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Oseriez-vous croire aveuglément aux légendes urbaines ?

Le Corbeau
Est-il vraiment possible d’adapter des croyances populaires au cinéma ? Une question digne d’intérêt. En effet, comprendre les différentes mises en scène créées par les réalisateurs afin de générer l’angoisse chez le spectateur est un challenge difficile. Ainsi, grâce à cinq films illustrant les phénomènes de croyances populaires, il est intéressant de proposer une courte analyse sur le sujet.

Une envie d’adaptation

Les légendes urbaines et rumeurs occupent une place primordiale au cinéma. Elles questionnent par définition la croyance et la véracité des faits narrés, comme pour le film Le Corbeau, et sont employées à l’écran pour semer le doute dans l’esprit du spectateur et mettre à l’épreuve sa suspension d’incrédulité. Il est donc très difficile pour de nombreux réalisateurs de les adapter à l’écran. La plupart du temps, ceux-ci utilisent une grande palette de sons ou de musique afin de pousser le spectateurs à s’identifier aux thèmes racontés. Le rôle des témoins, de voisins et d’autres personnages secondaires reste très important lors de la création de ce genre de film. En effet, la propagation des rumeurs et autres ouï-dire permet la création des croyances populaires.

Les croyances évoluent-elles ?

Le Corbeau et La Chasse sont deux films qui se fondent sur des rumeurs colportées par un certain nombre de personnes.

Le Corbeau est un film réalisé par Henri-George Clouzot, datant de 1943. Le protagoniste représenté par le docteur Rémi Germain est accusé par l’équipe médicale de pratiquer des avortements. Le scénario s’inspire d’un fait divers véridique datant du XIXe siècle, celui des lettres de « Mademoiselle Angèle Laval ». Cette femme envoya un millier de lettres anonymes à M. Moury, car elle en était éperdument amoureuse, mais lui n’était pas intéressé. Cet homme, habitant de Tulle en France, sera harcelé par Mademoiselle Laval, qui veut se venger. Cependant, elle décide de punir non seulement M. Moury mais également la ville entière. En effet, elle veut révéler les mauvais comportements de ses citoyens, et aura un tel succès que cette pratique épistolaire se poursuivra partout en France et sera mise à jour par les journaux. De plus, le film est marqué par les dernières années de la Deuxième Guerre mondiale, durant lesquelles la France était soumise au diktat allemand. Les croyances populaires présentes dans ce film sont appuyées par les mouvements de foules qui permettent aux rumeurs d’exister. En effet, l’intérêt et la crédulité des personnages envers ces ragots favorisent l’adhésion du spectateur lui-même à leur contenu.

La Chasse

Le film La Chasse, mis en scène par Thomas Vinterberg et sorti en 2012, raconte l’histoire de Lucas, un éducateur de maternelle accusé de pédophilie par Klara, une enfant de 5 ans. Le récit met l’accent sur la version des faits racontée par l’enfant, les personnages l’entourant (comme son père ou sa famille) ne pouvant que la soutenir et supprimer ainsi l’opinion de Lucas. Le film insiste sur l’incapacité du héros à exprimer sa vérité et sa crainte grandissante face aux accusations qui lui sont faites. A travers les passages dans la forêt où les personnages chassent des animaux, la mise en scène illustre symboliquement la traque de Lucas par les habitants de la ville. Tout est présenté de manière à ce que le spectateur remette en question la version du héros. Thomas Vinterberg utilise donc l’un des délits les plus anciens, le mensonge de l’enfant, pour questionner la croyance populaire selon laquelle « la vérité sort de la bouche des enfants ».

Dans ces deux films, les personnages secondaires jouent un rôle primordial dans la création et la diffusion de la rumeur. Souvent montrés comme une masse homogène, ils font pression sur le héros et parviennent même à créer le doute chez le spectateur. Les réalisateurs entraînent donc le public dans une spirale remettant en doute leurs propres convictions. Cet effet rajoute de la tension aux films : qu’il s’agisse de Lucas ou du docteur, le spectateur est tenu de croire aux messages des autres personnages malgré la véracité du récit tenu par les héros.

L’Armoire volante est un film datant de 1948, réalisé par Carlo Rim. Alfred Puc vit à Paris et a perdu sa vieille tante qui a malheureusement été placée dans une gigantesque armoire, il en résulte donc des péripéties. Nous sommes toujours ici en présence de rumeurs : le protagoniste est désorienté et subit les commérages des voisines, l’accusant d’avoir laissé partir sa tante dans son village afin de récupérer ses meubles, par un froid atroce.

L'Armoire volante
Les personnages secondaires, comme par exemple les femmes de chambre, les passantes ou le commissaire de police, jouent encore une fois le rôle primordial de transmission par leur bavardage. En effet, ce sont ces personnes qui portent la tension du film par la pression qu’ils exercent sur Alfred Puc. Les forces de l’ordre en particulier s’opposent à offrir une sépulture décente à sa tante avant d’avoir retrouvé le corps de cette dernière. Il se voit par conséquent obligé de se soumettre à leur volonté. Il est possible de faire un parallèle avec le film La Chasse dont la problématique est elle aussi basée sur les discours rapportés d’autres personnes. Finalement, la musique et les bruitages, comme celle de la cloche, du vent ou de la radio accentuent la peur dans le film, renforçant l’angoisse vécue par les spectateurs.

Terreur sur la ligne est un film réalisé par Fred Walton en 1979 qui s’appuie sur un phénomène connu de notre société, celui du harcèlement par appel téléphonique. En effet, la forme du long-métrage est celle du huis-clos, qui induit inévitablement chez le spectateur une tension palpable. Dès le début du film, la scène d’exposition est renforcée par la musique, instrumentalisée par les violons et les cuivres. Ces mélodies sont mises en valeur par leur répétition, créant un sentiment anxiogène, produisant ainsi chez le spectateur l’envie de suivre des yeux la baby-sitter Jill Johnson. En alternant les plans larges dédiés aux grands espaces et les zooms sur des objets précis (portes, chandeliers), la mise en scène crée une véritable tension chez le spectateur. Il est vrai que Fred Walton veut montrer que la protagoniste est prise au piège dans un appartement spacieux. Par conséquent, un sentiment très étrange émane de la scène, tout d’abord pour le personnage principal mais aussi pour le spectateur, ce dernier étant témoin de ce que vit l’héroïne. De plus, avoir adopté ce choix de mise en scène permet également de valoriser la légende urbaine, celle du harcèlement téléphonique.

Terreur sur la ligne
Dans le film, la crainte est élevée à son paroxysme par la présence d’une menace à l’intérieur de la maison. Par la suite, le film amène le spectateur à vivre la légende urbaine grâce à la répétition du bruit du téléphone, celle de l’horloge et celle la fameuse phrase émise par le tueur : « Pourquoi n’êtes vous pas allée voir les enfants ? ». Par ce jeu sur le silence, le spectateur comprend que la femme n’est plus un témoin de la scène, mais bel et bien l’actrice de celle-ci. Dès que le tueur rentre en contact avec la femme, le public comprend qu’elle la vit.

Fred Walton use également de nombreux jeux de lumières, créant un grand contraste entre les différentes pièces de la maison : la cuisine est ainsi un endroit particulièrement sombre, tandis que le salon, où se trouve le téléphone, reste très éclairé. Dans l’impossibilité d’échapper aux appels, Jill Johnson est ainsi constamment tentée de répondre au tueur et reste à la merci de son jeu sadique. Finalement, lors de la scène d exposition du tueur, il existe deux points de vue permettant de renforcer la légende urbaine. Tout d’abord, le dialogue lent du meurtrier, contrebalancé par le débit rapide du personnage principal, renforce la tension. En effet, le spectateur ne connaît aucune information sur le tueur. Cette technique est aussi employée dans le film Le Corbeau, prouvant ainsi que les légendes urbaines peuvent être d’origine inconnue et transmises par n’importe qui.
Cette scène accentue l’état de détresse de la baby-sitter car elle découvre que les appels sont passés depuis la maison. Il n’y a donc pas d’échappatoire possible.

Urban Legend est un film représentant, comme son titre l’indique, les différentes légendes urbaines connues de la société. Il a été réalisé par Jamie Blanks et date de 1998. Le long-métrage prend place dans un campus d’étudiants et nous fait suivre un groupe d’adolescents qui seront assassinés les uns après les autres par un mystérieux tueur.
En premier lieu, l’ouverture du film place le spectateur aux côtés de la première victime d’un meurtre dans le style d’une légende urbaine. En effet, la scène se déroule dans une station service, un jour de pluie. La caméra suit l’action de la jeune fille et la tension se révèle par l’apparition d’un homme travaillant dans ce lieu. Jamie Blanks instaure la peur petit à petit : en effet, le quiproquo entre le travailleur et le véritable assassin assis sur la banquette arrière de la voiture provoque la surprise chez le spectateur. La musique change radicalement entre les deux situations, renforçant ainsi le sentiment d’incompréhension et de crainte.

Urban Legend

La suite du film jouera constamment sur une alternance entre les mises en scène de certains étudiants visant à effrayer leurs camarades et les véritables meurtres, comme par exemple lors de l’épisode de Bloody Mary, exécuté par deux femmes qui seront effrayées par un de leurs camarades, lui-même tué quelques minutes après. Ce principe illustre ainsi les mécanismes mêmes des légendes urbaines, celles-ci se forgeant autour d’événements réels.

La mise en scène joue un rôle primordial lors de l’exécution des assassinats : Nathalie, la protagoniste, est soumise à ceux-ci. En effet, elle est la dernière cible du meurtrier, par conséquent son but est de l’affaiblir avant de la tuer. La musique s’accorde avec l’envie qu’a l’assassin de devenir une légende, celle-ci soutient non seulement les hurlements, comme lors du meurtre exécuté en pleine forêt, mais aussi permet d’accorder une grande importance vis à vis des espaces choisis pour les meurtres.

Quant à elle, la scène finale souligne le dernier point nécessaire à la création d’une légende urbaine, celui de la transmission. En effet, au cœur d’un château à l’atmosphère macabre, l’assassin explique à l’héroïne les origines de chacune de ces histoires, lui faisant comprendre qu’elles seront toujours créées par des rumeurs. Les légendes urbaines passent donc du statut de récits entre étudiants « pour se faire peur » à des véritables meurtres ; elles obtiennent ainsi le statut de vérités.

Du côté des spectateurs et des réalisateurs

Il est intéressant de se demander si ces légendes peuvent affecter le public. En effet, le but du réalisateur est de semer le doute quant à la véracité des événements qui se produisent dans son film. Indéniablement, la majeure partie du public reste consciente du statut fictionnel de ces films et ne croit donc pas nécessairement aux histoires qu’ils illustrent. Néanmoins, ces récits parviennent pour certains à jouer efficacement sur la suspension d’incrédulité du spectateur, semant un véritable doute chez ce dernier, jusqu’à le faire se questionner, comme face à tout mensonge convaincant : « Et si c’était vrai ? ».

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