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Par Laurent Courau photographies, Lukas Zpira Flammarion, 2006.
« Vampyres » vous invite à une plongée dans l’univers ténébreux des vampyres. De New York à Osaka, de la vieille Europe aux ruines de la Nouvelle Orléans, entre rituels occultes et soirées techno hardcore, Laurent Courau, spécialiste des subcultures contemporaines, donne la parole aux grandes figures du mouvement, non sans les situer dans leur contexte socioculturel A noter encore qu’un film documentaire (à l’origine du livre) sortira fin 2006.
New York, milieu des années 90. Celui que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Father Sebastiaan décide de révéler sa vraie nature et fonde le premier clan de vampyres [1]. Ainsi naît une tribu urbaine qui ne cessera de croître et de se structurer, avec ses codes, sa symbolique, et ses règles. Elle compterait aujourd’hui entre 10 000 et 15 000 membres regroupés en clans ou familles selon leurs affinités. Phénomène américain à la base, les vampyres ont essaimé ces dernières années sur tous les continents, et aux dernières nouvelles, une famille serait en train de naître en Suisse romande.
Organisés de manière tribale, les clans de vampyres fonctionnent comme des structures d’entraide dans lesquelles chacun occupe des responsabilités en rapport avec ses aptitudes ou son métier. Ce mode d’association s’entoure de règles, résumées dans la bible du vampyre rédigée par Father Sebastiaan : le « Black Veil ». Parmi les domaines abordés dans ce code de conduite, on trouve des éléments tels que la tolérance entre membres, le contrôle de soi, ou l’idéal communautaire (on observe chez les vampyres une mixité sociale, ethnique et sexuelle beaucoup plus importante que dans les autres tribus urbaines). Au-delà des ces liens claniques, ce qui caractérise le plus visiblement le vampyre, ce sont ses crocs (prothèses en résine dentaire). L’opinion la plus communément admise parmi les vampyres est qu’ils représentent l’animalité, la bête qui sommeille en chaque être. Mais les canines effilées évoquent aussi l’image du prédateur, la position sociale de celui qui cesse d’être la victime d’un monde carnassier pour endosser un rôle plus "actif". Il en va de même pour le sang, que la plupart des vampyres interprètent comme une métaphore de l’énergie vitale (que vous appellerez Chi, ou Prana, suivant que vous faites du taï chi, ou du yoga). Se nourrir de cette énergie relève alors de la communion spirituelle. A côté de ces vampyres « spirituels » existent aussi des vampyres « sanguins » qui consomment bel et bien du sang. Moins répandue, cette consommation se fait entre personnes de confiance, souvent au sein du couple, au moyen d’équipements stériles et jamais par morsure. Si certaines familles ont totalement banni cette pratique, la question du sang reste tabou pour de nombreux vampyres qui préfèrent garder le silence sur le sujet.
L’image de ces vampyres modernes, urbains et fêtards, tient plus de la pop-culture contemporaine que des archétypes littéraires, et les films comme Entretien avec un vampire ou Blade restent les références de nombreux vampyres américains. Mais si certains ne font que suivre une mode, d’autres voient dans cette communauté une réponse à leur besoin de spiritualité dans monde matérialiste et rationnel. Marcos Drake enseigne le Wu-shu au Cercle du Dragon à Renens et a fondé les Editions INRI, dévouées à la publication de textes ésotériques rares. Expert en matière de vampirisme, il prépare en ce moment la préface du prochain livre de Father Sebastiaan. Pour lui, « le succès des vampyres s’explique par l’attrait du clan, qui est aussi un clan spirituel. Alors que dans votre travail on vous dit que vous pouvez être remplacés à tout moment par n’importe qui, les vampyres vous intègrent dans une famille par des rituels de passage qui vont de paire avec votre prise de responsabilité. Vous prenez alors conscience de la place unique et utile que vous occupez au sein de ce groupe. » Il serait toutefois erroné de considérer les vampyres comme étant une secte : « Les règles que suivent les clans sont comme un code social sensé garantir la survie du groupe et éviter les dérapages. Spirituellement, les vampyres américains sont très éloignés des sources européennes d’un vampirisme initiatique réellement occulte. Leurs rituels se rapprochent plutôt d’une forme de néo-paganisme. Mais il est probable que les nouvelles familles, au Brésil et en Europe de l’Est, se tournent vers des pratiques plus extrêmes, en empruntant des éléments à leurs traditions locales. »
[1] L’usage du « y » sert à les différencier le vampyre moderne du vampire en tant qu’archétype fictionnel.