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Culture
Les fantômes du passé
Spectre
De Sam Mendes | Action / Espionnage
Avec Daniel Craig, Léa Seydoux et Christoph Waltz



Qui est James Bond ? Un héros macho, cynique et brutal ? Ou plutôt un homme romantique, sensible et juste ? Un personnage complexe, doté d’une vraie épaisseur, qui évolue constamment ? Ou au contraire une figure figée dans le temps, dont la caractérisation minimaliste mais efficace ne requière justement aucune mutation ?

Ce questionnement pèse sur la série des Bond depuis ses débuts, en particulier dès le premier passage de flambeau. Indéniablement, la franchise n’a jamais su se remettre correctement du départ de Sean Connery. L’excellent Au Service Secret de Sa Majesté, sans doute l’un des meilleurs films de la saga, présageait pourtant une transition réussie. Hélas, George Lazenby n’ayant pas souhaité rempiler, Connery revient pour un film avant de laisser la place au rigolo Roger Moore qui oriente la franchise dans une toute autre direction. A partir de là, exceptés quelques rares bons crus et une intéressante tentative d’apporter plus de noirceur au personnage avec Timothy Dalton, la série s’enferme dans une routine flemmarde, enquillant les séries B de luxe sans grande passion. Et on dit ça, on a beaucoup d’affection pour un film comme Goldeneye, mais il faut avouer que face à un Bon baisers de Russie, ça ne fait pas illusion bien longtemps…

Après le reboot Casino Royale et sa suite directe, Skyfall avait remis définitivement les compteurs à zéro. Considérant bouclé pour de bon l’arc Vesper (soit l’événement fondateur du héros), le film de Sam Mendes réintroduisait Q et Moneypenny avant d’éliminer le M féminin pour revenir au schéma de base des Bond classiques. Grâce à cette table rase doublée d’une vraie modernisation du cadre originel, la suite promettait de revenir à la vraie mythologie bondienne tout en la revisitant sous une nouvelle forme.


Dès l’annonce de son titre, Spectre semblait confirmer un retour aux fondamentaux. Pourtant, tandis que l’on pensait le personnage de Bond enfin redéfini et stabilisé, il apparaît plus trouble et incertain de son identité que jamais.

Commençons par l’évidence : à l’instar de Skyfall, ce nouvel opus est très beau. Une fois de plus, la mise en scène de Mendes est maîtrisée et élégante (le plan d’ouverture est un impressionnant plan-séquence de presque cinq minutes), la photographie de Hoyte Van Hoytema n’est pas aussi renversante que celle de Roger Deakins, mais parvient à installer de réelles atmosphères, que la musique de Thomas Newman vient renforcer très efficacement. Les scènes d’action sont impressionnantes et réservent quelques idées plutôt réjouissantes (la poursuite dans les rues de Rome). Enfin, le casting est toujours impeccable jusque dans ses seconds rôles (oui, Monica Belucci ne sert pas à grand chose, mais l’excellent Andrew Scott de la série Sherlock vient renforcer le camp des antagonistes aux côtés de l’inénarrable Christoph Waltz).

Hélas, ces qualités de fabrication n’enlèvent pas à Spectre son écriture brouillonne et confuse qui multiplie maladresses et contradictions au point d’annuler presque toutes les promesses de son prédécesseur.

Skyfall avait beau avancer sur le fil, il parvenait à rester cohérent dans son entreprise de remise à zéro. Le film rendait hommage aux classiques de la franchise tout en évoquant les raisons pour lesquelles il lui fallait évoluer en abandonnant certains de ses codes. Un numéro d’équilibrisme plutôt réussi, et qui se permettait même d’amorcer de nouvelles pistes tout à fait intéressantes (l’évocation dans la dernière partie de l’enfance de Bond et d’un trauma lié à la demeure de Skyfall).


Plutôt que d’approfondir ces questions en suspens ou de revenir directement aux bases de la mythologie bondienne en abordant frontalement l’organisation SPECTRE, le second opus de Sam Mendes fait le pire des choix scénaristiques. Incapable de se focaliser sur une seule ligne directrice, l’intrigue n’invoque pas seulement les événements de Skyfall, mais aussi ceux de Quantum of Solace et Casino Royale, part dans une multitude de pistes différentes, se perd à vouloir toutes les traiter en parallèle et échoue complètement à créer une cohérence globale. Trop ambitieux, le scénario entend présenter l’organisation SPECTRE, rappeler la disparition de la figure maternelle incarnée par Judi Dench, ramener encore une fois sur le tapis la perte traumatique de Vesper, revisiter les enjeux des trois précédents films, extrapoler sur l’enfance de Bond et raccorder le tout en nous faisant croire que tout est lié depuis le début. La démarche étant évidemment vouée à l’échec, chaque piste est sous-traitée et mise en relation avec le reste par un biais terriblement artificiel. La palme au personnage du méchant qui, sous couvert d’une relecture de la franchise, refuse la référence directe tout en évitant jusqu’au bout d’emprunter réellement la nouvelle voie qu’il propose.


Le plantage scénaristique du film peut bien être en partie dû au fameux piratage de Sony, qui aurait entraîné un gros remaniement de l’intrigue, comme on le clame un peu partout ces derniers jours. Il n’empêche que la grande erreur de Spectre est en réalité celle de l’ère Craig dans son entier : tenter de créer une continuité entre chaque opus sans avoir prévu le coup à l’avance. Pour revenir à l’interrogation évoquée en début de texte, Bond peut être vu comme une figure semblable aux héros de comics : un personnage aux attributs fixes, dont l’identité ne bouge pas, mais qui peut néanmoins connaître des variations et approfondissements au gré de ses itérations. Si l’on trouve une continuité dans l’univers, dont les composantes de base sont immanquablement reprises, chaque nouvelle aventure est en théorie indépendante des précédentes. Des arcs narratifs peuvent être développés sur le long terme, mais ils nécessitent d’être pensés en amont et mis en place de manière cohérente.

Ce n’est hélas pas le cas de la franchise 007, plus proche du schéma où chacun se refile la patate chaude, à l’image de M. White, mystérieux personnage introduit à la fin de Casino Royale et dont les films suivants ne savaient visiblement que faire. Les premiers James Bond ne mettaient pas spécialement en place de méta-histoire, mais créaient une sorte de continuité par petites touches, par clins d’œil : l’organisation SPECTRE et son chef Blofeld étaient ainsi annoncés dès Dr. No et dévoilé progressivement au fil des films.


Les derniers opus, et plus particulièrement Spectre, ne font que tendre carotte sur carotte au spectateur, sans donner la moitié de ce qu’ils promettent à l’arrivée. A force, la démarche risque de devenir aussi inutile et malhonnête que la tactique Marvel : une constante fuite en avant où chaque film annonce le prochain sans boucler ce que son prédécesseur avait mis en place.

On croyait Bond mort et ressuscité pour de bon dans Skyfall. Mais en voulant à tout prix créer une cohésion parfaitement artificielle entre ses récents prédécesseurs, Spectre tue une nouvelle fois son héros et donne l’impression que rien n’a changé, comme si Bond était coincé dans une origin story qui dure depuis maintenant quatre films. Au final, la seule nouvelle voie que ce dernier opus emprunte réellement est précisément celle qui devrait signer la fin de la franchise. Pas très rassurant pour la suite…

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