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En marge du programme officiel, le NIFFF a su réunir un éventail d’œuvres remarquables et pourtant méconnues du grand public. La vingtaine de films projetés auront permis de documenter près de cinquante ans de production cinématographique socialiste, et de couvrir une très large palette de genres, du film d’animation au space-opera kitsch, en passant par des mondes post-apocalyptiques. La programmation, en privilégiant à la fois la multiplicité des discours, entre propagande et critique sociale, et la diversité esthétique, de l’expressionnisme au réalisme socialiste, aura convié le spectateur à s’embarquer pour autant de voyages improbables, imaginés dans des pays qui aujourd’hui n’existent plus.
Mark Siegmund : Je pense que la principale différence réside dans le fait que ces films véhiculent une certaine vision du futur, un idéal. Tout le contraire des films de monstres ou des « Star Wars », qui ne dépassent pas la caricature d’une lutte manichéenne entre le bien et le mal dans des décors exotiques.
Pas toujours. Il y a évidemment des considérations politiques, c’est vrai, mais on n’est pas non plus dans la lutte des classes à l’échelle intergalactique. Plus simplement, on y voit des sociétés pacifiques et harmonieuses, où hommes et femmes entretiennent des rapports égalitaires et sans ambiguité. La critique du capitalisme, et des Etat-Unis à proprement parler, prend des chemins subtils : Dans « Das Schweigen der Sterne » par exemple, un film est-allemand de 1959, une chercheuse japonaise à bord d’un vaisseau spatial consacre sa vie à la science, pour le bien de l’humanité, car elle ne peut avoir d’enfant, des suites du bombardement d’Hiroshima... Suivez mon regard.
Il faut dire que dans ces films, la critique de l’« ennemi » est parfois si exagérée qu’elle en perd toute crédibilité et devient ironique. D’un autre côté, les réalisateurs avaient en face d’eux un système qui se considérait comme le futur de l’humanité, ce qui laissait peu de place à l’imagination.
A ma connaissance, le bloc socialiste n’a pas connu de tels phénomènes. Il y avait certes des films cultes, comme « Die Legende von Paul und Paula » en RDA, mais ceux-ci n’étaient jamais des films de SF. De par leur faible teneur critique, ils n’étaient pas à même de satisfaire la soif de liberté du public. Ce sont surtout les effets spéciaux qui ont valu son succès à la SF, et chez nous ces films étaient bien moins spectaculaires que leurs homologues de l’ouest. Lorsqu’un vaisseau spatial traverse des turbulences, c’est la caméra qui tremble, pas le décor. Les acteurs ont beau sortir le grand jeu et se crisper sur leurs sièges, ça ne prend pas.
En dehors d’un dessin animé hongrois et de quelques magazines de bande dessinée, la SF se cantonnait principalement à la littérature, avec des auteurs du bloc, comme les frères Strougatski ou Stanislas Lem. Je me souviens avoir lu « 1984 » de George Orwell, mais je ne saurais dire si le livre avait été introduit illégalement en RDA, où s’il avait été autorisé par le régime. Toute la question est de savoir si les autorités de censure avaient préféré voir en Big Brother l’ennemi capitaliste plutôt que de se reconnaître elles-mêmes.
Propos recueillis et traduits pas Simon Koch