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Politique / Société
Une Histoire qui fait débat
Le 4 novembre dernier, l’Unil devait accueillir en son sein une table ronde traitant de la question de la réconciliation au Rwanda, 20 ans après le génocide.

L’événement était organisé par le Collectif des Rwandais Exilés en Suisse (CRES) sous le patronage du Laboratoire d’anthropologie culturelle et sociale et il avait pour but la discussion des violences de masse survenues au Rwanda entre 1990 et 1999. Cependant, devant les accusations de l’association Ibuka taxant les organisateurs de révisionnistes, le rectorat a décidé d’annuler cette table ronde. Elle aura tout de même eu lieu, mais en dehors des murs de l’université. Rencontre avec Grégoire Duruz, politologue invité de la table ronde et auteur d’un livre sur l’histoire du Rwanda publié en mars 2014, suite à un séjour de quatre ans dans le pays. Il revient sur l’Histoire du Rwanda, très complexe et sensible, et sur l’histoire de cette table ronde.


La table ronde a finalement eu lieu à la Maison de Quartier Sous-Gare. – © DR


Votre livre sur le Rwanda s’intitule: Par-delà le Génocide. Dix-sept récits contre l’effacement de l’histoire au Rwanda. Quelle histoire effacée cherchez-vous à mettre en lumière?
J’ai pu recueillir 17 témoignages de Rwandais dont une majorité se définissaient comme «Hutus», ou ayant un passé de Hutus, à côté de récits partagés par quelques Rwandais dits «Tutsis». Ces témoignages ont pour dénominateur commun de parler des crimes commis par l’Armée patriotique rwandaise (APR) à la tête de laquelle se trouvait l’actuel président du Rwanda Paul Kagame. En 1990, l’APR a démarré une activité de rébellion au nord du pays, avant – selon ce qu’en dit l’histoire officielle du pays aujourd’hui – de délivrer le pays du génocide perpétré contre les Tutsis en 1994. Ce qu’on rappelle moins, c’est que l’APR a également commis des crimes de masse systématiques et planifiés contre des populations civiles en majorité hutues. Les 17 témoignages, accablants, parlent de ces crimes-là, c’est-à-dire de toutes les violences commises entre 1990 et 1999 par l’APR en parallèle au génocide, dans cette période de conflits monstrueux au Rwanda. Cette histoire «parallèle» est documentée (des Rwandais et des chercheurs spécialisés attestent de ces crimes de masse), mais on en entend très peu parler. J’ai donc voulu donner la parole à des Rwandais qui, avec leurs mots, remettraient en lumière cette partie étouffée, effacée, de l’histoire du Rwanda dans une perspective de réconciliation. Il faut voir le Rwanda comme une société post-conflit, où deux groupes armés se sont affrontés pendant des années. Tant qu’il n’y a pas de remise à plat des crimes commis et par les uns et par les autres, les notions mêmes de réconciliation, de pardon, de vision commune du futur, ne peuvent émerger. Il faut que chacun reconnaisse ses forfaits et ses meurtres pour que chaque victime, chaque survivant se sente reconnu dans son histoire et ses souffrances, à un niveau personnel et collectif, et que cette société traversée par des conflits puisse enfin avancer. C’est cette vision de réconciliation que j’ai essayé de porter dans mon livre paru à l’occasion de la 20e commémoration du génocide.

Vous avez passé quatre ans an Rwanda entre 2009 et 2013. Aujourd’hui, où en est le processus de réconciliation?
C’est un processus en cours, avec des initiatives positives. Certaines formes de réconciliation sont en marche. Par exemple, de nombreuses coopératives artisanales ou agricoles ont été mises en place, rassemblant Hutus et Tutsis, pour montrer qu’il est possible d’avancer ensemble et de travailler ensemble. Toutefois, cette cohabitation – quand elle n’est pas imposée aux habitants – ne signifie pas toujours qu’une vraie réconciliation opère. Je veux dire par là que toute une série de réflexes caractéristiques de la réconciliation, tels que faire confiance à l’autre, se projeter dans une existence en commun, s’accorder un pardon, tourner la page du passé, mais aussi faire confiance aux autorités qu’elles sauront façonner des lendemains paisibles, ne sont absolument pas à l’ordre du jour au Rwanda.

Est-ce que l’Etat a une grande part de responsabilité dans cette non-matérialisation de la réconciliation au Rwanda?
Oui, le gouvernement rwandais en est responsable en propageant et en ne tolérant qu’une vision unilatérale de l’histoire: les bourreaux ne seraient que les Hutus extrémistes, et les victimes tutsies du génocide les seules à commémorer. L’histoire est pourtant beaucoup plus complexe. Il s’agit d’intégrer dans le processus commémoratif les dizaines de milliers, voire centaines de milliers, d’autres victimes civiles innocentes tuées par l’APR. Tant que cette histoire parallèle ne sera pas tolérée par le gouvernement, la réconciliation ne se fera pas.

Que répondez-vous aux critiques qui vous accusent de révisionnisme?
D’abord qu’elles sont diffamantes et absurdes. À la notion de révisionnisme est associée une volonté de nier un fait historique évident, impliquant souvent la mort de plusieurs milliers de personnes, comme dans le cas de l’Holocauste des Juifs. Plutôt que de réviser l’histoire du Rwanda – puisque je ne remets pas en question le génocide –, je cherche à compléter cette histoire, en montrant que quelque chose d’autre s’est passé en parallèle au génocide. C’est donc de mon point de vue moins du révisionnisme qu’une volonté de clarifier ou d’enrichir notre compréhension de l’histoire.

Une discussion empreinte de cordialité a suivi la projection du film My Neighbor, My Killer d’Anne Aghion. – © DR

Qu’est-ce qui s’est dit à la table ronde du 4 novembre?
La soirée s’est déroulée dans un climat très cordial, empreint de respect pour les uns et pour les autres. Une septantaine de personnes y ont participé. Les orateurs invités – dont j’étais – ont partagé leurs réflexions sur la notion de réconciliation et les conditions de la réconciliation au Rwanda, avec comme point de comparaison le Burundi, qui a aussi enduré des crimes de masse. Et il y a eu la place pour une discussion puisque des Rwandais ont fait valoir un point de vue proche de celui de l’association Ibuka, à savoir qu’il serait irrespectueux pour les victimes du génocide de fouiller dans cette histoire parallèle ou, tout simplement, de remettre en question l’histoire officielle du Rwanda. Les modalités de l’enseignement de l’histoire dans les écoles rwandaises ont aussi été abordées. Concrètement, faut-il introduire la problématique de l’identification ethnique dans les programmes d’enseignement afin de faire réfléchir les élèves à leurs origines et à l’instrumentalisation de ces dernières dans la réalisation de crimes de masse? Ou vaut-il mieux empêcher toute représentation de type ethnique comme le fait le gouvernement aujourd’hui, et dire simplement: «Vous êtes tous des Rwandais, point»? Cette alternative me paraît valoir un vrai débat sur le rapport entre identité, historicité et représentations subjectives.

Selon vous, qu’est-ce qui a provoqué l’annulation de la table ronde à l’Unil? Est-elle due aux accusations de révisionnisme de l’association Ibuka, ou plus généralement à une certaine méconnaissance du sujet, à la peur des remous?
C’est un ensemble de tout cela. Le rectorat a fait preuve d’une fragilité inquiétante vis-à-vis d’accusations totalement infondées de l’association Ibuka, dont la stratégie est précisément d’empêcher par tous les moyens que l’histoire du Rwanda soit discutée. L’association Ibuka est connue pour être proche du gouvernement actuel du Rwanda. Je vois que le rectorat a craint que l’image de l’Unil ne soit écornée et que la Haute Ecole ne soit associée à cette accusation de révisionnisme, voire de négationnisme. C’est consternant. Parmi les missions principales de l’Unil figurent la transmission des connaissances et le développement de la science par l’enseignement et la recherche ainsi que la contribution au débat de société. L’Unil a donc un devoir de permettre à la connaissance d’être discutée – dans un cadre où il ne serait pas question de nier le génocide bien sûr. Je note également que le rectorat n’a pas le moins du monde cherché à entendre les organisateurs de la table ronde, après avoir accusé réception du courrier d’Ibuka. La décision d’annuler l’événement a été prise sans aucune concertation.

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