X
X
L'auditoire

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook
Webonus
« Etre handicapé, devenir champion »
En complément à la double page consacrée à la thématique du sport et de l’handicap dans le spectre des nouvelles technologies, que vous avez pu découvrir dans le numéro 231 de L'auditoire, quelques étudiants en master en Activités Physiques Adaptées et Santé à l’ Unil nous éclairent sur le sujet des FTT (fauteuils tout terrain) et du cas Pistorius.

Sur le campus de l’Unil, chercheurs, cadres et athlètes se sont retrouvés le temps d’un colloque pour échanger sur le sport, le handicap et la place de la technologie. Organisées au mois de novembre 2015 par l’Institut des Sciences du sport de l’Université de Lausanne (ISSUL), ces deux journées ont été riches de débats passionnés et passionnants. La deuxième journée, centrée sur la question de la technologisation, a permis d’aborder la place des évolutions technologiques dans le sport et d’évoquer leurs limites et les perspectives sous différents angles : celui de l’athlète, de la promotion des disciplines sportives, ou de l’acceptation sociale. Les étudiants et étudiantes du Master en Activités Physiques Adaptées et Santé ont saisi cette occasion pour partager avec celles et ceux qui n’ont pas eu la chance de vivre cet événement exceptionnel les analyses des spécialistes et les aventures personnelles des invités. C’est sous forme d’articles ou de vidéos qu’ils ont choisi de nous rappeler certains moments forts de cette journée.

Jérôme Barral, Maître d’enseignement et de recherche à l’ISSUL
Responsable du Master APAS





À la conquête d’un nouvel espace


Eric Perera, maître de conférence à l’Université de Montpellier, nous donne un aperçu de l’histoire et de l’évolution du fauteuil tout terrain (FTT). Il met en avant l’intérêt plus ludique de son usage, permettant par exemple aux adeptes de la montagne de renouer avec cet espace qui jusqu'ici leur était inaccessible.

Fini les dimanches de beau temps passés à la maison, assis sur sa chaise à ne rien faire ! Prendre un bol d’air en montagne pour les personnes en situation de handicap a été rendu possible, en France, dès les années 1980, lorsque Jean François Porret, ancien alpiniste devenu tétraplégique suite à un accident de parapente, ramena des États-Unis le premier fauteuil tout terrain (FTT) : le Cobra. Celui-ci s’inspire de la technologie du mountain bike, combinée au fauteuil roulant traditionnel et permet à ses pratiquants de prendre part à diverses activités. Commence alors une longue aventure, qui vise dans un premier temps à « développer un engin permettant de combler les limitations fonctionnelles » et ainsi repousser les limites des fauteuils traditionnels. Puis, dans un deuxième temps, le but est de rendre ces FTT toujours plus performants en termes de confort, technologie et sécurité.


Le Cobra. @Jean-François Porret


À ses débuts, en France, le FTT ne compte que Jean François Porret parmi ses pratiquants, lequel souhaite le voir se développer dans son pays. Il se dit être le « seul alien à pratiquer dans un espace réputé comme inaccessible ». Dans les années 1990, le FTT prend une nouvelle direction en terme d’innovation. Une rencontre avec Gilles Bouchet, un des autres pionniers de ce mouvement, à qui Jean François Porret présente le Cobra, permet à la pratique de prendre son essor. Le réseau se développe et la problématique du matériel se résorbe. On assiste alors « à un nouvel élan du FTT en France ». Finis les bricolages au fond du garage pour permettre aux fauteuils d’être plus performants. Désormais, un collectif de passionnés est mis sur pied et divers modèles, comme le Dahu, voient le jour. Ce dernier « est plus robuste, plus grand que le Cobra, l’idée étant de fabriquer un FTT facile à faire avec un matériel de vélo ». La pratique du FTT, en opposition à une pratique handisport compétitive, revendique avant tout la liberté en harmonie avec la nature.


Et le Dahu. @Jean-François Porret


Ces adeptes de randonnée sportive en montagne entreprennent de nombreuses expéditions dans le monde entier, notamment en Amazonie, en Équateur, au Népal ou encore au Tibet. Ces voyages «ont pour objectif de changer l’image du handicap », en montrant que la mobilité réduite n’est pas un obstacle à l’aventure et à la découverte, souligne Eric Perera. Paradoxalement, le FTT manuel n’aspire pas à une couverture médiatique. C’est pourquoi les exploits restent très peu médiatisés, visant la création d’une communauté de pratiquants, plutôt qu’une expansion médiatique. Eric Perera évoque cette « logique de discrétion », recherchée par les pionniers du FTT, arguant que ces derniers « ne veulent pas être vus comme des bêtes de foire » et sont plutôt dans la « protection et dans la distance ». Selon le maître de conférence, les pionniers restent aujourd’hui encore « dans cette logique d’éviter les médias, même s’ils pourraient s’appuyer sur ces derniers pour trouver des fonds ou servir de vitrine pour le FTT ».


Expédition en FTT au Népal ©Jean-François Porret


En 2006, une révolution prometteuse voit le jour, avec la création du FTT électrique. D’après Eric Perera, cette invention « change complètement l’activité ». À l’inverse de la version manuelle, cette innovation est présentée au public comme « quelque chose de révolutionnaire », dont les médias ne tardent pas à s’emparer. Cette avancée technologique permet désormais aux pratiquants de dévaler, mais surtout de remonter les chemins montagneux en toute autonomie. En effet, les constructeurs « ont réfléchi le FTT électrique, de façon à créer une autonomie complète des pratiquants », ajoute encore l'expert. Les sorties familiales, sans devoir « dépendre des valides », sont désormais possibles, malgré quelques pannes. Ainsi, les personnes en situation de handicap à qui le domaine de la montagne était jusqu’alors refusé vient désormais de nouvelles portent s’ouvrir.
Des innovations technologiques continuelles et des FTT toujours plus performants promeuvent une pratique ludique et récréative de la randonnée, dans le respect de la montagne et de la nature. Mais jusqu’où iront ces avancées technologiques ? À n’en pas douter, elles surpasseront un jour les capacités humaines.


Mélina Gonzalez, Sarah Müller, Giacomo Picasso
Master en Activités Physiques Adaptées et Santé, ISSUL







La mise sous clé du cas Pistorius

En vigueur depuis novembre 2015, la décision prise par le conseil de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) d’interdire la participation aux championnats du monde aux athlètes dotés de prothèses, a mis un terme «définitif» à la controverse sportive initiée par le cas Pistorius.
Quels impacts cette décision a-t-elle eus sur les athlètes handisports et les fédérations d’athlétisme ? Pour mieux les comprendre, Damien Issanchou, chercheur au laboratoire SantÉsih de l’Université de Montpellier, revient sur le cas Pistorius.

Sprinter sud-africain né à Johannesburg, Oscar Pistorius a la particularité de courir avec deux prothèses tibiales, c’est-à-dire insérées sous les genoux. Suite à ses bonnes performances, il a demandé à pouvoir concourir avec les valides. Demande refusée par la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) après que le Dr. Bruggeman de l’Université de Cologne a démontré que les prothèses de Pistorius lui procuraient un avantage. Cependant, Pistorius dépose par la suite un recours au Tribunal arbitral du sport (TAS) de Lausanne et engage à son tour sept scientifiques qui arrivent à des conclusions opposées. Par cette absence de consensus, le TAS a finalement autorisé Oscar Pistorius à participer aux compétitions des valides.

Ce cas a fait réagir l’IAAF, désireuse de trouver une solution afin de préserver l’équité sportive. En effet, c’est l’égalité des chances pour tous les athlètes qui donne son sens au spectacle sportif. C’est pourquoi elle a décidé de modifier l’article 144.2 pour que celui-ci stipule que l’utilisation de "tout dispositif technique incluant des ressorts, des rouages, ou tout autre élément qui confère un avantage à un athlète par rapport à celui qui n'en utilise pas" est interdite. Cet article signifie que si les preuves d’un avantage en faveur de l’athlète ne sont pas suffisantes, on ne peut pas l’empêcher de concourir avec les valides. Dorénavant, il appartient à l’athlète lui-même d’estimer si l’usage de son dispositif technologique lui fournira un avantage décisif sur ses concurrents. Cette modification tend ainsi à décourager les athlètes handisports à entreprendre une telle démarche, qui s’avère très onéreuse et qui ne leur garantit pas de pouvoir concourir avec les valides. Cette révision s’est vue concrétisée dans le cas de Markus Rehm, sauteur en longueur allemand, amputé au dessous du genou droit. Champion d’Allemagne en 2014 en concourant chez les valides, il devient l’un des 5 meilleurs sauteurs de la planète en 2015. Devant l’embarras de l’IAAF et des médias du monde entier en raison de ses spectaculaires progressions, sa propre fédération a finit par le suspendre de toute compétition chez les valides à titre conservatoire.


Oscar Pistorius. ©David Pilbrow


La crainte de l’IAAF que le cas Pistorius n’encourage d’autres athlètes à vouloir concourir avec les valides est également à l’origine de la modification de l’article. Cependant, aucun cas notable n’a été signalé, en tout cas pas de manière « officielle ». Cela pourrait s’expliquer par deux raisons principales. D’une part, la plupart des athlètes handisport sont unilatéraux (prothèse qu’à une seule jambe). Par conséquent, il y a un déséquilibre entre la prothèse et la jambe valide qui fait que l’athlète doit s’adapter et ne peut pas utiliser la totalité des capacités de la lame. D’autre part, ces athlètes sont conscients de posséder une dimension mécanique que n’ont pas les valides, et estiment donc qu’ils ne concourent pas exactement dans la même discipline. De plus, ils ne ressentent pas le besoin d’aller chercher la reconnaissance des athlètes valides. A la question « Avez-vous envie de concourir avec les valides ? », Marie-Amélie Le Fur, athlète de haut niveau en sprint et en saut en longueur, elle aussi équipée d’une prothèse tibiale, répond par la négative en s’appuyant sur deux arguments. D’abord, elle craint que l’on commence à parler de « dopage technologique ». Ensuite, elle invoque simplement le respect des autres athlètes.

La controverse autour d’Oscar Pistorius aura donc fait beaucoup de bruit, mais reste un cas isolé. Au final, le nouveau règlement ne semble pas avoir transformé la mentalité des autres athlètes handisport. Il a cependant clarifié la position des instances nationales et internationales d’athlétisme par rapport à cette thématique et participe de la conservation de l’égalité des chances, socle sur lequel est ancré le sport tel qu’on le conçoit aujourd’hui. L’équité passe ainsi avant l’intégration.


Joël Boichat, Francesco Di Muccio, Gaëtan Oesch
Master Activités Physiques Adaptées et Santé, ISSUL



Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook

Recherchez dans les articles

Agenda

Sélection d'événements choisis par la rédaction, pour ne plus rien manquer dans la région.

auditoire

Abonnez-vous, c'est gratuit!

L'auditoire n'est plus envoyé automatiquement à toute la communauté universitaire.
Si vous souhaitez continuer à recevoir notre douce prose dans vos foyers, il vous suffit de remplir le formulaire ci-dessous.

Et si vous nous aimez vraiment beaucoup, vous pouvez souscrire à un abonnement de soutien.