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Culture
L’Homme et la Machine
Steve Jobs
De Danny Boyle | Biopic / Drame
Avec Michael Fassbender, Kate Winslet et Jeff Daniels



On l’aura attendu, mais ça valait le coup. Si le cofondateur d’Apple avait déjà eu droit à un biopic en 2013, Steve Jobs est un projet de longue date, puisqu’amorcé fin 2011. D’abord parti pour mettre en scène Christian Bale devant la caméra de David Fincher, le film aura été repoussé à plusieurs reprises, changeant de réalisateur, d’acteur principal et même de studio de production, pour finalement sortir aujourd’hui avec Michael Fassbender dans le rôle-titre et Danny Boyle à la mise en scène. Quand bien même le Jobs incarné par Ashton Kutcher a devancé le présent biopic, notre impatience concernant ce dernier n’a jamais faibli. Et ce, pour une seule raison : Aaron Sorkin.

Pour rappel, le bonhomme a juste écrit des films aussi méconnus et oubliables que Des hommes d’honneur, The Social Network ou Le Stratège, et accessoirement créé de petites séries comme A la Maison-Blanche ou The Newsroom, qui ne sont sans doute pas à classer parmi les œuvres les plus brillamment construites et les plus pertinentes dans le traitement de leur sujet respectif... Non, en vrai, Sorkin, c’est un génie. Un scénariste au style bien particulier, dont la marque de fabrique est le fameux « walk and talk ». Spécialiste des monologues à rallonge et des dialogues au débit invraisemblable, il est capable de transformer n’importe quel échange en un affrontement épique et peut rendre absolument passionnant un scénario qui ne tourne qu’autour de personnages qui discutent dans des bureaux. C’est le cas de l’excellente The Newsroom et surtout du génial The Social Network.


Modèle de biopic, le film de David Fincher n’axe pas du tout son sujet sur Facebook et s’intéresse moins à son créateur lui-même qu’à ce que celui-ci représente et peut évoquer au niveau universel. C’est là ce que devraient faire toutes les œuvres du genre : non pas lister un à un les événements de la vie de la personnalité en question, mais se servir de la figure qu’elle incarne pour traiter de thématiques qui la dépassent. The Social Network raconte moins la création de Facebook par Mark Zuckerberg que l’ascension d’un génie condescendant et asocial qui trahit un à un tous ses amis avant de se trouver rattrapé par son irrépressible désir d’être aimé.

On ne pouvait que se réjouir que Sorkin et Fincher s’associent une seconde fois pour un biopic qui s’intéresse ce coup-ci au personnage de Steve Jobs. Le réalisateur de Seven ayant quitté le projet pour différend artistique, c’est finalement Danny Boyle (Sunshine, 127 heures) qui met en images le scénario de Sorkin. Et on ne perd pas au change.

La figure que met en scène Steve Jobs est à peu près la même que celle de The Social Network (et même de The Newsroom) : ici, le cofondateur d’Apple est dépeint comme un surdoué arrogant qui tyrannise ses collègues et méprise son entourage. Le film adapte cependant une forme narrative bien différente et pour le moins originale : tandis que The Social Network mélangeait allègrement les temporalités, Steve Jobs applique littéralement la structure en trois actes. Ainsi, le récit est uniquement composé de trois segments qui se déroulent en temps réel. Chacun d’eux narre les quelques minutes qui précèdent la présentation d’un nouveau produit marquant dans la carrière du personnage (le Macintosh 128K en 1984, le NeXT Computer en 1988 et l’iMac en 1998).


Comme The Social Network avec Facebook, Steve Jobs ne parle pas tant d’Apple, qui ne sert en réalité que de toile de fond. Chaque segment commence bien par un rapide résumé de l’état de l’entreprise, mais nous ne verrons pas une seconde des fameuses conférences. Ce qui intéresse ici, c’est avant tout l’envers du décor : la personnalité profonde de Jobs, sa relation avec ses collègues, ses amis et sa famille. Alors qu’il se prépare pour sa prestation qui va suivre, les mêmes figures reviennent le confronter par trois fois : la figure paternelle qu’incarne pour lui le patron d’Apple John Scully, son ami et complice des débuts Steve Wozniak, sa responsable marketing et fidèle confidente Joanna Hoffman, et surtout sa fille Lisa, qu’il refuse de reconnaître.

L’arc narratif du personnage se construit sur l’opposition de deux aspects : son évolution au sein d’Apple (son besoin de contrôle) et la relation qu’il entretient avec sa fille (sa nature humaine). « Ce qu’il faut éliminer, c’est la nature humaine », affirme Jobs. Tous les entretiens qui l’opposent à ses proches travaillent ainsi cette confrontation de la machine face à l’homme. Si son parcours se clôt par une sorte de rédemption, le personnage n’est donc pas vraiment brossé dans le sens du poil : Steve Jobs est présenté dès le départ comme un visionnaire (le film s’ouvre sur une interview de l’auteur Arthur C. Clarke), mais son talent ne semble pouvoir s’exprimer qu’au prix d’une déshumanisation.

Steve Wozniak (le vrai) le dit lui-même : « Tout ce qui est dans le film n’est pas arrivé. » Parmi les nombreux échanges qui rythment chaque segment, il semble donc que très peu soient véridiques. Un biopic n’est pas un documentaire, c’est une œuvre de fiction. Ce qui compte n’est pas tant ce qu’il peut nous apprendre sur la réalité qu’il adapte, mais ce qu’il choisit d’en retenir. Peu importe si les événements dépeints ne se sont pas tout à fait déroulés ainsi, l’authenticité est à chercher ailleurs. Comme le résume parfaitement Wozniak : « Le film ne s’intéresse pas à la réalité, mais aux personnalités. »


Avant tout, Steve Jobs raconte une histoire. Il est donc naturel, si ce n’est nécessaire, qu’il y mette les formes. Et quelles formes ! On ne s’en inquiétait pas, mais Danny Boyle ne fait absolument pas regretter David Fincher. Une nouvelle fois, le cinéaste britannique multiplie les expérimentations plutôt bien vues. Ainsi, il fait le choix pertinent de filmer chacun des segments sur un support spécifique (16mm, 35mm, numérique), inscrivant les trois époques dans des ambiances différentes. De même, sur certaines scènes, l’idée de projeter sur le décor des éléments évoqués par Jobs dans un dialogue (des paroles de chanson, des images d’archive du décollage d’une fusée) renforce le caractère tout-puissant du personnage. Tout comme la bande-originale joue en grande partie sur les pulsations, la mise en scène rythme chaque scène comme un morceau de musique et insiste sur les sensations pures. Ainsi en est-il de la prodigieuse séquence de dialogue entre Michael Fassbender et Jeff Daniels à la fin du second segment : celle-ci se permet exceptionnellement un flashback et superpose présent et passé dans un affrontement verbal ébouriffant.

Brillant dans son écriture comme dans sa mise en images, Steve Jobs synthétise idéalement son sujet pour en retenir la substantifique moelle : des enjeux humains qui dépassent les simples faits historiques. Ce que devrait faire tout bon biopic, Steve Jobs le fait à merveille.

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