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Après avoir fait une entrée fracassante outre-Sarine où elles ont rencontré pas mal de succès, les soirées M-Budget s’imposent dans le paysage romand. A Lausanne, c’est au Cult qu’elles ont élu domicile.
Le concept est simple : offrir l’opportunité à tous les fauchés de se divertir un peu. Et c’est effectivement peu coûteux, l’entrée est à 9fr.90 au lieu de 20fr. et les boissons non alcoolisées sont gratuites.
Mais outre le fait que ces soirées soient peu dispendieuses, elles peuvent également rapporter gros. Jugez-en plutôt : à l’entrée, on vous remet un bulletin de participation d’un concours où vous n’avez même pas besoin de réaffirmer la suprématie du supermarché, mais juste d’y inscrire vos coordonnées. Chaque heure, un heureux gagnant est tiré au sort et repart avec un sac rempli de provisions M-Budget. Après avoir testé la qualité des denrées alimentaires de cette catégorie en guise de dîner, pour me mettre dans l’ambiance, je me suis dit que si je gagnais, je ne me manifesterais pas, en espérant qu’on ne m’obligerait pas à rester dans l’arène en lâchant les lions.
Le gros morceau reste toutefois pour la fin : entre 3h et 4h du matin, pour ceux qui ont tenu le coup jusque-là, l’enjeu tient dans un bon de voyage de 990fr. remis par MTravel.
Quant à l’ambiance, c’est très bon enfant. Comme les boissons alcoolisées sont chères, les participants ne sont pas bourrés. Autre fait étonnant : alors que, passé minuit, grâce à la fumée on ne voit habituellement pas à plus de 2 mètres, à la même heure, pas de trace d’odeur de cigarette. Des personnes déambulent le nez dans un paquet de chips paprika ou nature, au logo M-Budget, des rires gentils fusent d’un peu partout et certains se dandinent, au son d’une musique électro, avec peu de conviction sur la piste de danse. Cela m’a rappelé mes boums d’il y a vingt ans, le matraquage d’images publicitaires Migros en plus. La moyenne d’âge se situe d’ailleurs entre 20 et 25 ans et je n’y ai pas vu de caissière à l’horizon. Les mâles sont « metrosex », les filles le nombril à l’air et quelques-uns arborent fièrement un T-shirt orange sur lequel est décliné en toutes lettres le produit vaisselle « Handy ».
Ainsi l’opération marketing de la Migros ne vise pas n’importe quel désargenté, mais le jeune fringant, en devenir d’une situation socioprofessionnelle confortable.
Et ça marche, à 23h, une file d’attente de plusieurs heures s’étire à l’entrée, digne des soirées « fleur de l’âge ». Je dois avouer que je suis assez interloquée par ce succès. Commentm cela se fait-il que l’image populaire qui colle ordinairement à la Migros se soit transformée, avec le concept M-Budget, en une représentation branchée ?
Les vastes opérations publicitaires de la Migros, au cinéma, dans les médias et par le biais des affiches est un des éléments. Ensuite, le packaging überkitsch des produits cible davantage les jeunes que le prolétariat. Et bien entendu, l’image de la Migros est très proprette : pas d’alcool, pas de cigarette. En outre, elle participe au financement de projets culturels et d’utilité publique.
De cette façon, en plus de divertir la jeunesse convenable à bas prix, pour que cela lui rapporte des clients, la Migros empoche les bénéfices de la soirée : plus de 1500 entrées à 9fr.90. Je vous laisse faire le calcul.