette nouvelle trilogie et charriant un background émotionnel non négligeable (notamment à travers les deux figures archétypales que sont Thorin et Balin), le parcours initiatique de Bilbo qui se trouve être l’épicentre du récit de ce premier volet, ainsi que l’enquête en parallèle de Gandalf qui permet d’introduire petit à petit les enjeux futurs qui seront au centre du Seigneur des Anneaux.

Hobbit2_2On passera rapidement sur les quelques afficionados d’un féminisme outrancier qui ont réussi à taxer le film de misogynie en arguant que le casting ne comprenait qu’une seule femme n’apparaissant pas plus d’un quart d’heure à l’écran (à ce titre, Douze hommes en colère est certainement le long-métrage le plus macho de l’Histoire du cinéma).

Idem pour les mélomanes du dimanche n’ayant entendu dans la partition d’Howard Shore qu’une resucée hasardeuse des thèmes de la première trilogie, sans considérer un seul instant la portée narrative de cette réutilisation de leitmotiv (voir l’habile variation du fameux Concerning Hobbits en fonction de l’état du parcours intérieur de Bilbo).

Quant aux discours qualifiant la mise en scène de Jackson de « répétitive », « lourde », « vaine » ou même « plate », leurs auteurs devaient manifestement être partis aux toilettes lors de la scène des énigmes avec Gollum.

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En somme, l’unique réserve que nous partagions avec les mécontents, à savoir l’artificialité prégnante sur certains plans, se révèle également balayée lorsque l’on comprend que cette impression n’est que la malheureuse conséquence d’une autre de ces réticences par trop hâtives.

De fait, le format HFR a été d’office étiqueté par ses premiers spectateurs comme simple argument marketing, au mieux inutile car n’ayant aucun impact sur notre perception visuelle, au pire propice à de violentes migraines, voire même des nausées.

Si cette levée de bouclier nous avait privé d’une projection presse en 48 images par seconde, nous avions en revanche pu tenter l’expérience lors d’une des rares séances programmées par chez nous. Ainsi, pouvons-nous affirmer que le film est résolument pensé pour ce format.

Hobbit2_4Malgré les racontars, l’œil humain peut discerner jusqu’à bien au-delà d’une cinquantaine d’images par seconde. De fait, le HFR améliore considérablement la fluidité et l’harmonie des différents mouvements visibles à l’écran : les effets spéciaux qui, en format standard, semblaient se détacher des formes réelles en apparaissant quelque peu flous s’incrustent alors parfaitement au reste. De même, ce niveau de détail se révèle tout à fait nécessaire pour apprécier pleinement certaines scènes dans lesquelles l’extrême mobilité de la caméra induit une quantité d’informations visuelles difficilement assimilable au travers du flux « saccadé » du 24 images par seconde. Des séquences telles que la plongée dans les mines des Nains, la destruction de la ville de Dale ou l’évasion de la cité des Gobelins, qui multiplient les travellings ultra rapides et très frontaux, sont spécifiquement conçues pour cette haute fréquence. Même une scène comme celle du lancer de vaisselle chez Bilbo démontre parfaitement la capacité de captation du mouvement de ce nouveau rendu.

Il est clair qu’un temps d’adaptation est nécessaire (on ne balaie pas aussi facilement une norme vieille de presque un siècle), mais le refuser en bloc comme l’ont fait les premiers spectateurs outre-Atlantique relève purement et simplement de l’aveuglement rétrograde.

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Evidemment, ce premier opus du Hobbit ne pouvait produire le même choc qu’en 2001, mais il n’en reste pas moins un grand film. Une préquelle qui parvient à rester dans la même lignée que ses aînés tout en en proposant une variante plus colorée et flamboyante, une adaptation qui réussit à respecter le livre original tout en le trahissant à propos et par-là à l’élever : le conte au ton léger devient ici une aventure spectaculaire à l’imaginaire débridé et à la démesure presque enfantine.

Ainsi, au vu de ce premier chapitre plus que réjouissant et en partant du principe que Peter Jackson continuerait le jeu des correspondances avec la première trilogie et ferait donc monter d’un cran l’ampleur de son histoire dès le second opus, on ne pouvait que trépigner d’impatience de découvrir la suite.

L’an dernier, nous vous présentions Un Voyage Inattendu comme le meilleur film de 2012. Cette année, la concurrence ayant été beaucoup plus rude (Django Unchained, Lincoln, Cloud Atlas, Pacific Rim et surtout Gravity), La Désolation de Smaug ne peut hériter du même titre… Ce qui ne l’empêche pas d’être un chef-d’œuvre absolu nous offrant une fin d’année sous forme de feu d’artifice complètement délirant.

Hobbit2_6A l’instar de son aîné, ce second opus du Hobbit perpétue le même parti pris : un fond qui signe une déférence totale au matériau d’origine, une forme modulée par un jeu des correspondances avec Le Seigneur des Anneaux et par des velléités spectaculaires de plus en plus ambitieuses.

Onze ans après Les Deux Tours, le film suit comme prévu le même schéma que ce dernier : en poursuivant leur aventure pour atteindre la Montagne Solitaire, Bilbo, Gandalf et les treize Nains débarquent dans le monde des Hommes, où ils se retrouveront confrontés à de nouvelles problématiques qui influeront sur leur progression. Comme Frodo, Bilbo devra faire face au pouvoir corrupteur de l’Anneau. Comme la Communauté, la Compagnie des Nains verra sa cohésion menacée.

Un Voyage Inattendu se concentrait sur la constitution du groupe de héros et le travail de Bilbo pour s’y faire accepter. La Désolation de Smaug remet en cause cette troupe et questionne le bienfondé de sa démarche.

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Outre la structure générale, l’accointance avec la première trilogie est une nouvelle fois soulignée par la reprise de certains gimmicks visuels et surtout par des ajouts scénaristiques plutôt judicieux.

Ainsi, l’inclusion des personnages de Legolas et Tauriel permet la création d’un nouvel arc narratif faisant écho au triangle amoureux Aragorn-Arwen-Eowyn, de même que la figure de l’archer Barde se voit renforcée par un background dramaturgique rappelant fortement l’héritage maudit du descendant d’Isildur. On trouvera même un amusant ersatz du perfide Grima pour accompagner l’ignoble Maître de Lacville à qui Stephen Fry prête ses traits.

Enfin, le récit n’oublie jamais de rattacher la Quête des Nains à l’avenir de toute la Terre du Milieu, puisque l’approfondissement de l’enquête de Gandalf concernant le mystérieux Nécromancien (tout juste évoquée dans le bouquin) poursuit la mise en place du futur retour de Sauron et prépare donc à la transition avec Le Seigneur des Anneaux.

De fait, les trahisons au roman se révèlent toujours parfaitement justifiées en ce qu’elles assurent la cohésion entre les deux trilogies et surtout par la sublimation qu’elles offrent à l’œuvre de Tolkien.

THE HOBBIT: DESOLATION OF SMAUG

Nous l’avions déjà constaté avec le premier volet : après sa monumentale adaptation du Seigneur des Anneaux, Peter Jackson ne pouvait porter à l’écran cette préquelle beaucoup plus modeste dans son ampleur sans souffrir d’une comparaison qui jouerait en défaveur de ces nouveaux films. Pour éviter que ces derniers ne soient perçus comme de vulgaires sous-produits, le néo-zélandais avait opté pour une solution simple : insuffler dans la base narrative une dramaturgie plus poussée, gonfler les enjeux, et surtout élever le tout en transformant la moindre péripétie en morceau de bravoure ahurissant.

La Désolation de Smaug pousse encore plus loin ce dernier concept, nous offrant parmi les séquences les plus dingues qu’il nous ait été donné de voir sur grand écran.

C’est ainsi que la traversée de la forêt de Mirkwood se transforme en véritable trip psychédélique, que l’affrontement contre les araignées rappelle soudain, dans sa surenchère jouissive, celui contre les insectes de King Kong, et que la fameuse scène des tonneaux, à l’origine évasion discrète, devient ici une poursuite effrénée au montage frénétique et aux idées de mises en scène géniales.

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Les claques visuelles s’enchaînent et le rythme ne faiblit pas, jusqu’à une phénoménale rencontre avec le dragon Smaug. Le comédien Benedict Cumberbatch incarne cet antagoniste grâce à la performance capture ; sa voix caverneuse et son jeu grandiloquent, allié au travail toujours remarquable des animateurs de Weta, insufflent un souffle de vie terrifiant à cette créature de synthèse et rendent son apparition mémorable. Jeu de cache-cache angoissant chez Tolkien, l’intrusion de Bilbo dans l’antre du monstre prend chez Jackson la forme d’un parcours du combattant tendu et haletant, qui ne fait que nous préparer à un climax anthologique. Jeu d’échelle brillant, idées visuelles à la pelle, spectaculaire décomplexé, le dernier tiers du film, démentiel, n’en finit pas de nous clouer sur notre siège.

Jackson se déchaîne comme jamais et peut finalement, lors de son ultime scène, nous offrir le cliffhanger renversant qui aurait dû clôturer Les Deux Tours, mais qu’il avait sacrifié au prix de la réorganisation chronologique et de la cohérence narrative de son adaptation.

L’arrivée du générique de fin nous laisse ainsi cois, éreintés par un tour de montagne russe de 2h40.

Hobbit2_10Résolument plus sombre que le premier volet, cette suite se pose en parfait second opus, puisqu’elle ébranle les bases établies, élargit les enjeux, gagne en ampleur et met en place un futur chapitre final qui s’annonce d’ores et déjà dantesque.

Arrivés à court de superlatifs, nous n’allons pas prolonger plus avant cette tentative pour le moins vaine de retranscrire avec exactitude l’expérience cinématographique stupéfiante que représente le film de Jackson. Le meilleur moyen, comme toujours, reste encore d’aller constater par vous-même l’ampleur du spectacle (et de préférence en HFR, évidemment).

Dès lors, vous savez donc quoi faire du temps qui vous est imparti : courez voir La Désolation de Smaug !

11 Responses to Comme dans les grandes histoires, celles qui importent vraiment

  1. Quel dommage que l’auteur de cette critique n’ait manifestement jamais lu le livre dont est tiré ce film, et qu’à ses yeux quelques scènes d’actions menées à tambours battants et une surabondance d’effets spéciaux suffisent à faire la qualité d’un long-métrage…

    Cordialement,

    HAL1

    • Cher HAL1,

      Il se trouve que j’ai bel et bien lu le roman de Tolkien : je ne sais si vous l’avez remarqué, mais j’y fais référence plusieurs fois dans le texte, mentionne les changements présents dans le film et vais même jusqu’à en expliquer l’utilité.
      De plus, il me semble m’être suffisamment attardé sur les différents aspects constitutifs du métrage (dont le scénario justement), pour qu’en ressorte une vision globale d’un film dépassant de loin le simple « blockbuster qui fait tout péter » (si ce point n’était pas clair non plus, je vous suggère de relire la critique).
      Maintenant, je ne vous cache pas que je suis effectivement friand de rollercoasters et d’images stupéfiantes, et que par conséquent les morceaux de bravoures virtuoses que nous offrent Peter Jackson et Weta pourraient me suffire. Mais il se trouve qu’en plus le film propose une écriture, un casting, et une partition musicale de même niveau. J’en viens ainsi à considérer effectivement ce Hobbit 2 comme un « long-métrage de qualité ».
      Libre à vous de penser le contraire, mais ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit.

      Sincèrement,

      Thibaud

      • Cher Thibaud,

        Mon commentaire était bien évidemment volontairement provocant, mais sans intention d’être désagréable. Je vous prie de m’excuser s’il vous a blessé.

        Cependant, même si nous ne sommes définitivement pas d’accord sur la qualité du film réalisé par Peter Jackson, ce n’est pas cet aspect de votre critique qui m’a semblé fortement sujet à caution. Il s’agit des déclarations telles que :
        « une adaptation qui réussit à respecter le livre original tout en le trahissant à propos et par-là à l’élever. »
        ou encore :
        « De fait, les trahisons au roman se révèlent toujours parfaitement justifiées [...] surtout par la sublimation qu’elles offrent à l’œuvre de Tolkien. »

        J’ignore si vous avez apprécier le livre, mais, à mon sens, en aucun cas on ne peut affirmer que le long-métrage « respecte » l’oeuvre de Tolkien, « l’élève » ou la « sublime ». J’ai moi-même donné mon opinion sur le film par le biais du site Web cine.ch, que je vous retranscrit volontiers ci-dessous :
        « Vous avez aimé le livre, ou vous appréciez l’univers de Tolkien en général : C’est complètement nul. Ne vous attendez pas à retrouver quoi que ce soit de la poésie du livre, ni du respect que Peter Jackson avait pu avoir lors de son adaptation du Seigneur des Anneaux. Ici, c’est Dragon Ball Z (et j’aime beaucoup ce manga). La scène savoureuse de l’arrivée des Nains chez Beorn ? Sabrée et remplacée par de l’action. Celle de l’évasion des Nains du royaume de Thranduil ? Dénaturée et saturée à outrance d’action. L’entrée des Nains dans Erebor ? Complètement transformée pour en faire un scène d’action. On rajoute à ça une romance grotesque, Gandalf qui fait des Kaméhaméhas (c’est marrant, ça lui aurait été bien utile dans le Seigneur des Anneaux… mais là il ne pouvait pas… sans doute un mauvais rhume), des Orcs immondes au possible et qui font plus plastique qu’autre chose, et le désastre est complet. Et en plus : qu’est-ce que c’est long ! La torture semble ne pas avoir de fin !…
        Vous ne connaissez pas le livre : c’est moins nul. Mais ça reste mauvais, et surtout tellement peu vraisemblable. Bilbo qui s’amuse à mettre son Anneau, puis l’enlever puis le remettre, puis l’ôter à nouveau, lorsqu’il se retrouve au beau milieu d’araignées tueuses ou à côté d’un dragon sanguinaire. Le dragon, lui, est dépeint comme un demeuré. Une dizaine de Nains et un Hobbit font des farandoles autour de lui en gloussant, sans qu’il ne parvienne ne serait-ce qu’à en blesser un. Et puis, tout à coup, c’est Alzheimer ! Oubliant que des intrus se sont introduits dans son antre, il s’en va se dégourdir les ailes au-dehors. Mentionnons encore des Nains qui parviennent bloquer une porte face à un ours de 12 mètres, des Elfes qui tuent chacun en moyenne 247 Orcs sans sourciller (Legolas était à Helm’s Deep, c’est étonnant qu’il y ait eu besoin des renforts d’Éomer…), des barils qui restent parfaitement droit durant 15 minutes de descente de rapides, des dockers qui remplissent des tonneaux de poisson sans s’apercevoir qu’il y a des Nains à l’intérieur, des forges qui se remettent en fonction après 171 années d’inactivité (et en appuyant sur un seul levier, sacré technologie !), un dragon qui peut remplir une pièce de ses flammes, mais qui ne crache jamais de feu lorsque ses ennemis sont sous son nez, … Bref, ça ne tient pas debout, et l’action et les effets spéciaux peinent vraiment à sauver tout ça. »

        Je crois que la totalité des critiques écrites par des fans du livre que j’ai pu lire étaient extrêmement négatives. Je vous propose de prendre connaissance de celle rédigée par MrBlackAdder, sur le site IMDB (en anglais) :
        « Admittedly, I am biased from having read the wonderful book, but it looks like Peter Jackson has been writing his own story. He keeps making up pointless crap as an excuse to add more CGI and more fighting scenes. If you are looking for mindless fighting, zero dialogue, an overuse of CGI that would leave James Cameron shaking his head in disbelief, then sure, this movie is probably for you! However, if you are looking for the same emotion and magic that the book brings out in you, prepare to be disappointed, over and over again.

        Beorn is in the movie for about a minute and has the eloquence of a donkey with autism. Mirkwood before the elves appear is barely five minutes long. Which means the spiders disappear before they even got the chance to appear, and there is no Bombur falling in the water, and nothing to lure them off the path, they just get lost because they are extremely dumb dwarfs. Orcs are chasing them wherever they go, and the barrel- ride out of Mirkwood is a 20-minute long scene where nothing really happens, except a lot of orcs die, and Kili gets shot with a poisonous arrow(?). Then they bribe Bard into smuggling them past the guards into Lake-town. Apparently Bards ancestor shot off a piece of dragon scale under his left wing, so Bard already knows of the Dragon’s weakness. No thrush has to tell him anything… All the dwarfs race into Smaug’s lair and go on a rat-race in which Smaug is too brainless to actually kill anyone, and when he has an absolutely obvious shot at it, he suddenly has a change of heart and decides to let them live. Also, four of the dwarfs are still in Lake-town tending to the poisoned Kili and fighting orcs with the elves. Make sense? Not really, no. The book has been torched, and Peter Jackson has rewritten it the way it was (probably) intended; as a fighter-book with cool environments, cool people who say cool things, cool dwarven caves and cool statues. The things I have pointed out are only a few of the many changes and disappointments from the movie. Who needs a good story with all this CGI?

        The acting is dreadful, the dialogue is dreadful, the CGI is dreadfully overused, the plot is dreadful (it’s not the same as the book, believe me.) But the dragon was pretty cool. So therefore: 2/10. »

        Cordialement,

        HAL1

        • Cher HAL1,

          Aucun mal, le ton de ma réponse était adapté à celui de votre message…
          De fait, votre second commentaire est effectivement plus appréciable en ce qu’il est bien plus étayé et laisse la porte ouverte au débat.

          J’ai en effet pu constater qu’un grand nombre de lecteurs du roman avaient peu apprécié le film. J’ignore s’ils avaient tous également été réfractaires au premier opus (et si vous l’aviez vous-même apprécié ou non), mais il me semble, au vu des reproches les plus récurrents, que ces avis négatifs s’inscrivent dans ce que je considère être une totale incompréhension du concept même d’ »adaptation ».

          Ainsi, on reproche au film de ne pas suivre à la lettre le roman, d’avoir modifié tel passage, ajouté tel personnage, enlevé telle ligne de dialogue, inversé tel nom, etc., sans réellement indiquer en quoi ces changements seraient mauvais, mais en partant simplement du principe que par essence ils le sont.
          C’est ce que fait cette critique d’IMDB : lister les changements en les tournants en dérision sans vraiment argumenter derrière (sans compter un apparent blocage sur les effets spéciaux pour le moins étrange, mais passons…).
          Or, adapter une oeuvre sur grand écran ne revient absolument pas à en conserver la forme exacte, mais à réussir à en retranscrire avant tout le fond.

          Prenons un exemple ailleurs : l’adaptation de Hellboy par Guillermo del Toro. Le premier film ne suit absolument pas le même récit que le comic dont il est tiré, mais il en conserve les thèmes et le fil rouge (la revendication du libre-arbitre, la quête identitaire). En cela, il est une adaptation réussie.

          Les trois films du Seigneur des Anneaux avaient beau coller de très près à la trame des romans, ils n’en écartaient pas moins des passages entiers, bouleversaient la chronologie des événements, et se permettaient déjà des modifications à des fins spectaculaires (le rôle de l’Armée des Morts dans la bataille des Champs du Pelennor). Tout cela parce que ces éléments du matériau de base n’étaient pas adaptés à une oeuvre de cinéma (notamment cette chronologie comme l’avait conçue Tolkien), et également parce que le travail d’adaptation passe par une réappropriation de l’oeuvre originelle.

          Pour Le Hobbit, la tâche s’avérait plus ardue : le récit est clairement plus épisodique (si ce type de construction passe en littérature, sur grand écran elle risque de perturber le rythme et la cohésion de l’ensemble), mais en plus le public était déjà familier de la Terre du Milieu et sous sa forme la plus grandiose. Il fallait donc être d’autant plus vigilant pour assurer la cohérence entre les deux oeuvres (Tolkien lui-même s’était retrouvé face à quelques incohérences en écrivant le Seigneur des Anneaux, d’où l’ajout des Appendices).

          C’est pourquoi cette adaptation du Hobbit se permet beaucoup plus d’écarts. Ce qui ne l’empêche pas de rester totalement fidèle au fond du roman, qui nous raconte le voyage initiatique de Bilbo, parti Hobbit pantouflard et revenu héros aguerri. Le fil rouge de ce second opus étant la remise en question de la quête, le point central de son récit est bel et bien le passage par Lacville et la rencontre avec Bard.

          Vous reprochez à cette adaptation de tout remplacer par de l’action, je vous répondrais que chaque morceau de bravoure, si démesuré soi-il, sert toujours le récit puisqu’il se conclut à chaque fois par un élément faisant avancer les enjeux. La fin du combat contre les araignées amorce l’idée du pouvoir corrupteur de l’Anneau sur Bilbo. La scène des tonneaux met en place la future séparation du groupe (la flèche), lance les deux elfes sur les traces des Nains et annonce leur future alliance (Legolas voit que Thorin le sauve). Même le final démentiel avec Smaug, qui semble partir dans tous les sens sans réelle logique, trouve son explication dans la révélation finale de la statue d’or ainsi formée (idée visuelle géniale en même temps que symbole fort à propos quant aux motivations du personnage de Thorin, puisque cette représentation du royaume perdu des Nains finira par fondre car démoulée trop tôt).

          Voici quelques pistes qui devraient, je le crois, sinon vous convaincre, en tout cas vous donner à réfléchir au sujet de cette question d’adaptation.

          En ce qui concerne le reste de votre critique, il me semble que vous vous méprenez sur certaines « incohérences » (notamment le fait que Bilbo n’enlève pas l’Anneau au hasard, mais le fait soit à cause de l’orgueil que la puissance de l’objet lui donne – les araignées -, soit par peur de son pouvoir – Smaug). De même, vos mises en doute quant à la vraissemblabilité (ça n’existe pas, mais tant pis) de certains événements me paraissent être principalement dus à un simple refus de la suspension d’incrédulité (pourquoi les tonneaux ne pourraient-ils pas tenir droit et les forges se réactiver sous le feu d’un dragon ?).

          Voilà. Navré pour la longueur de ce pâté, mais je pense comme cela avoir pu exposer tous les arguments qui me semblent soutenir la thèse selon laquelle ce Hobbit 2 est un peu plus qu’une simple avalanche d’effets spéciaux.

          Sincèrement,

          Thibaud

          • Cher Thibaud,

            Je vous ai répondu dans un nouveau message, afin de limiter l’indentation du texte et que cela soit plus lisible.

            Bon week-end !

            Alain

  2. Bonjour Thibaud,

    Quel plaisir de lire votre commentaire. Il m’a également semblé beaucoup plus argumenté que votre billet original, et il m’a permis de comprendre la façon dont vous avez interprété certaines scènes (typiquement la représentation du royaume perdu des Nains démoulée trop tôt – même s’il me semble que le but de Thorin était justement que la statue fonde et engloutisse Smaug), que personnellement j’ai sans doute vouées aux gémonies trop rapidement, étant dans un état d’esprit « il n’y a rien à sauver ». Je trouve votre regard intéressant. :-)

    Pour répondre à votre interrogation, non, je n’ai pas apprécié le premier opus de « The Hobbit ». J’ai d’ailleurs été un peu surpris par certaines critiques lues par exemple sur IMDB de personnes qui précisent avoir détesté la seconde partie alors qu’elles avaient apprécié la première. Pour moi, Peter Jackson a été constant, même si j’ai encore moins aimé « The Desolation of Smaug », vu que la trame s’éloigne davantage du livre que « An Unexpected Journey » et que le nombre de scènes d’action y est plus conséquent. À noter que, comme de nombreux amateurs de l’univers de Tolkien, j’ai ressenti une certaine inquiétude dès lors que j’ai su que « The Hobbit » serait une trilogie. Jamais je n’ai trouvé de justification valable à cette décision, et j’ai naturellement été attristé que l’aspect commercial prenne le dessus.

    Je ne peux malheureusement pas vous répondre sur l’adaptation de « Hellboy », n’ayant jamais lu le comic et ayant regardé le film uniquement à la télévision, d’un oeil distrait. Par contre, je rebondis volontiers sur opinion à propos des films tiré du Seigneur des Anneaux. Peter Jackson et son équipe se sont-ils ré-appropriés l’oeuvre ? Indubitablement ! Ont-ils procédé à des modifications significatives ? Absolument ! Ai-je, en tant qu’amoureux du livre, apprécié ces trois films ? Oui, oui et re-oui ! Bien sûr, Peter Jackson a fait le choix de supprimer certaines choses (l’exemple le plus criant qui a fait bondir certains fans : le personnage de Tom Bombadil) et a mis fortement l’accent sur les batailles et l’action en général, mais, à mes yeux, il a réussi – contrairement à « The Hobbit », je n’insisterai jamais assez là-dessus – à respecter l’esprit de l’oeuvre de Tolkien et l’essence des protagonistes. Samwise Gamgee fait preuve de bravoure à certains moments, mais il reste le jardinier un peu bourru et conservateur du livre. Frodo a 50 ans de moins, mais ses épreuves, des doutes, son attitude vis-à-vis de Gollum sont identiques. Relisez « The Hobbit » et vous verrez que Bilbo reste un « pantouflard » et ne devient jamais un héros aguerri. Sa quête lui permet de se découvrir un certain courage et un côté aventurier (sa fameuse « moitié Took »), mais il n’en demeure pas moins toujours prudent avec comme objectif principal de justement éviter les situations « où il faut se comporter comme un héros ». À plusieurs reprises dans le livre il maugrée contre les Nains qui le forcent à devoir trouver des solutions et à se mettre dans des situations inconfortables. Les Nains quant à eux ne sont pas des héros non plus. Ils ont comme objectif de recouvrer leur royaume et leur trésor, ils y sont farouchement déterminés (étonnamment, dans le film ils essayent 30 secondes d’ouvrir la porte secrète avant de laisser tomber…), mais se lancer dans une confrontation frontale avec Smaug ne leur traversent jamais l’esprit !

    Nous ne serons sans doute jamais d’accord sur la vraisemblance (« vraissemblabilité » c’était joli aussi !) de certaines scènes. Je pense que, concernant ce point, l’aspect déterminant est la capacité du spectateur à entrer dans le film. Vous avez été captivé et par conséquent ça ne vous a aucunement gêné. À aucun moment je n’ai réussi à m’immerger dans le long-métrage et donc ça m’est apparu comme un aspect négatif supplémentaire. Pour reprendre un parallèle avec un autre film, cela m’a personnellement fait penser à « Pirates of the Caribbean » : les deux premiers ont su, selon moi, trouver le juste milieu entre la vraisemblance et l’aspect spectaculaire. Le troisième, avec sa scène interminable de combat entre les deux navires au milieu d’un tourbillon géant, assommait le spectateur et en faisait cent fois trop.

    Je réponds à votre « pâté » par un « pavé », j’espère que vous ne m’en voudrez pas. ;-)

    Cordialement,

    Alain

    • Re-bonjour Alain,

      Comme quoi, lorsque chacun prend le temps d’exposer son point de vue, il y a encore moyen d’engager un échange constructif et respectueux (chose hélas de plus en plus rare sur le net). ;-)
      Je pense effectivement qu’en tant que lecteur de Tolkien, si vous n’aviez pas accroché au premier opus, il était peu probable que ce soit le cas pour cette suite, qui se permet en effet encore plus de libertés. Il me semble qu’en règle générale, les spectateurs n’ayant pas aimé le premier mais le second ne sont justement pas des lecteurs du roman, puisqu’ils ont, le plus souvent, été surtout rebuté par l’introduction « trop longue et lente » d’Un Voyage Inattendu, qui se trouve être justement, à mon sens, la partie du métrage la plus proche du récit du livre.

      Quant au fait de faire de cette adaptation une trilogie, bien qu’un peu sceptique au départ, je le trouve finalement parfaitement justifié : la construction en trois chapitres me semble, pour le moment, très bien pensée, puisqu’en plus de permettre une intéressante relecture du Seigneur des Anneaux, elle suit également le schéma classique qui caractérise les grands récits et que suivaient des sagas comme Star Wars (la première trilogie bien sûr), les derniers Batman (malgré un troisième opus bancal) et le Seigneur des Anneaux justement. Un premier chapitre centré sur la construction du héros et se terminant par un premier fait d’armes notable, un second qui élargit les enjeux et remet en question les bases établies par son prédécesseur, en faisant généralement douter son héros (et se terminant très souvent sur un cliffhanger), et enfin un troisième épisode qui voit la résolution des enjeux et l’avènement final de ce héros.

      Ensuite, la réappropriation de l’oeuvre de Tolkien est peut-être effectivement plus prononcée sur Le Hobbit qu’elle ne l’était sur Le Seigneur des Anneaux, mais je considère néanmoins qu’on peut difficilement parler de trahison. Peter Jackson extrapole certes, mais il n’invente ni ne travestit rien : la transformation de Bilbo n’est peut-être pas aussi prononcée dans le roman (il est vrai qu’il ne nous gratifie pas des mêmes acrobaties guerrières), mais l’idée de la métamorphose par le voyage est bien présente (« Vous n’êtes plus le même Hobbit » est une des dernières répliques de Gandalf, et ses congénères ne le reconnaissent plus à son retour). Jackson a simplement approfondi l’idée (ce qui n’empêche pas le Bilbo du film de conserver son aspect empoté et maladroit), de même qu’il décale le déroulement des différentes péripéties pour en faire des séquences d’action, sans toutefois en trahir l’aboutissement (la traversée de Mirkwood permet au Hobbit de baptiser son épée et d’explorer les pouvoirs de l’Anneau, la rencontre avec Smaug incite ce dernier à aller détruire la ville des Hommes, etc…).
      Jackson usait déjà de ce procédé concernant les personnages dans Le Seigneur des Anneaux. Ainsi, dans le roman, la figure de Faramir est beaucoup moins sombre que dans le film, puisque chez Tolkien, il est dès le départ acquis à la quête de Frodo et Sam. Le faire hésiter, ajouter cette tentation par l’Anneau à laquelle avait succombé son frère permettait dans Les Deux Tours d’accroître la tension dramatique (ce qui n’empêchera pas le personnage de se révéler finalement bien être la figure noble du roman).

      Quant aux travers des Nains, ils sont justement au coeur de ce second film, en particulier chez la figure de Thorin. Amorcés dans Un Voyage Inattendu (c’est encore plus frappant dans la version longue), le caractère impétueux et l’aveuglement du roi des Nains trouvent ici leur accomplissement négatif. Aveuglé par sa soif de reconquête, Thorin sombre peu à peu du côté obscur, négligeant les avertissements de Barde, abandonnant ses neveux à Lacville et étant même prêt à sacrifier la vie de Bilbo. La cité de Lacville est bien présentée comme un futur dommage collatéral de cet empressement.

      Enfin, j’ajouterai qu’ils abandonnent leur tentative d’ouvrir la porte, qu’ils savent scellée par un sort puissant, après y avoir brisé la moitié de leurs haches, et surtout parce qu’ils pensent avoir manqué l’accomplissement de la prophétie inscrite sur la carte.

      Et effectivement, dans ce genre d’aventure au spectaculaire décomplexé, si le récit de base ne vous accroche pas, les morceaux de bravoures délirants ne peuvent que vous tenir encore plus en-dehors de l’histoire.
      (Et merci pour « vraisemblance », sur le coup j’avais un blanc… :) ).

      Voilà, encore un énorme texte, mais puisque, pour une fois, une discussion cinéphilique n’est ni victime de troll (et je ne parle pas de ceux de Tolkien), ni envenimée par un surplus de passion, je ne vois pas pourquoi l’on s’en priverait ! ;-)

      • Ah la la Thibaud… Lasto beth nîn, tolo dan na ngalad ! ;-)

        Je me posais la question : vous m’avez dit avoir lu « The Hobbit » et, d’après notre discussion, je comprends que vous avez également lu « Le Seigneur des Anneaux »… Avez-vous aimé les livres ? Vous n’êtes manifestement pas un « loyaliste », puisque les adaptations cinématographiques vous plaisent, mais quel est votre avis sur les ouvrages eux-mêmes ? Je suis curieux !

        Pour moi, le plus gros problème quant au fait d’avoir « déformé » « The Hobbit » pour en faire trois films vient de la volonté de les faire ressembler à la trilogie précédente du sieur Peter Jackson. Je pense que vous ne me contredirez pas sur ce point. Je peux comprendre que cela plaise, mais personnellement ça m’a profondément dérangé. Que ce soit dans le premier ou le second opus de « The Hobbit », le nombre de clins d’oeil/hommages/références/plagiats (je ne sais trop comment les nommer) aux films tiré du « Seigneur des Anneaux » m’a semblé beaucoup trop important. Car, là encore, pour moi il s’agit d’une histoire très différente, écrite sur un ton très différent lui aussi. Or, Peter Jackson en fait un « The Lord of the Rings: the amazing prequel » !

        Peut-être suis-je trop sévère, mais, pour donner un autre exemple, pour moi « The Hobbit » souffre des mêmes travers que le King Kong de Peter Jackson : c’est trop long, trop invraisemblable et trop « grand spectacle ».

        De plus, je pense que je ne pourrais jamais pardonner au réalisateur d’avoir transformé la scène de l’arrivée chez Beorn, qui est vraiment excellente dans le livre et aurait pu être sublime avec Ian McKellen ! ;-)

        Cordialement,

        Alain

        • Cher Alain,

          Il semblerait que nos visions respectives soient finalement plus proches que nous ne le pensions, du moins sur certains points ! J’y reviendrai…

          Pour répondre à votre premier point, j’ai effectivement lu une grande partie de l’oeuvre de Tolkien (Le Hobbit, Le Seigneur des Anneaux, Le Silmarillion, Les Contes et Légendes Inachevés, Faerie, et même Gilles de Ham et Roverandom). J’admire l’auteur, sa parfaite compréhension de la mythologie et de sa portée universelle, son style aux milles détails (même si, comme beaucoup, mes premières lectures ont été difficiles).
          Néanmoins, je ne me considère de loin pas comme un Tolkiendil aguerri (la preuve, il m’a tout de même fallu chercher sur google pour comprendre que vous citiez Arwen dans votre première phrase). Ma découverte de la Terre du Milieu reste avant tout liée à la vision en salle de La Communauté de l’Anneau il y a douze ans. C’est cette expérience cinématographique stupéfiante qui m’a amené à lire les romans, puis le reste de l’oeuvre de Tolkien.
          Je suis donc un cinéphile avant d’être un lecteur mordu, et donc un fan de Peter Jackson avant d’en être un de Tolkien. Et, comme explicité précédemment, je tolère tout à fait les prises de libertés quand elles sont justifiées.

          Je vous disais en introduction que nous étions finalement d’accord sur plusieurs points : vous avez entièrement raison sur le fait que l’approche de Peter Jackson était grandement conditionnée par son précédent passage en Terre du Milieu. Du temps où Guillermo del Toro était encore en charge du projet, il s’agissait encore d’un dyptique et il est certain que l’adaptation aurait été toute différente. Mais lorsque PJ s’est vu finalement en hériter par la force des choses, il était clair que son CV changeait la donne. Il lui était plus difficile de proposer quelque chose de radicalement différent et surtout de plus réduit en terme d’ampleur.

          Les références au SDA sont en effet nombreuses, mais selon moi elles participent à la cohérence entre les deux histoires. La forme du récit est tordue afin de gagner en caractère épique, mais je ne pense pas qu’elle trahisse celle du roman, puisqu’elle s’inscrit dans un spectaculaire débridé aux airs presque enfantins. De fait, là où je vous rejoins également, c’est dans votre citation de King Kong : j’employais moi-même la comparaison l’an dernier dans ma critique du premier opus, car l’approche est semblable sur les deux films. On est clairement dans ce fameux « cinéma des attractions » dont le King Kong original était l’emblème et que Jackson sublime avec brio : du divertissement dans ce qu’il a de plus noble, de plus généreux et aussi de plus extrême, la démesure étant fréquente, mais toujours parfaitement maîtrisée (je connais peu de cinéastes capables de réaliser une scène telle que celle du combat contre les deux T-Rex dans King Kong). Un genre de cinéma qui fait avant tout appel à cette fameuse « âme d’enfant » cachée en chacun de nous. C’est pour cela que je considère que ces Hobbit 1 et 2 sont de bonnes adaptations : la forme s’écarte effectivement beaucoup du matériau de base, mais dans le fond, l’idée reste la même. Le ton est tout de même plus léger que celui du SDA, même s’il glisse progressivement vers quelque chose de plus sombre et devrait finalement s’en rapprocher à la fin du troisième opus. C’est également pour cela, considérant les références au SDA et le développement de l’arc narratif de Gandalf, que je considère l’adaptation de Jackson d’autant plus réussie qu’il est bien parti pour réussir ce dont George Lucas a été incapable avec sa prélogie Star Wars, à savoir créer un lien cohérent entre deux trilogies.

          Concernant Beorn, je ne puis hélas pas vous rejoindre, puisque je trouve l’inversion intéressante (nous le présenter d’abord sous sa forme monstrueuse permet de rendre l’humain plus inquiétant et sa future aide beaucoup moins sûre). Mais surtout, l’imagerie du cinéma de monstres que convoque Jackson m’a totalement convaincu (ah, ce plan hammerien au possible d’un Beorn nu, fraîchement dé-transformé, juste éclairé par la Lune…) !
          Mais peut-être finirez-vous par pardonner à ce pauvre Peter (il y a neuf ans, j’avais moi-même assez mal digéré le déplacement de la mort de Saroumane, avant de me rendre compte qu’il était tout à fait justifié). ;-)

          En somme, oui, je vous trouve trop sévère avec ce film qui, même en-dehors du cadre de l’adaptation de Tolkien, propose des instants de cinéma d’une rare qualité. (Je n’ai jamais lu Stephen King, mais il parait que le Shining de Kubrick n’a rien à voir avec le roman…).

          Mais au fond, je ne vous en veux pas, puisque vous m’êtes tout à fait sympathique. ;-)
          A défaut de parvenir à convaincre l’autre, il semblerait que nous nous accordions au moins sur notre désaccord, ce qui est déjà pas mal. :)

          Sincèrement,

          Thibaud

          • Bonjour Thibaud,

            Tout d’abord, joyeux Noël ! J’espère que cette période de Fêtes vous permettra de prendre conscience de l’importance des valeurs traditionnelles, qu’il faut à tout prix respecter et dont toute *adaptation* serait une trahison impardonnable !
            D’accord d’accord, j’arrête. ;-)

            Au fil de la lecture de vos différents messages, toujours très bien écrits je tiens à le souligner, je me suis également rendu compte que nos divergences étaient sans doute moins profondes que j’aurais pu le croire lors de la première lecture de votre critique. Je pense que l’élément foncièrement différenciateur entre nous est le fait que vous êtes amateur de l’oeuvre de Peter Jackson avant d’être lecteur de Tolkien, là où la situation est inversée pour moi (et je vous rassure, la première fois que j’ai lu « The Silmarillion » en anglais j’ai cru que je n’arriverais jamais au bout, et j’avais oublié les trois quarts des personnages deux pages après qu’ils soient apparus ! :-D ).
            D’ailleurs, je vous avouerais que j’éprouve une certaine « jalousie » à votre égard. Comme pour le Seigneur des Anneaux, j’aurais tellement voulu réussir à me laisser transporter par « The Hobbit » et à l’apprécier autant que d’autres personnes, vous typiquement.

            Nous ne nous rejoignons en effet toujours pas sur Beorn. Sa forme bestiale exagérée et son côté humain « sombre » (alors que dans le livre il est principalement brusque et bougon) ne m’ont pas du tout convaincu. Sans parler du fait que la place qui lui est laissée dans le film est – à mon sens – beaucoup trop négligeable.
            Pour ce qui est de la mort de Saroumane, j’avais assez bien accepté le choix de Peter Jackson, sachant que toute la partie « transformation de la Comté » avait été laissée de côté dans le film. Il fallait donc la transposer, et il ne m’a pas semblé que la scène cinématographique trahissait l’esprit du livre.

            Je n’ai ni lu ni vu « The Shining » et, oui, j’en ai un peu honte. ^_^

            Je vous souhaite une très belle fin d’année !

            Alain

  3. Cher Alain,

    Je pense en effet que la différence de nos appréciations se joue en partie sur nos attachements respectifs aux deux auteurs… tout comme je suis convaincu que, adaptation ou non, on ne peut enlever à La Désolation de Smaug sa mise en scène proprement hallucinante : que l’on ait lu le livre ou non, que l’on soit attaché au strict respect de ses événements ou non, il est selon moi impossible de ne pas être estomaqué devant la scène des tonneaux !
    C’est pour cela que je citais Shining en exemple, une adaptation dont personne ne viendrait à contester la qualité cinématographique, mais qui s’écarte, parait-il, beaucoup du matériau de base (King lui-même l’a reniée).

    Mais je conçois tout à fait qu’il n’est pas toujours facile, lorsque l’on est réellement attaché à une oeuvre que l’on connait sur le bout des doigts, d’en voir une vision qui ne correspond pas tout à fait à la nôtre et d’accepter sa réappropriation par l’auteur qui l’adapte.

    Tout dépend du sens que l’on donne au terme même d’ »adaptation », justement.

    En tous les cas, merci pour cet échange instructif et belles fêtes de fin d’années à vous également !

    PS : Pour Le Silmarillion, je crois que c’est le lot de tous ses lecteurs de peiner à un moment ou un autre… et c’est tout ce qui en fait l’attrait ! ;-)

    Thibaud