L’auditoire, journal des étudiants de Lausanne (UNIL - EPFL)
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168 - Novembre 2005

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  • Tim Burton : décontes de fées
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    culture

    Tim Burton : décontes de fées

    Lorsque le héros aux mains-ciseaux d’« Edward aux mains d’argent » (1990) sort de son manoir pour aller à la rencontre de la bourgade bourgeoise avoisinante, il est plus qu’un simple personnage, il est symbole de l’étrangeté et de la différence.

    Imprévisible irruption, dans le réel bien ordonné, d’un « autre » appartenant normalement à un monde de l’imaginaire. Mais Edward vient seul ; il supporte à lui seul l’aspect « irréel » du film. Il est le seul représentant, ambassadeur, de l’imaginaire. Même constat avec Big Fish (2003) où, bien que le père fabulateur ne soit pas lui-même un personnage imaginaire, il crée sur la base de ses expériences personnelles un monde fantastique dans lequel il invite son fils éminemment rationnel. Dans les deux films, un personnage, un héros, suffit à l’imaginaire et à faire le lien avec le réel, pour le premier par son physique, pour le second, par son « esprit ».

    Univers parallèles

    On retrouve cette idée du héros-lien dans d’autres films de Burton, dont L’Étrange Noël de Monsieur Jack (1993). Contrairement aux films déjà cités, il y a cohabitation matérielle de deux mondes autosuffisants : le monde des fêtes et le monde réel. Le monde imaginaire est ainsi exploré indépendamment du monde réel. Cet espace des fêtes est lui-même fragmenté. On trouve le monde de « Pâques », « Noël » et « Halloween ». Issu de ce dernier, Jack, après s’être promené dans le monde de Noël, tente vainement de s’accaparer sa symbolique et de la prodiguer à sa manière au monde réel : Noël et sa transmission deviennent un enjeu et, dans une grotesque parodie, les monstres d’Halloween revisitent toute la fête, des rennes aux cadeaux. Le monde réel est la première victime de cet accaparement. La soumission en arrive à tel point que c’est grâce au monde imaginaire puissant et influent (qui était pourtant à la source des troubles) que l’ordre, en la personne du Père Noël, reviendra dans les chaumières des enfants traumatisés par les cadeaux de Jack qui finira par reprendre son rôle d’antan. Sleepy Hollow (1999) conserve l’optique de mondes séparés, mais liés grâce à un personnage. L’imaginaire est symbolisé par le chevalier sans tête bloqué aux portes de l’Enfer et contraint d’assassiner au service des bas instincts vengeurs et bien « réels » d’une marâtre avide. Le chevalier est une arme double : c’est le bras assassin et le voile qui empêche la population de la bourgade de Sleepy Hollow de découvrir le « réel », le « véritable complot ». L’imaginaire est donc un instrument aux mains de la cupide instigatrice. Pour résoudre l’affaire, intervient Ichabod Crane (Johnny Depp), le rationnel pur, celui qui croit en une méthode scientifique rigoureuse et dépourvue de toute croyance. Appliquée à la situation de la bourgade, sa démarche permet à Ichabod de montrer l’emprise du réel sur le fantastique. Ainsi, le héros parvient non seulement à lever le voile cachant la mesquinerie terre-à-terre du complot, mais également à résoudre la présence problématique de l’imaginaire en permettant au chevalier de rejoindre son monde et de s’y enfermer. A l’inverse de l’univers de Jack, c’est le réel qui prend l’initiative et impose ses règles à l’imaginaire, autant dans l’élaboration du plan que dans sa révélation. La rationalité cerne le fantastique par les deux bouts.

    Lost in Underworld

    Les Noces Funèbres, le dernier en date, ne déroge pas à la règle de la confrontation problématique de deux mondes médiatisée par un personnage-passeur. Le héros, à la suite de malentendus, se retrouve plongé dans le monde des morts et fiancé à une défunte. Encore une fois, chez Tim Burton, ça finira bien, mais, comme dans Edward aux mains d’argent, L’Étrange Noël de Monsieur Jack et Sleepy Hollow, ça finira chacun chez soi. L’imaginaire reprend sa place et se clôt au moment même où tombe « The End ».

    samedi 5 novembre 2005

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