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Culture
Au cœur des ténèbres
Conjuring 2 : Le cas Enfield
De James Wan | Horreur
Avec Patrick Wilson, Vera Farmiga et Frances O’Connor



Avec son premier film, le très efficace Saw, James Wan remporte un succès immédiat, initiant l’une des franchises horrifiques les plus lucratives mais également l’une des plus putassières des années 2000. Représentative d’une certaine tendance du cinéma d’horreur, la saga de torture porn emprunte la même voie qui fut celle des Halloween, Vendredi 13 et autres Freddy : un premier très bon film, voire un chef-d’œuvre, suivi de séquelles opportunistes à l’inventivité toujours plus réduite et au gore toujours plus outrancier, enquillées à la va-vite et sans véritable envie. N’étant plus que producteur sur ces suites, James Wan, de son côté, enchaîne les projets en compagnie de son acolyte Leigh Whannell (scénariste et interprète principal de Saw). A chaque nouvelle réalisation, il laisse transparaître un peu plus une véritable passion et un réel talent de metteur en scène, démontrant une réelle exigence, un respect des codes de genre et une maîtrise de ses influences bien trop rares dans la production horrifique actuelle.

La franchise Insidious est ainsi portée par une profession de foi old-school tout à fait réjouissante : malgré un final grand-guignolesque quelque peu embarrassant, le premier opus reste un bel exercice référentiel, quand sa suite en propose une intéressante relecture façon Retour vers le futur 2, parvenant à innover et apporter de nouvelles idées dans un canevas connu. Si l’on excepte certains choix narratifs discutables, la seule véritable erreur de la série réside sans doute dans sa propension à « trop en montrer ». De la même manière que les suites de Saw annihilent peu à peu la violence psychologique du concept de base par une violence graphique tendant toujours plus au grotesque, le choix de montrer en détails le monde des morts ne peut qu’atténuer l’impact des terrifiantes annonces qui précèdent sa révélation.

Evitant soigneusement cet écart, la série des Conjuring se révèle alors nettement plus aboutie. Inspiré d’un matériau de base se prêtant parfaitement à une déclinaison en franchise (les véritables enquêtes paranormales du couple Warren), le premier volet sorti en 2013 se pose en vrai film de trouille à l’ancienne. Approfondissant sa démarche à l’œuvre sur Insidious, Wan s’attaque alors au genre classique de la maison hantée avec une réelle déférence, invoquant habilement certains classiques (multiples clins d’œil à Poltergeist) à travers une mise en scène très élégante et parfaitement pensée (le plan-séquence présentant l’intérieur de la maison). Par-dessus tout, le premier Conjuring déroule une mécanique horrifique imparable qui joue principalement sur la suggestion et le hors-champ : spatialisant son décor avec précision et construisant ses personnages avec un soin qui assure l’identification du spectateur, Wan parvient alors à instiller la peur avec une simple réplique chuchotée (« Il y a quelqu’un derrière toi… »), voire même un son apparemment anodin (le bruit d’un claquement de mains n’a jamais été aussi terrifiant).


A mi-chemin entre la suite et le remake du premier film, Conjuring 2 reprend la même structure que son aîné : une famille emménage dans une maison hantée, doit tout d’abord faire face seule aux inquiétants phénomènes avant d’être secourue par le couple Warren, qui est en parallèle confronté à ses propres problèmes et parviendra à les résoudre à travers cette affaire. Néanmoins, cette séquelle évite sans problème la redite, renouvelant le schéma de base grâce à une foultitude d’idées neuves et une surenchère assumée et maîtrisée. Wan affiche ainsi clairement son envie d’aller encore plus loin que le premier opus, moins parce qu’il s’attaque ce coup-ci à l’un des cas de poltergeist le plus célèbre de l’Histoire que par la façon dont il reprend les mêmes procédés que le précédent film en les exacerbant au maximum. Ainsi en est-il du fameux plan-séquence servant à poser en détails le lieu au centre de l’intrigue, qui se révèle ici encore plus complexe et ambitieux que celui du précédent film. De même, l’effet récurrent qui consiste à balayer du regard une pièce pour y révéler la menace tapie dans le hors-champ est exploité jusqu’à la moelle, chaque occurrence parvenant pourtant à faire mouche grâce un habile jeu sur les attentes.

Doté d’un montage et d’un découpage implacable, Conjuring 2 est, à l’instar de son aîné, un film d’horreur exemplaire dans son jeu sur le regard, sur le visible et l’invisible. Usant intelligemment de la vue subjective lors de certains passages, il sait surtout avec précision quand couper une scène et quand tout montrer dans un seul et même plan. A ce titre, l’une des séquences les plus terrifiantes se trouve être une simple scène d’interrogatoire, filmée en un unique plan fixe qui joue brillamment sur le flou de l’arrière-plan.

A nouveau, les mécanismes du film fonctionnent admirablement car soutenus par une base émotionnelle solide : le récit propose encore une fois de vrais beaux personnages, apportant de la substance à l’univers et renforçant l’implication du spectateur. Si le couple Warren est toujours impeccable grâce à son talentueux duo d’acteurs et que la nouvelle famille au centre du récit est aussi attachante que la précédente, on retiendra également le personnage très touchant incarné par l’excellent Simon McBurney, qui acquiert en un dialogue une profondeur inattendue. Ainsi, le film n’est pas qu’un train fantôme d’une redoutable efficacité, mais aussi un drame qui sait accorder du temps à ses protagonistes (en témoigne la très belle scène musicale dans laquelle Ed Warren reprend Can’t Help Falling In Love pour rassurer les enfants apeurés).


On pourra toujours regretter qu’à force de vouloir en faire toujours plus, Conjuring 2 tire quelque peu en longueur, quand la résolution semble au contraire un peu facile et expédiée. Mais ces considérations restent bien secondaires devant un film qui demeure un fort bel ouvrage, sincère, passionné, doté d’un véritable soin dans sa fabrication (la reconstitution du Londres des seventies est particulièrement convaincante) et d’une redoutable efficacité dans sa mécanique horrifique (même l’effet éculé du terrifiant reflet dans le miroir est réinventé avec succès, c’est dire !).

A l’heure où la majorité des productions horrifiques confond trouille et surprise, multipliant les jump scares sans construire la moindre atmosphère, et oublie que la peur passe en grande partie par la suggestion et le hors-champ, la franchise Conjuring est une indéniable bouffée d’air frais.

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