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Culture
Mortelle randonnée
The Revenant
D’Alejandro Gonzalez Iñarritu | Western / Survival
Avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy et Domhnall Gleeson



L’an dernier, Alejandro Gonzalez Iñarritu nous fichait une bonne claque avec Birdman, touchant récit de la rédemption d’un artiste doublé d’une réelle virtuosité technique. L’usage du plan-séquence y était ainsi cohérent, puisqu’il renforçait la sensation de huis-clos et permettait de pénétrer plus intensément la psyché du personnage principal. Le discours flirtait par instant avec la prétention, mais le film interrogeait justement la création artistique et pointait du doigt un cinéma tiraillé entre l’auteurisme élitiste et les productions populaires abrutissantes.

The Revenant promettait alors un intéressant contrepied, puisque le cinéaste mexicain passait du drame intimiste au survival mâtiné de western. Le film adapte le roman éponyme de Michael Punke, qui s’inspire de faits réels : en 1823, le trappeur Hugh Glass prend part à une expédition dans le Dakota du Sud. Attaqué par un grizzli, il est sévèrement blessé et laissé pour mort par ses compagnons. Parvenant miraculeusement à se remettre sur pied, il traverse seul la nature hostile qui le sépare de son groupe, animé par le désir de se venger de ceux qui l’ont abandonné.

Le roman de Punke avait déjà été adapté en 1971 par Richard C. Sarafian avec Le Convoi sauvage, qui opposait Richard Harris à John Huston dans un western à la fois âpre, beau et mélancolique. Les premières images de The Revenant annonçaient une expérience encore plus immersive et radicale : un tournage en extérieur et uniquement éclairé par la lumière naturelle, un usage apparemment prononcé du grand angle, un casting habité qui semblait repousser les limites de la performance physique… On pouvait légitimement s’attendre à un récit de survie et de vengeance intense, viscéral et brut. La promesse n’est qu’à moitié tenue.


Comme dans Birdman, l’acteur principal fournit une performance incroyable : Leonardo DiCaprio, qui ne prononce presqu’aucun mot, est tout simplement hallucinant. Et face à lui, en homme brisé par un scalp raté, Tom Hardy dégage la même folie inquiétante que dans le dernier Mad Max. Comme dans Birdman, la facture est exemplaire : Emmanuel Lubezki offre une nouvelle fois au film une photographie renversante et Iñarritu livre une série de plans-séquences pour le moins bluffants. L’ouverture, une attaque sanglante du camp des trappeurs par une horde d’Indiens, semble donner le ton d’une aventure sauvage au souffle épique et à la violence exacerbée. La première heure remplit ce contrat : on est au plus près des personnages, on souffre avec eux, perdus dans la nature. Mais peu à peu, le film tire à outrance sur toutes ses cordes et finit par sombrer dans l’autosatisfaction. Le récit se laisse aller à toujours plus de digressions (le « retour à la vie » du héros passe par autant de détours inutiles que d’hallucinations répétitives), le survival purement sensoriel se transforme en une interminable errance métaphysique, la brutalité des événements est progressivement annulée par une mise en image de plus en plus pompeuse.


On aurait dû se méfier : 2h30 pour une histoire de mort, de résurrection et de vengeance, ça a de fortes chances d’être beaucoup trop long pour être suffisamment épuré et sec comme ça devrait l’être. Evidemment, ce type de récit narrant la confrontation à la nature et le retour à la vie peut impliquer l’errance du héros et donc nécessiter une certaine forme de contemplation. Mais ici, l’exercice est étiré à outrance : The Revenant abuse des plans amples sur de jolis paysages enneigés et fait durer chaque scène plus que de raison. S’il semblait être un atout, l’extrême grand angle se révèle être l’un des gros problèmes du film. La technique a du sens sur certaines séquences (comme la fameuse scène de l’attaque de l’ours, un plan-séquence immersif et proprement tétanisant), mais sur tout le film (allié à la musique plaintive qui plombe rapidement l’atmosphère), elle finit par perdre de son impact, devenir étouffant puis franchement lassant. De plus en plus ampoulée, la mise en scène crée finalement une distance là où il aurait fallu l’immersion totale.

Indéniablement, le questionnement métaphysique est intrinsèque au genre du survival. On repense alors au magnifique Territoire des Loups de Joe Carnahan, sans doute l’une des meilleures occurrences récentes du genre : l’évolution du héros y était exemplaire, sa découverte du sens de la vie passant par une acceptation de la mort. Ici, le parcours psychologique et symbolique de Glass est particulièrement mal construit. Dans la version de Sarafian, le personnage était tout d’abord présenté comme un mystère, avant que quelques flashbacks lui donnent de l’épaisseur : son fils devenait peu à peu le moteur de sa survie, puis de son pardon final. Dans The Revenant, la famille de Glass est dès le départ le moteur de sa vengeance, et son importance est martelée tout du long à travers rêves et souvenirs. De même, le héros passe une éternité à « ressusciter » : le passage pivot de la résurrection symbolique est ainsi répété par trois fois sans que l’évolution qui suit soit réellement palpable.


Le film surligne tout, comme avec ce plan sur un Indien pendu à qui on a accroché une pancarte indiquant : « Nous sommes tous des sauvages ». Dans le registre des adaptations de faits historiques en un récit violent sur l’animalité de l’Homme, on a déjà fait bien plus intelligent avec le génial Ravenous d’Antonia Bird, qui exploitait le cannibalisme de façon inattendue et particulièrement pertinente.

En somme, on pourrait encore citer pléthore d’autres grandes réussites du genre que The Revenant ne parvient pas à égaler. On se contentera d’évoquer, pour conclure, son ultime plan : quand on termine son film par un regard caméra, il faut avant cela avoir développé un propos fort que ce cassage en règle des conventions cinématographiques viendra imprimer définitivement avec force dans l’esprit du spectateur. Sinon, on ne sert qu’un artifice prétentieux et vide de sens, qui vient au contraire souligner la vacuité de tout ce qui précède. The Revenant tombe hélas dans la seconde option.

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