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Les neurosciences, projections du futur
Dans la prolongation de l’article traitant de l’ouverture du campus Biotech à Genève, paru dans le numéro 224 de L’auditoire, Stéphane Amato, Docteur en Sciences de la communication et de l’information, livre quelques réflexions sur la recherche en neurosciences aujourd’hui. Eclairage sur une question qui prend parfois les allures d’un roman de science-fiction.

Les bâtiments du campus Biotech : une architecture futuriste pour des recherches de haute technologie. – © Yves Ryncki

La ferveur que soulèvent les neurosciences et les promesses qu’elles offrent (par exemple, faire voir un aveugle, marcher un paraplégique) en laissent certains sceptiques. Partagez-vous ces doutes, et si oui sur quels points?
Effectivement, les formidables avancées liées aux neurosciences entraînent beaucoup d’enthousiasme, de craintes, voire de fantasmes. Nous avons un peu connu ça quand l’homme a commencé à se projeter très loin de lui avec la conquête de l’espace. Ici, il s’agit d’une autre aventure. Il faut bien distinguer recherche fondamentale et recherche appliquée. Dans le premier cas, l’action s’inscrit généralement sur un temps long et cherche à produire de la connaissance. Les exemples que vous citez relèvent, eux, de la recherche appliquée. C’est qu’il faut aujourd’hui de plus en plus justifier les fonds alloués! On promet alors beaucoup, souvent à ceux qui en ont le plus besoin, les plus faibles. Ce serait bien d’être certain de pouvoir tenir les promesses…

Qu’elle soit discrète ou non, il y a la tentation de «l’homme augmenté» dans les recherches en cours et les discours défendant les neurosciences. Qu’est-ce que cela révèle de notre rapport à la technologie?
Je crois que la tentation de l’«homme augmenté» ne date pas d’aujourd’hui! Personnellement, quand je préparais ma thèse de Doctorat, je buvais beaucoup de café. Etais-je dopé, est-ce que je cherchais à «m’augmenter»? Je le crois. Je crois que nous sommes tous tentés par l’«augmentation». On en arrive presque naturellement à parler aujourd’hui de neurodoping par stimulation cérébrale! Une des nouveautés avec les technologies d’aujourd’hui, c’est la vitesse avec laquelle elles évoluent. On connaît bien la «loi de Moore» sur laquelle s’appuie le discours de Ray Kurzweil lorsqu’il parle de la «singularité»: il y aurait à venir un moment où l’humanité se verrait dépassée par ses propres technologies. Vertigineux et fascinant, je trouve.

Dans une conception plus philosophique, quelle vision de l’être humain est véhiculée par ce genre de recherches? La science cherche à déconstruire le monde physique en briques observables et compréhensibles, mais le comportement humain peut-il être réduit à des impulsions électriques et des réactions chimiques dans le cerveau?
Vous me suggérez une question d’ordre philosophique et j’en suis très heureux. En me plaçant dans la continuité de ma réponse précédente, je déplore que les investissements ne soient effectués que dans des domaines très spécifiques aux neurosciences ou d’autres liés à leurs applications directes. Par contre, s’agissant éventuellement de modifier l’humain dans ce qu’il a de plus intime, j’aimerais que des chercheurs en Sciences de l’Information et de la Communication (SIC), en philosophie, en anthropologie, en sociologie se voient financés proportionnellement. Très vite, la définition même de l’homme risque de nous échapper et nous risquons de manquer de «sages» aptes à penser ces «néo-humains».
Vous me décrivez une science cartésienne, c’est-à-dire qui cherche à découper son objet en briques les plus petites possibles et qui considère que la sommes des connaissances ainsi acquises représente fidèlement l’objet de départ.
Concernant les neurosciences, certaines représentations semblent toujours être véhiculées chez certains, comme celles d’une conception compartimentée du cerveau. Les spécialistes savent par contre que ce sont des réseaux de neurones qui interagissent, dans le cadre de telle ou telle fonction.
Aussi, je ne connais guère que le Professeur Simon (je suis désolé pour cette référence culturelle d’un autre temps qui nécessite de connaître les aventures du Capitaine Flam!) qui ait pu, jusqu’à aujourd’hui, être réduit à un cerveau. Il faut savoir qu’à la naissance, seulement 10% de nos synapses sont en place. Les réseaux neuronaux des individus se structurent ensuite aussi au fil des interactions avec leur corps, l’environnement familial, social, culturel…
Si le comportement humain ne peut donc être réduit au seul cerveau comme vous le suggérez, ces recherches n’en perdent pas de leur intérêt. Certaines maladies, ou, certains traitements, eux, se «réduisent» à des questions d’électricité ou de chimie cérébrale…

Vous travaillez dans un domaine interdisciplinaire, et vous définissez vous-même ce préfixe «inter» comme un carrefour dans votre article dans le numéro 65 de la revue Cerveau & Psycho. Dans le domaine des neurosciences, que pensez-vous de la convergence NBIC? Quels sont les apports du dialogue entre ces différentes disciplines dans les recherches sur le cerveau?
Je suis effectivement Docteur en SIC, une «interdiscipline». Et l’idée d’intersection va bien avec celle de d’échange ou de carrefour. Hermès, le dieu grec de la communication, des carrefours, a donné son nom à une revue scientifique (CNRS Editions) qui lie par exemple cognition, communication, et politique. Il n’est donc pas étonnant d'y trouver des numéros qui s’intitulent, par exemple, «L’humain augmenté» ou bien «L’Autre n’est pas une donnée. Altérités, corps et artefacts».
Je crois qu’il faut poursuivre dans cette direction, qui est celle de la création d’espaces de dialogue entre domaines scientifiques parfois positionnés sur des zones un peu étanches pour créer du «savoir intelligent», comme ici, dans l’exemple que vous me proposez et qui concerne les Nanotechnologies, la Biologie, l’Intelligence artificielle et les sciences Cognitives. Sinon, on risque de laisser la place à la seule expression des fantasmes et à la seule intervention des marchés, au risque de créer, entre autres, une société clairement inégalitaire où seule une minorité de fortunés pourrait bénéficier d’avancées technologiques éthiquement discutables et où, par exemple, l’«homme diminué» deviendrait le béta-testeur de l’«homme augmenté».

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