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Culture
Please, continue (Hamlet)
Acquitté. Tel fut le verdict pour Hamlet ce mercredi 4 juin 2014 à la salle Charles Apothéloz, théâtre de Vidy. Mais rassurez-vous, je ne vous ai rien spoilé : si vous avez l'occasion de voir Please, continue (Hamlet), allez-y, et l'issue du procès pourrait bien être différente.

Un concept théâtral à la fois incongru et évident qu'il nous faut vous décrire avant toute chose. Incongru : mettre en place un (presque) authentique procès réunissant des professionnels de la justice (avocat, procureur, président, huissier et expert psychiatre de la région, différents chaque soir) et trois comédiens incarnant Hamlet, l'accusé, Ophélie, la partie civile et Gertrude, la témoin, trois personnages issus de la célèbre pièce shakespearienne. En d'autres termes, le spectateur assiste au procès ultra réaliste et procédurier d'un personnage de fiction, dont on nous dit pourtant qu'il habite à Renens. Evident : les professionnels de la justice ont l'habitude de plaidoyer devant un public et cherchent à convaincre par leur éloquence, leur prestation lors des procès se rapproche donc fortement du théâtre. Oui, il fallait y penser, et forcément, cela fonctionne.

© Pierre Abensur
Aucune répétition n'a eu lieu, aucune ligne n'a été écrite au préalable. C'est de l'improvisation, un vrai procès mais pour de faux. Ainsi le spectateur ne sait-il jamais à quoi il a affaire. Doit-il se comporter comme lors d'un procès et rester silencieux ? Ou doit-il tout de même agir en spectateur et applaudir à la fin ? Lorsqu'un rire se fait entendre dans la salle, le président rappelle l'audience à l'ordre en lui demandant de ne pas réagir. Mais la procédure est bafouée par deux aspects : d'abord par les t-shirts jaunes que portent Hamlet, Ophélie et Gertrude qui indiquent leur nom avec la mention "acteur" ; ensuite les interventions de Yan Duyvendak lui-même qui vient se présenter, expliquer les règles du jeu, annoncer l'entracte et indiquer les "statistiques" des représentations précédentes. On pourrait se dire que le procès perd en réalisme – il n'en est rien. Baliser ceux qui jouent accentue le fait que les autres exercent leur profession avec sérieux, et interrompre momentanément la procédure pour s'adresser au public en tant qu'initiateur du projet tend à nous intégrer davantage; la limite qui sépare le spectateur réel de la fiction disparaît.
En Suisse, les jurys publics ont été abandonnés en 2011, mais ils sont réintroduits dans le spectacle. Chaque personne se voit offrir un petit bloc notes à l'entrée et est avertie que peut-être, elle pourrait être tirée au sort et devenir juré. A l'issue des plaidoiries en effet, certains sont appelés, et ils passeront leur entracte à définir le verdict dans une autre salle.
À la fin, certains applaudissent (pour les acteurs surtout, pour le concept, pour Duyvendak et Bernat, du moins ; mais celles et ceux qui ont exercé leur profession bénévolement méritent-ils des applaudissements sachant que la chose n'est pas du tout à propos dans un contexte réel, au tribunal ?), mais pas de salut. Il faut que cet OVNI théâtral demeure hybride et ne rentre pas dans la catégorie "pièce de théâtre" au dernier moment. Cette ambiguïté, responsable du décontenancement des spectateurs et spectatrices, constitue la grande force du projet.
Ça dure trois heures, ce n'est pas trop. C'est intéressant dans l'idée mais aussi dans le résultat, on ne s'ennuie pas. Il est bien sûr intéressant d'assister à un procès pour un homicide, occasion rare, et intéressant de tenter de faire le point sur la culpabilité d'Hamlet (on ne discute pas le fait qu'il ait poignardé Polonius, seulement l'intention qu'il avait de le faire ou non). On tente mais on n'y arrive pas, bien sûr, puisque l'opinion gagnante n'est pas partagée de tout le monde, et celle-ci dépend des jurés, du jeu des acteurs et des arguments des avocats. On pouvait trouver le projet absurde et donc attirant ; tout compte fait, il est pertinent. Un bel hommage au grand Shakespeare, qui plus est.

© Sylvain Couzinet Jacques

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